L'Avenir Agricole et Rural 10 juin 2010 à 15h25 | Par JEAN LOUIS BLONDEL

DEGAT DE GIBIER - DES CLÔTURES JUSQU'A L'OUVERTURE !

La remise en cause de l’entretien de la clôture linéaire par la Fédération des Chasseurs autour du massif d’ARC, amène les agriculteurs à s’organiser pour conserver une protection efficace car la pression de la population des sangliers reste forte dans les grands massifs.

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Les agriculteurs de la région d’Arc-en-Barrois ne laisserons pas la prévention se dégrader et proposeront une concertation étroite avec les chasseurs
Les agriculteurs de la région d’Arc-en-Barrois ne laisserons pas la prévention se dégrader et proposeront une concertation étroite avec les chasseurs - © JL BLONDEL
La Commission Dégâts de Gibier de la FDSEA s’est réunie le 1er juin en invitant tous les agriculteurs concernés par la prévention autour du massif 61 (Arc) qui fait l’objet de manœuvres politiques entre la Fédération des chasseurs et les adjudicataires lesquels ont remis en cause l’efficience de la clôture au regard du coût induit des bracelets. En effet, avec la prise en compte de la prévention, ce massif se situe dans la fourchette haute des dégâts (+ de 7 €/ha boisé) et du prix des bracelets (52 €).

Maintenir les clôtures linéaires et parcellaires
Les clôtures linéaires sont d’une efficacité reconnue par les agriculteurs mais elles doivent être doublées dans certaines plaines par des clôtures parcellaires. C’est ce qui se pratiquait jusque-là autour du massif 61 étant précisé que le «linéaire » n’est pas toujours évident à établir. C’est ce premier principe qu’a voulu rappeler la Commission Dégâts de Gibier confirmant ainsi les mises en garde déjà faites le Président Josian VANKERREBROECK au moment où cette affaire a éclaté. La profession agricole, depuis l’instauration du schéma cynégétique département établi fin 2007 pour une période de 6 ans, est dans l’expectative quant aux intentions de la Fédération des Chasseurs. Celle-ci avait en effet envisagé de suspendre le développement des clôtures linéaires, voire les réduire, estimant que cette protection n’était pas conforme à l’éthique de la chasse car elle restreignait la libre circulation du gibier. Finalement ce schéma a pu être rédigé de manière suffisamment absconse pour que les clôtures linéaires puissent être développées et maintenues lorsque « leur implantation est possible et s’avère efficace... » Le désengagement de la Fédération des Chasseurs, tirant prétexte d’une mise en demeure provocatrice du Président du GIC du massif 61, n’est donc pas une surprise. Mais les agriculteurs ne veulent pas faire les frais de ces querelles intestines et entendent bien remettre les uns et les autres face à leurs responsabilités. Ainsi, la Fédération des Chasseurs ne peut pas à la fois se désengager de l’entretien du linéaire et de l’entretien du parcellaire comme elle a prévu de le faire d’après un courrier récemment adressé
aux adjudicataires locaux selon lequel  « à compter du 1er novembre 2010, la Fédération n’assurera plus aucune prestation liée à la pose et à l’entretien des clôtures (parcellaires) ».

Une concertation étroite sur la prévention

La Commission Dégâts de Gibier a décidé de mettre en place des délégués communaux qui seront les interlocuteurs locaux en matière de prévention. (cf liste ci-dessous). Un contact sera pris avec le Président du GIC pour élaborer une méthode de travail permettant la meilleure réactivité et la plus grande efficacité possibles. Cette organisation a pour objet de prévenir les conflits. Il n’est pas exclu qu’elle soit reproduite dans d’autres secteurs sensibles du département car, à l’expérience, les Commissions Locales de Concertation actuellement en place ne sont pas des structures adaptées pour faciliter les échanges au quotidien entre les chasseurs et les agriculteurs sur les questions de dégâts et de prévention.

LES DELEGUES PAR SECTEUR
AUTOUR DU MASSIF D’ARC

- Secteur de Richebourg-Blessonville : BARRET Xavier. MICHELOT Xavier
- Secteur du Val des Dames :  POMMIER Alain
- Secteur de Bugnières-Giey :  RICHARD Frédéric, Arnaud JACOB
- Secteur de Coupray :  CHAPRON Jean Pierre
- Secteur d’Orges-Chateauvillain : GAGNEUX Claude
- Secteur d’Arc :  VESAIGNE Alain

Parc National : inquiétudes
sur la prévention
La Commission Dégâts de Gibier a pris connaissance du projet de convention constitutive du GIP (Groupement d’Intérêts Public) ayant pour objet de préparer la réglementation du parc national « Entre Champagne et Bourgogne » et elle s’inquiète de la feuille de route proposée par les Pouvoirs Publics en ce qui concerne le projet cynégétique. Il est en effet envisagé d’ « éliminer le plus rapidement possible les pratiques artificielles (agrainage, clôture, engrillagement …) ». Une telle expérimentation serait à très haut risque et nécessiterait, en toute hypothèse, une baisse préalable et drastique de la population de sangliers et de cervidés. L’équilibre agro-cynégétique repose avant tout sur des options non radicales. Ainsi, on ne peut pas envisager de gibier sans protection ni de protection sans maîtrise des populations, ce qui est parfois le cas dans certains massifs où les clôtures linéaires transforment les forêts en « parc à gibier ».

