L'Avenir Agricole et Rural 04 août 2011 à 14h41 | Par ESTELLE DAUPHIN

DEGATS DE GIBIER - BONJOUR LES DÉGATS

Les moissons ont pris du retard en raison de la vague de pluies de début juillet alors que les céréales ont atteint leur pleine maturité. Cette situation a amplifié les dégâts dans les cultures à une époque où les laies ont mis bas. Les expertises se déroulent dans un climat tendu où chacun défend ses positions.

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Une parcelle de blé ravagée
Une parcelle de blé ravagée - © ESTELLE DAUPHIN

Du point de vue de la Fédération de Chasse, tout allait plutôt bien jusqu'à la vague de pluie du mois de juillet ; les animaux contenus durant les semis et le stade laiteux des céréales et l'avance des récoltes auguraient des dégâts limités sur les cultures.

Durant la première quinzaine de juillet, les sangliers et le grand gibier sont sortis du bois, l'humidité encourageant le vermillage dans les prairies et dégâts sur les céréales. Dans un contexte d'augmentation du cours des céréales, l'agrenage est devenu onéreux donc plus limité. La solution de l'agrainage mobile est de plus en plus souvent retenue. Elle oblige les animaux à chercher leur nourriture en forêt.

La Fédération de Chasse n'a pas d'estimations précises des dégâts causés par le gibier à l'heure actuelle mais constate que le nombre de dossiers déclaratifs ouverts au 15 juillet serait inférieur à celui enregistré l'année dernière. Il se pourrait cependant que le nombre de déclarations par dossier et les surfaces soient plus conséquents.

A l'horizon 2020, il y aura autant de chasseurs que de sangliers : un million !



Témoignage

 

Jean-Claude Vesaigne exploite 95 ha de céréales et 65 ha d'herbe sur la commune de Montribourg pour nourrir ses quarante-cinq vaches allaitantes de race charolaise, certifiées label rouge.

Une de ses parcelles de blé, d'une superficie de 20 ha, située en bordure du massif forestier de Chateauvillain, est ravagée. Le champ, pourtant ceinturé de blé barbu a été saccagé par les sangliers et les grands cervidés. L'agriculteur dénombre plusieurs « chaudrons » (terrier dans lequel la laie met bas). Les dégâts ne concernent pas uniquement une perte de céréales mais la remise en l'état de la parcelle. Les dégâts du printemps sont identifiables dans des zones de blé de moindre densité (photo). Les clôtures n'ont pas été posées en temps et en heure, contrairement aux autres années et c'est la première fois que les dégâts atteignent une telle ampleur, selon l'agriculteur. C'est pourquoi il a décidé de se lancer dans des procédures d'expertises. Alors que le technicien de la Chambre d'Agriculture estimait que l'équivalent de 6,70 ha avait été ravagé pour un rendement potentiel de 65 quintaux, le premier passage d'experts relevait 5,26 ha à 45 q. Des conclusions inacceptables pour l'agriculteur qui a demandé une contre-expertise. Celle-ci s'est soldée par une surface de 6,3 ha à 55 qx.

Une moindre densité localisée des épis rappelle les dégâts du printemps.
Une moindre densité localisée des épis rappelle les dégâts du printemps. - © ESTELLE DAUPHIN

Réalisation du plan de chasse

Les réalisations sont pourtant là, affirme Patrick Lhuillier, vice-président de la Fédération de Chasse. La saison passée, 12 000 sangliers, 12 000 chevreuils et 800 grands cervidés ont été prélevés. Avec des bracelets à 80 euros, les petites chasses y laissent des plumes.
La règle d'attribution pour le sanglier qui se déplace d'un massif à l'autre est de 100 bracelets pour un objectif de 60 prélèvements. Le taux de réalisation de 82 % dans le sud (massif d'Auberive) et de 72 % sur l'ensemble du département. Néanmoins le sanglier continue à prospérer.

 

Perspectives

Le plan de chasse 2 011 prévoit donc 13 000 attributions pour endiguer la population. Les prévisions optimistes en terme de glanée et de fainée (fruit du hêtre) laissent espérer que l'indésirable animal restera en forêt durant les semis. Pourtant, rien n'est moins sûr compte tenu de l'interdiction d'agrainage en période de chasse qui prendra effet pour la première fois en septembre. Une mesure préfectorale qui s'inscrit dans une mouvance nationale propice au décantonnement, censée encourager l'animal à sortir du bois afin d'en faciliter le prélèvement.

Le Parc National en question

Jean-Claude Vesaigne de Montribourg, un hameau qui jouxte le massif forestier de Chateauvillain du futur Parc National, est aux premières loges si le dispositif devait avoir des conséquences sur le monde agricole. Il craint en effet que la sanctuarisation prévue dans le cœur de Parc ne crée une zone de quiétude pour les animaux en période de chasse où ils se réfugieront.
Le sanglier est en effet un animal opportuniste, comme l'explique  Patrick Lhuillier, c'est pourquoi il est important de le chasser régulièrement, en prélevant si possible un animal de compagnie (et surtout pas la laie meneuse), sous peine de faire éclater le groupe, ce qui rend les individus encore moins maîtrisables.
Alors que l'agriculteur souhaiterait un clôturage linéaire du massif forestier et non parcellaire, Patrick Lhuillier affirme que cette option est peu probable compte tenu du contexte environnemental en faveur de la continuité écologique (couloirs défendus dans la trame verte et bleue afin de favoriser la diversité génétique).

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