L'Avenir Agricole et Rural 24 septembre 2009 à 14h35 | Par JL BLONDEL

DEGATS DE GIBIER - LES SANGLIERS, AU BOIS

les membres de la Commission Dégâts de Gibier considèrent que la situation est très préoccupante malgré une baisse apparente des dégâts qui est dû à une récolte précoce du maïs. Plusieurs points noirs sont identifiés et les dommages importants constatés sur les semis d’automne laissent présager une prochaine campagne difficile. L’élevage pratiqué par les chasses commerciales doit être cantonné dans les bois délimités par des clôtures linéaires.

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En faisant le tour de table habituel, Damien Lahaye qui présidait sa dernière commission syndicale, a pu constater que la pression du gibier était toujours bien présente malgré l’attribution exceptionnelle de bracelets de l’an dernier. Des surfaces importantes de semis de colza ont déjà été sinistrées et les agriculteurs craignent le pire sur les prochains semis de céréales.

L’ouverture au 27 septembre devrait être obligatoire


L’ouverture de la chasse aux bois est un moyen de faire les prélèvements qui s’imposent dans certains secteurs. Malheureusement, certains adjudicataires ont décidé de différer l’ouverture dans leur massif de plusieurs semaines pour différents motifs et en particulier en attendant l’ouverture générale avec les cervidés le 11 octobre. Cette attitude est fortement critiquée par les agriculteurs, notamment ceux qui sont situés dans les points noirs souvent alimentés par des chasses commerciales. La Fédération des Chasseurs ainsi que la Préfecture seront  alertées sur la nécessité d’obliger ces adjudicataires irresponsables à faire les prélèvements qui s’imposent le plus rapidement possible pour limiter les dégâts en plaine. La Commission réclame aussi des clôtures efficaces et particulièrement des clôtures linéaires qui ne semblaient pourtant plus être la priorité de la Fédération  des Chasseurs. Les dégâts sur colza sont exceptionnels et atteignent des niveaux insupportables. Les agriculteurs déplorent de plus l’absence de pertes indirectes pour compenser le salissement des parcelles et les bris de machine consécutifs aux fouilles des sangliers.

Une population toujours trop importante


Le plan de chasse a été multiplié par 10 en France au cours de ces dernières années et les chasses n’ont aujourd’hui plus rien à voir avec celles du passé. Les dégâts sont en explosion partout en France ainsi que les accidents de voitures (près de 10 000 collisions par an). Le Ministère de l’Environnement vient d’en prendre conscience et demande à chaque Préfet de mettre en place un plan de maîtrise du sanglier. Pour le moment, la profession agricole n’a pas été consultée par l’administration. Les témoignages du terrain confirment que les sangliers restent en surnombre et qu’ils font l’objet d’un véritable élevage à certains endroits avec des restrictions de tirs qui perdurent, des zones de quiétudes et des agrainoirs à poste fixe. C’est un problème récurant que le plan de chasse sanglier ne fait qu’accentuer car il n’est pas assez réactif et ne permet pas d’évaluer la population. La Commission est favorable à la mise en place d’un objectif de prélèvement “raisonnable” aux 100 Ha, comme cela avait été suggéré lors d’une réunion de concertation au conseil général.

Le “terrain de jeu” doit rester dans les bois

Le sanglier est un animal de bois et il n’en sort d’ailleurs que la nuit pour faire des dégâts dans les cultures. Les agriculteurs demandent que les chasseurs contiennent les animaux dans les massifs par des clôtures efficaces s’ils veulent «s’amuser» à faire du ball trap dans les tranches forestières. Ils réclament un renforcement des clôtures linéaires, voire même une obligation de clôtures dès lors que les chasseurs s’imposeront des restrictions de tirs et mettront en place un nourrissage. C’est une question d’équité. Les arguments selon lesquels, au titre d’une certaine éthique de la chasse, les animaux doivent être libres de se promener sur tout le territoire ne sont pas recevables. D’ailleurs en vertu de quelle éthique les chasseurs se permettent-ils d’apporter de la nourriture aux animaux sauvages ? La situation est devenue tellement ubuesque que la venaison ne vaut plus rien et que les chasseurs ne savent plus quoi en faire.

