L'Avenir Agricole et Rural 27 octobre 2006 à 00h00 | Par Jean-Louis BLONDEL

Dégâts de gibier - “Schématiquement” perplexes

Le groupe de travail dégâts de gibier s’est réuni le 23 octobre sous la présidence de Damien Lahaye pour examiner le projet de schéma cynégétique élaboré par la Fédération des Chasseurs. Ce fut aussi l’occasion de faire le point sur l’évolution des dégâts.

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Dégâts : une situation mitigée

Globalement les dégâts semblent être plus limités que les années précédentes sur les semis d’automne mis à part le massif de l’Héronne, dans le Der qui connaît une pression toujours aussi forte.
Les expertises se sont déroulées dans un climat beaucoup plus serein, même si les prix ne sont pas à la hauteur de ceux pratiqués par le marché.
La FDSEA propose que le barème soit établi à partir des cours Euronext éventuellement majorés des bonifications en fonction de la qualité, et des points d’huile habituellement constatés dans notre région.
Le groupe de travail suggère qu’une majoration pour pertes indirectes puisse être réclamée par l’agriculteur comme cela est déjà prévu pour le remplacement de la récolte par des céréales ou du fourrage achetés à l’extérieur (+ 20 %).
Thierry Lahaye qui participe aux négociations nationales en tant qu’administrateur des Jeunes Agriculteurs tentera de faire aboutir cette revendication.

Schéma cynégétique : insuffisant

Le schéma  transmis par la Fédération des Chasseurs a été examiné dans le détail notamment les chapitres “grand gibier” et “prévention”.
Concernant le sanglier, la FDSEA rappellera son opposition de principe à l’agrainage. Tout ce qui ressemble à du nourrissage doit être fermement condamné. En revanche les cultures à gibier à l’intérieur des massifs doivent être favorisées. Actuellement ces espaces sont laissés dans un quasi abandon où servent de clairières de tirs. Le bon sens conduirait à ne pas placer de miradors sur ces espaces et à pratiquer des cultures appétantes.
La FDSEA constate qu’aucune action n’est préconisée pour limiter les restrictions de tirs et /ou les zones de quiétude qui sont des véritables nurseries.
Un adhérent a même précisé que dans certains massifs, l’élevage est tellement dense que «ça sent le cochon !».
Sur l’aspect sanitaire, le groupe dégâts de gibier souhaite que la surveillance ne se limite pas à la qualité de la venaison mais porte aussi sur les conséquences épizootiques de certaines maladies (fièvre Q, peste, maladie d’aujesky , fièvre catarrhale, etc...

L’approche des dégâts par hectare boisé n’est pas pertinente

La Fédération des Chasseurs propose de responsabiliser les territoires (une quarantaine) en fonction des dégâts constatés par hectare boisé. L’objectif étant de rester en dessous de 3 E. Ce chiffre ne résulte d’aucun débat avec la profession agricole et la FDSEA ne le trouve pas franchement pertinent. Elle préférerait une approche par hectare de SAU. En effet une plaine incluse dans un grand massif forestier  peut être fortement exposée aux dégâts sans que le chiffre de 3 E par hectare boisé soit atteint.

La plaine : espace de chasse

Le gibier vit quelquefois autant  dans les plaines que dans le bois, c’est le cas des chevreuils, voire des cervidés notamment dans le secteur de la maison Paulin. Or les plans de chasse cervidés ne sont jamais, sauf à une ou deux exceptions près, accordés pour des surfaces de plaines.
C’est une anomalie qui doit être corrigée mais on imagine la résistance  de certains lobbies …

Une prévention plus volontaire et une bonne maîtrise des populations

La Fédération des Chasseurs consacre 7 à 8 % de ses ressources pour la mise en place des mesures de prévention. C’est globalement insuffisant la FDSEA estime que des moyens supplémentaires doivent être engagés. Les chasseurs doivent aussi s’investir davantage dans le travail de pose et d’entretien des clôtures  qui ne doit jamais être à la charge des agriculteurs. Cela se pratique avec succès dans certaines zones du département, il faut le généraliser.
Le schéma cynégétique doit aussi condamner les pratiques de chasse qui favorisent les surpopulations. Il en est de même de l’agrainage qui ne peut être qu’exceptionnellement utilisé uniquement en ligne au coeur des forêts. Le nourrissage à postes fixes était une exception tolérée cette année en attendant l’élaboration du schéma cynégétique, sinon ce sera de nouveau la porte ouverte à tous les excès avec les agrainoirs automatiques. Il ne faut pas confondre agrainage et élevage !
Enfin le groupe dégâts de gibier a rappelé son attachement à la concertation locale et compte beaucoup sur le bon fonctionnement des CLC (Commissions Locales de Concertation) pour régler les litiges de terrain et favoriser un bon dialogue agriculteurs-chasseurs. Pour cela le schéma cynégétique doit fixer des objectifs clairs. Or, la copie laisse perplexe, elle est largement amendable, espérons que la voix de la profession agricole sera entendue.

