L'Avenir Agricole et Rural 16 décembre 2010 à 15h39 | Par jl BLONDEL

DEGATS DE GIBIER - Il faut des mesures plus radicales !

La Commission Dégâts de Gibier de la FDSEA s’est réunie avant les Commissions Locales de Concertation pour adopter une ligne politique permettant d’enrayer les dégâts de gibier engendrés par des pratiques de chasse dévoyées.

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Les agriculteurs s’interrogent sur le développement des chasses commerciales et souhaitent un retour à la normale d’avant plan chasse. Ils estiment que la suppression de l’agrainage sur 7% de la surface boisée n’est pas suffisante.
Les agriculteurs s’interrogent sur le développement des chasses commerciales et souhaitent un retour à la normale d’avant plan chasse. Ils estiment que la suppression de l’agrainage sur 7% de la surface boisée n’est pas suffisante. - © JL BLONDEL

Une quarantaine d’agriculteurs avaient répondu à l’invitation de Josian VANKERREBROECK Président de la Commission Dégâts de Gibier de la FDSEA le 9 Décembre dernier. Cette mobilisation exceptionnelle démontre l’extrême sensibilité du monde agricole à propos ce dossier de dégats de gibier qui est dans une situation de quasi faillite. En effet, les dégâts explosent et ce n’est pas seulement dû à l’augmentation du cours des denrées mais plutôt à des restrictions de tirs que continuent de s’imposer les chasseurs et à un plan de chasse contre-productif.

Supprimer l’agrainage
sur tout le département


La suppression de l’agrainage sur 4 zones forestières sensibles du département ne touche finalement que 7 % de la surface boisée (Dancevoir 2189 ha, Ormoy 4486 ha , les Dhuys 4077 ha, le Cul du Cerf 5 139 ha) soit au total environ 16 000 ha et bois de 240 000 ha. Le département de la Meuse, qui est dans une situation comparable à la nôtre, a pris une décision plus radicale en interdisant l’agrainage sur tout son territoire jusqu’au 28 Février.
Aujourd’hui les chasseurs haut-marnais continuent de faire de l’élevage en faisant de l’agrainage « stratégique » destiné à maintenir et localiser des populations de nuisibles. Les restrictions de tirs sont toujours d’actualité dans certaines chasses et cette pratique n’est pas vigoureusement dénoncée par la Fédération des Chasseurs, ni condamnée fermement par l’Administration. La Commission Dégâts de Gibier de la FDSEA estime que la mesure actuelle sur les 4 massifs va dans le bon sens mais n’est pas suffisante. Elle demande que l’agrainage soit interdit sur l’ensemble du département et que les bracelets soient attribués sans restriction aux chasseurs qui en font la demande.

 

Une gestion toujours
trop technocratique

Malgré les signaux d’alerte tirés par la profession agricole les chasseurs, et particulièrement les GIC, restent dans une attitude timorée, lorsqu’elle n’est pas réactionnaire. Un témoignage récent provenant de la Commission Locale de Concertation d’AUBERIVE prouve que les chasseurs restent dans une démarche très technocratique en imposant des attributions en fonction de la surface forestière. Ainsi, sur 143 bracelets demandés, 99 seulement ont été attribués. Les adjudicataires principaux représentés dans les GIC rechignent à céder des bracelets aux chasses limitrophes. «Dans ces conditions nous n’arriveront jamais à régler le problème» estime J Vankerrebroeck. Toute restriction d’attribution de bracelets doit être considérée comme un acte irresponsable ou plutôt responsable des dégâts à venir.

Objectif :
5 000 sangliers par an

Les protections par les clôtures ne seront jamais efficaces sans une diminution drastique de la population. La protection est utile en période sensible, c'est-à-dire, bien souvent hors période de chasse et à condition que les animaux nuisibles soient en nombre raisonnable. La FDSEA propose de revenir à un objectif de tableau de chasse de l’ordre de 5 000 par an comme c’était le cas avant le plan de chasse et comme cela a déjà été évoqué au cours des réunions de concertation, notamment celle qui avait eu lieu au Conseil Général il y a quelques années à l’instigation d’Antoine ALLEMEERSCH. Les chasseurs se donnent bonne conscience en augmentant le plan de chasse de 1 000 ou 2 000 bracelets en agitant l’épouvantail de l’hécatombe précédant une éradication du sanglier ! Dans le même temps, la Fédération des Chasseurs encaisse les montants des bracelets, y compris ceux qui ne sont pas réalisés. A la saison suivante, on maintient un bon niveau de prélèvement qui justifie des locations de chasse élevées. Ainsi va le business de la chasse depuis que le plan existe !

