L'Avenir Agricole et Rural 19 janvier 2012 à 12h46 | Par GRATIENNE CONIL

DIVERSIFICATION - 22 500 poules, 10 000 unités d’azote valorisables

Un atelier avicole impacte l’exploitation et impose une mise aux normes. Sans remettre en cause le statut des installations existantes, il faut élaborer un plan d’épandage ou adapter l’existant. Ce plan d’épandage dépendra du traitement appliqué aux fientes, le GAEC Saint Charles et ses partenaires vous invitent à en savoir plus le mercredi 25 janvier à Oudincourt où les portes du poulailler seront ouvertes. Dores et déjà voici quelques éléments de réflexion….

Abonnez-vous Réagir Imprimer

Produire des œufs implique aussi de gérer les fientes. Une pondeuse d’œufs de plein air équivaut à 0.006 712 UGBN. Elle est dès lors supposée produire, outre des œufs, 420 g d’azote par an dans le bâtiment, où elle est principalement nourrie, et seulement soixante-dix grammes d’azote sur son parcours.

Riches en composés ammoniacaux et autres éléments fertilisants, pour être valorisées, les fientes, nécessitent une hygiénisation car elles sont aussi porteuses de salmonelles, d’Escherichia coli et autres bactéries dont des Clostridium, source de botulisme.

Du fait des risques sanitaires qu’elles présentent, les fientes méritent la mise en œuvre de solutions pour les épandre en toute sécurité et profiter de leur excellente valeur agronomique.

Dans les bassins de productions avicoles traditionnels où l’élevage est majoritairement hors sol et les exploitations très spécialisées, les aviculteurs ont développé des solutions pour valoriser les fientes auprès de cultivateurs. Il s’agit d’une part de réduire leur coût de transport, de faciliter leur manipulation, leur stockage, leur épandage et surtout de sécuriser leur qualité.

Ceci passe par le séchage des fientes généralement collectées par des tapis roulants installés sous les mangeoires. Le taux de matière sèche (MS) recherché est de 80 % et peut atteindre 85 % en fin d’un stockage de longue durée.

Pour y parvenir à moindre coût énergétique, diverses techniques sont envisageables et ont fait l’objet d’observations. Toutes nécessitent d’importants investissements et s’amortissent sur des poulaillers d’au moins 30 000 poules. Une des solutions est d’utiliser un séchoir, c’est-à-dire un bâtiment, où fientes humides mêlées à de fientes déjà sèches sont étalées en lits de 20 à 25 cm d’épaisseur traversés par de l’air chaud. Efficace, ce dispositif porte le taux de MS des fientes à près de 80 % en 24 heures. Une alternative à cet investissement, dans un séchoir coûteux, est de faire circuler les fientes humides sur un tapis transporteur installé dans un tunnel de séchage chauffé à 20 °C. Ce système moins efficace que le précédent porte à 50 % le taux de MS des fientes. Une troisième méthode, mise en oeuvre directement dans le poulailler, consiste plus en un pré séchage qu’un réel séchage des fientes. Il s’agit de souffler l’air chaud sur les tapis transporteurs installés sous les chaînes d‘alimentation pour porter les fientes à 40 % de MS avant leur stockage.

Dans tous les cas, l’air chaud est extrait du poulailler et les fientes seront ensuite stockées sous hangar avant épandage voire commercialisation*. Ce stockage permet d’achever leur déshydratation  jusque 65 à 85% de MS et surtout de conforter leur hygiénisation.

Toutes ces solutions ont prouvé leurs performances de séchage utilisant l’air chaud extrait des poulaillers pour le souffler sur ou au travers les fientes. Elles ont, par contre une efficacité variable en terme d’aseptisation.

Le pré séchage sur tapis suivi d’un stockage de 4 mois est la solution la plus efficace pour obtenir une bonne hygiénisation. En effet, au cours du premier mois de stockage, les fientes s’échauffent pour passer de 40 à plus de 70 % de MS, les populations d’Escherichia et Clostridium résistent peu à la température qui monte jusque 70 °C. Après 30 jours de stockage et jusqu’au quatrième mois, leur aseptisation s’améliore encore grâce à la disparition progressive des entérocoques.