Clôtures fermées ou ouvertes ?
Un débat s’est instauré sur la pertinence de maintenir des clôtures fermées tout au long de l’année empêchant ainsi le sanglier de circuler et de se faire abattre par les chasses « périphériques » dans lesquelles on retrouve souvent des habitants locaux et des agriculteurs. Ce sujet concerne aussi le monde agricole car il permet de remettre en cause les élevages et les pratiques de chasse qui favorisent les concentrations de nuisibles. C’est aussi un point délicat qui pourrait être abordé à l’occasion de concertations locales avec tous les acteurs. Cela permettrait d’avoir un plan de chasse mieux accepté et mieux respecté. Mais encore faut-il que le gibier soit bien toujours considéré comme res nullius… (la chose de personne)
Des indemnisations qui
restent mal acceptées
La Commission Dégâts de Gibier ne comprend toujours pas la méthode de fixation du barème qui est de plus en plus dictée par le national selon une fourchette de prix absurde. Ainsi cette année le maïs grain devait être fixé entre 6,60 € et 9 € du quintal. Ces chiffres théoriques sont le fruit d’une méthode de calcul qui ne permet pas de coller à la réalité du marché. De plus, la Fédération des Chasseurs a cherché à mégoter pour gratter 0,25 € sur le tarif maximum proposé. Cette mesquinerie laisse des séquelles et les agriculteurs sont moins que jamais disposés à accepter les dégâts qui seront la plupart du temps insuffisamment indemnisés. Cette crispation est regrettable mais elle est le résultat d’une politique de négociation engagée depuis plusieurs années par la Fédération des Chasseurs qui refuse d’intégrer dans le prix des denrées les pertes indirectes et la volatilité des marchés. Une indemnisation, pour être juste, doit toujours être supérieure à une moyenne sinon elle génère des frustrations et inévitablement des conflits. Cette position est malheureusement difficile à faire partager par les chasseurs. C’est bien pour cette raison que la prévention doit rester la priorité. Or les chiffres actuels de cette prévention sont inférieurs au coût des expertises…

Une colonisation inquiétante !
Les dégâts de cervidés sont moins visibles que les dégâts de sangliers mais leur impact est loin d’être négligeable. Le broutage et le piétinement doivent être mieux pris en considération. La Commission Dégâts de Gibier souhaiterait que la Fédération des Chasseurs accepte la mise en place d’un protocole d’indemnisation à l’instar de ce qui a déjà été fait dans d’autres départements et plus particulièrement dans l’Aisne. Les sollicitations de la FDSEA sont toujours restées sans réponse. Autrefois (bien avant le plan de chasse sanglier…) les dégâts de gibier étaient surtout focalisés sur les cervidés. Les problèmes sont toujours là et ils se dispersent sur l’ensemble du département avec la colonisation de cerfs dans des secteurs qui en étaient jusque-là dépourvus. La Commission Dégâts de Gibier n’est pas hostile à cette évolution, mais elle doit être maîtrisée. Lorsque des présences répétées de « grandes pattes » sont constatées dans des cultures, il faut systématiquement qu’une indemnisation soit proposée. En effet, le bol alimentaire de ces animaux est important et personne ne peut affirmer qu’il est sans incidence sur les récoltes ! La remarque vaut aussi pour les chevreuils, mais évidemment dans une moindre proportion.

Nuisibles : le blaireau
doit être classé
Une nouvelle fois les dégâts de blaireaux ont été mis à l’index et les agriculteurs ne comprennent pas pourquoi les pouvoirs publics ne laissent pas plus de marges de manœuvre au Préfet pour maîtriser les populations sans évidemment les éradiquer. Actuellement le piégeage n’est possible que pour des raisons sanitaires et il a été proposé, lors de la dernière Commission Départementale de la Chasse, de mettre en œuvre cette dérogation dans le canton limitrophe de la Côte-d’Or. Ce département connaît une recrudescence de tuberculose, une maladie qui pourrait être véhiculée par ce nuisible.

Chasse à l’approche :
faciliter l’octroi des bracelets
La chasse à l’approche à partir du 1er juin peut être un moyen efficace d’effarouchement, mais pour inciter les chasseurs à pratiquer cette chasse il conviendrait d’accorder des bracelets supplémentaires voire de les rendre gratuits comme cela se pratique en Côte-d’Or. Josian VANKERREBROECK a précisé qu’il en avait fait la demande, en vain, lors de la dernière commission de la chasse. C’est un sujet sur lequel il faudra probablement revenir. Dans l’immédiat les agriculteurs subissant des dégâts de gibier, peuvent néanmoins insister pour que les adjudicataires locaux s’exercent à cette chasse.

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