Supprimer le plan
de chasse n’est pas une utopie

Dans tous les départements, le monde agricole demande la suppression du plan de chasse. La Commission Dégâts de Gibier de la FDSEA réaffirme cette position radicale qui consisterait à attribuer des bracelets à tous ceux qui en demandent et à aller faire des prélèvements d’autorité là où se pratiquent des restrictions de tirs et des réserves dans des zones de quiétude. Aujourd’hui, un « bon chasseur » est celui qui a une population élevée en l’agrainant derrière des clôtures. En fait le « bon chasseur », pour les agriculteurs est celui qui respecte la vie sauvage en traquant sans pitié ce nuisible comme cela se pratiquait avant l’avènement des GIC qui ont été à l’origine de la soi-disant gestion cynégétique. Les communes forestières s’inquiètent aussi de cette dérive et du bilan globalement négatif de l’économie de la chasse. Les 20 €/ha en moyenne rapportés par les locations ont aussi un coût sur la production forestière !

Cette révolution culturelle ne serait finalement que le retour à une sage pratique et le plan de chasse ne devrait rester qu’une mauvaise parenthèse. C’est une escroquerie intellectuelle de laisser croire que l’on peut réguler avec une calculette sans connaître la population réelle et sans vérifier les prélèvements. A cette réflexion s’ajoute une faille sociologique entre les grandes chasses commerciales et les chasses « locales ». Enfin, le plan de chasse est devenu une machine à exclure des territoires à cause de la règle des 15 ha de bois et/ou 75 ha de SAU d’un seul tenant, imposée par l’ancien préfet Claude Valleix.

Une indemnisation
toujours insuffisante

Une nouvelle fois les membres de la Commission Dégâts de Gibier ont manifesté leur mécontentement à propos de l’indemnisation qui est frustrante sur plusieurs points.

 

1°) les estimateurs ne devraient pas être dépendants de la Fédération des Chasseurs. Les agriculteurs devraient pouvoir, choisir leur estimateur ou bénéficier d’une expertise contradictoire comme en matière d’assurance.

2°) les pertes indirectes (bris de machine, salissement, perte de qualité perte de temps, etc...) ne sont pas indemnisées.

3°) le prix des denrées est très souvent inférieur à la réalité du marché. L’écart sera encore criant cette année sur les oléagineux.
Les .céréales seront aussi au prix plancher à cause d’une fourchette nationale fixée d’après les 10 dernières cotations hebdomadaires, aujourd’hui largement dépassées.

4°) les délais de déclaration ne permettent pas d’avoir une évaluation suffisamment réactive (11 jours avant la récolte). La Commission Dégâts de Gibier demande à nouveau que les estimations puissent être faites après récolte sur le maïs ensilage.

5°) les pertes sur pâtures sont mal réparées et les risques sanitaires ne sont pas évalués à leur juste mesure.

6°) les dégâts de cervidés sont très mal évalués alors que les populations ne cessent d’augmenter. Les « grandes pattes » colonisent maintenant tout le département avec une volonté délibérée de l’Administration et des chasseurs de gérer les bracelets pour favoriser ce développement.

Les membres de la Commission Dégâts de Gibier notent malgré tout une meilleure écoute des services de l’Etat dont ils espèrent l’arbitrage, sachant que le lobby de la chasse est aussi très influant auprès des Parlementaires qui sont plus souvent invités à des parties de chasse qu’à des expertises de dégâts. Enfin, il ne faut pas non plus oublier les 20 000 collisions annuelles qui ont des conséquences souvent dramatiques.

BAREME : Le compte n’y est pas

 

La profession agricole et la Fédération des Chasseurs n’ont pas pu s’entendre sur la fixation de la deuxième partie du barème dont les fourchettes nationales sont fixées comme suit :

 

Tournesol
37,80 Euros//ql mini
40,20 Euros//ql maxi

Maïs fourrage
2,70 Euros//ql
3,20 Euros//ql

Maïs grain
14,50 Euros//ql
16,10 Euros//ql

 

La profession agricole avait demandé le haut de cette fourchette qui sera largement dépassée, mais les chasseurs veulent négocier quelques sous. Les représentants de la FDSEA souhaiteraient que les agriculteurs puissent être indemnisés sur le coût de leurs denrées réellement payées. Le problème sera encore plus crucial l’année prochaine car les agriculteurs utilisent les marchés à terme pour se couvrir et une partie de la récolte 2011 est d’ores et déjà vendue auprès des OS sur la base de contrats.

pourtant la Fédération des Chasseurs n’est pas perdante sur le barème déjà fixé en septembre à savoir :

Blé : 18 €/ql
Colza : 35,20 €/ql
Orge d’hiver : 15,80 €/ql
Orge de printemps : 17,70 €/ql

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