Des clôtures prises en charge intégralement par les chasseurs

Les agriculteurs sont épuisés par la mauvaise volonté de certains chasseurs qui se désintéressent totalement des dégâts et de la protection des cultures. Ils réclament que la pose et l’entretien soient assumés entièrement par les chasseurs. Le ministère de l’environnement recommande d’ailleurs, dans le plan national de maîtrise des sangliers, que des mesures de prévention soient intégrées dans les baux d’adjudication faits par les collectivités locales. Les agriculteurs, qui mettent souvent gracieusement leurs terres à la disposition des sociétés de chasse, imposeront eux aussi de telles mesures étant précisé que la démarche devra se faire par massif en impliquant tous les adjudicataires.

Apaisement sur les expertises

Après le signalement de conflits générés par certains estimateurs, la FDSEA a enfin pu obtenir que les expertises soient faites avec plus de sérénité. Les estimateurs se déplacent seuls, comme la loi les y oblige, sauf si l’expertise requiert un estimateur national (dégâts estimés à plus de 10 000 ?). Les membres de la Commission ont toutefois relevé qu’il était «difficile» cette année de faire admettre les rendements élevés constatés au moment de la moisson. Ils demandent aussi que les estimateurs puissent intervenir rapidement, voire après la récolte, lorsque les dégâts sont plus visibles pour le maïs. La réglementation oblige actuellement à prévenir la Fédération des Chasseurs, 10 jours avant la récolte, mais ce délai est beaucoup trop long lorsque la météo est perturbée et lorsque les dégâts se poursuivent. La Fédération des Chasseurs fait preuve d’une certaine compréhension à cet égard mais elle pourrait encore être un peu plus souple. Le but étant finalement d’indemniser l’agriculteur pour les dégâts réels qu’il a subi sans se retrancher derrière des règles de procédure. La Commission de la FDSEA constate aussi que la baisse du prix des denrées sera un moyen pour la Fédération des Chasseurs de faire de grosses économies mais il n’est pas certain pour autant que la négociation du barème en sera facilitée au vue des  dernières cotations de marché qui imposent un encadrement national  du barème des denrées. Ce système expérimental se termine cette année et la FDSEA estime que ce n’est pas une bonne méthode car elle n’a jamais été en phase avec la réalité du marché.

Liste de points noirs

- Sur Lanty Dinteville : le massif de Beaumont situé en grande partie sur la côte d’or est une véritable réserve à gibier (sangliers et cervidés). Il faut clôturer les plaines haut-marnaises et «raisonner» les adjudicataires qui ont paraît-il le «bras long».
- Sur Marac : l’adjudicataire local qui est aussi Président de la Fédération Départementale des Chasseurs de Haute Saône, entretient une surpopulation de sangliers.
- Sur le secteur de Rochefort : les dégâts sur semis explosent. Le massif du Heu est mal géré et, là encore, une clôture linéaire s’impose sur l’ensemble du pourtour.
- Sur Aubepierre-Cour l’Evêque : forte dégradation, le massif d’Arc est chassé trop tardivement.
- Sur Donjeux-Doulaincourt : dégâts en forte augmentation alors que la situation est normale de l’autre côté de la Marne.
- Sur Ste Livière (Der) : dégâts toujours importants en lien avec la réserve du Der.
- Sur Cirey-Beurville : la pression du gibier reste élevée. La clôture linéaire doit être prolongée pour fermer entièrement le massif.

Cette liste n’est pas exhaustive et il y a aussi quelques améliorations, c’est notamment le cas du massif de la Heronne.

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