Conseils d’utilisation des fientes sèches

Comme les fumiers de volailles, les fientes sont un fertilisant organique d’un rapport C/N inférieur à 8, dès lors elles sont utilisables sur cultures d’automne sauf entre le 1er novembre et le 15 janvier et sur cultures de printemps entre le 15 janvier et le 1er juillet. De même il est possible de les épandre sur prairies de plus de 6 mois et non pâturées du 15 janvier au 15 novembre.
Sur maïs et cultures de printemps, l’effet sera rapide avec une efficacité de 65 % de l’azote mobilisé par les cultures, et plus l’apport sera proche de la date de semis, plus l’azote sera efficacement valorisé par les plantes.
Cas du GAEC Saint Charles
Selon prescriptions du service Environnement de la Chambre d’agriculture les fientes produites seront épandues, en avril, sur 50 ha destinés au maïs puis, en juillet, sur 50 ha destinés au colza. L’apport maximal sera donc de 100 unités d’azote par hectare.
Les fientes sèches permettront un apport de fumures organiques en avril avant maïs sur sol nu alors que l’apport de lisiers et fumiers est interdit. L’exploitation doit justifier d’un stockage de 4 mois sur plateforme ou bâtiment. Les fientes ne pouvant plus rester dans le bâtiment dans l’attente de leur épandage pourront être stockées  sous bâche adaptée en bout de champs car elles titrent plus de 65 % de MS .

Valeurs fertilisantes des déjections avicoles

 

La bibliographie énonce le plus couramment qu’une tonne de fientes à plus de 65 % de MS titre à 40 unités d’N, autant de P et 28 unités de K selon les conditions de séchage. En effet, les conditions de séchage favorisent plus ou moins des dégagements ammoniaqués, il est donc recommandé d’analyser cet engrais de ferme avant son épandage.
Il est aussi établi une production d’une quinzaine de kg de fientes sèches par place et par an soit environ 330 à 340 tonnes pour un poulailler de 22 500 pondeuses tel qu’au GAEC Saint Charles.

L’azote y est présent
sous 2 formes :
•70 % sous forme ammoniacale ayant le même effet que l’ammonitrate,
•30 % sous forme organique, cet azote issu des protéines non digestibles, des micro-organismes du tube digestif, se minéralise pour 90 % dès la première année.

Statut des bâtiments avicoles et obligations réglementaires

 

Jusque 5 000 poules : Règlement Sanitaire Départemental

De 5 000 jusque 30 000 : Installation Classée pour la Protection de l’Environnement soumise à déclaration avec plan d’épandage (rubrique 2 111)

Plus de 30 000 poules : Installation Classée pour la Protection de l’Environnement soumise à autorisation avec étude d’impact et plan d’épandage

NB : Il n’y a pas cumul des activités appartenant à diverses rubriques dès lors que la présence de bovins ou autres animaux ne remet pas en cause le statut du bâtiment avicole et réciproquement. Par contre, le plan d’épandage de l’exploitation doit être conforme aux effluents utilisés.

En cas de convention d’épandage avec d’autres exploitants, le producteur des fientes, comme celui de fumiers et lisiers, en reste responsable jusque leur élimination ou leur valorisation. L’utilisateur est uniquement responsable de ses pratiques d’épandages.

La prudence recommande donc l’analyse des effluents ou leurs dérivés avant leur épandage.

* ATTENTION La commercialisation des fientes impose de garantir leur normalisation sur base d’analyses.

 

une porte ouverte est prévue sur poulailler innovant (voir dans notre numéro du 20 janvier 2012)

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. L'Avenir Agricole et Rural se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

L'Avenir Agricole et Rural
La couverture du journal L'Avenir Agricole et Rural n°2522 | novembre 2018

Dernier numéro
N° 2522 | novembre 2018

Edition de la semaineAnciens numérosABONNEZ-VOUS

Les ARTICLES LES PLUS...

Voir tous

Voir tous

Voir tous

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 23 unes régionales aujourd'hui