J.L.B.

Interview de Jacques Chazalet (FNSEA) et
Thierry Lahaye (JA), chargés du dossier “dégâts de gibier”

1) Comment réagissez-vous à la multiplication depuis quelques années de la population de grand gibier ?
Réponse :
La prolifération du grand gibier, particulièrement de sangliers, dans certains départements devient totalement intolérable. Les récoltes sont saccagées, les prairies sont labourées. Cela ne peut plus durer. Je sens monter une colère forte de la part des paysans. On en a plus qu'assez des dégâts de gibier !
2) Une régulation est-elle possible ?
Réponse :
Sous la pression de la FNSEA et des Jeunes Agriculteurs, la loi relative au développement des territoires ruraux a reconnu la nécessité d'assurer une meilleure régulation du grand gibier. Nous avons également obtenu que les modes de prévention des dégâts proposés par la Fédération départementale ou interdépartementale des chasseurs figurent dans les schémas départementaux de gestion cynégétique. Cela devrait permettre une plus grande concertation entre chasseurs et agriculteurs au plan départemental. La FNSEA estime qu'il appartient aux chasseurs eux-mêmes de réguler les populations de grands gibiers. Le dialogue est essentiel, mais l'action est primordiale, il faut agir, et vite.
3) Dans l'immédiat, cette forte population de gibier, de sangliers notamment, entraîne une augmentation des dégâts aux cultures. Les agriculteurs touchés peuvent-ils espérer une meilleure indemnisation pour ces dégâts ?
Réponse :
Comme chaque année, la commission nationale des dégâts de gibier s'est réunie en vue de fixer les barèmes relatifs aux céréales pour la campagne 2006-2007. Après une négociation difficile, nous avons fait valoir la hausse du prix des céréales payées aux producteurs.
Grâce à l'intervention de la FNSEA et des JA nous avons réussi à améliorer les conditions d'indemnisation. Nous demandons l'élaboration d'une méthode de calcul des barèmes nationaux.
Désormais, la commission départementale d'indemnisation peut majorer, dans la limite de 20 %, le barème d'indemnisation lorsque l'exploitant a dû racheter une denrée autoconsommée. Cela peut paraître technique mais au final, c'est un combat syndical qui rendra justice aux agriculteurs.
4) L'indemnisation en cas de dégâts aux prairies a-t-elle était améliorée ?
Réponse :
En cas de dégâts occasionnés à des prairies utilisées à des fins agricoles et même à des vergers, l'estimateur procède à l'évaluation annuelle de la perte de récolte. FNSEA et JA ont obtenu que cette évaluation se fasse jusqu'à ce que les nouvelles plantations ou le couvert végétal réimplanté ait retrouvé un potentiel de production équivalent à celui des cultures ou parcelles de même nature indemnes de dégâts. Là aussi le combat a payé. Derrière les chiffres, il y a la liberté d'exercer son métier sans pression inutile.
5) Le seuil d'indemnisation au-dessous duquel l'exploitant victime de dégâts ne peut être indemnisé n'exonère t-il pas trop facilement les fédérations des chasseurs de leur responsabilité ?
Réponse :
Jusqu'à présent, le seuil d'indemnisation (76 ?) s'appliquait à chaque dossier d'indemnisation alors même qu'il y avait des dégâts répétitifs sur une même exploitation. Un tel système excluait trop facilement les exploitants d'une indemnisation pourtant entièrement méritée.
Un texte réglementaire prévoit désormais que ce seuil s'appliquera par exploitation et par campagne cynégétique.
Nous préférerions ne jamais avoir à être indemnisés ! Mais ces indemnités sont nécessaires pour compenser nos pertes de revenus. Nous voulons pouvoir récolter ce que nous avons semé, c'est là que réside notre fierté d'agriculteur. Il faut absolument mieux gérer les populations de grands gibiers et en diminuer sérieusement le nombre partout où cela est nécessaire, non par plaisir mais parce que les conséquences sont importantes. C'est par l'équilibre que agriculteurs forestiers et chasseurs y trouveront leur compte.

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