L'Avenir Agricole et Rural 18 février 2016 à 08h00 | Par T. Morillon

Défendre l’avenir de l’agriculture

L’Assemblée Générale de la FDSEA s’est déroulée le 12 février à Nogent dans une ambiance particulière : le syndicat a fêté ses 70 ans dans un contexte de crise agricole qui ne cesse de s’aggraver. Xavier Beulin est intervenu pour rappeler l’orientation à prendre.

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Près de 300 personnes se sont déplacées à l’Assemblée Générale de la FDSEA dont de nombreux élus départementaux et régionaux.
Près de 300 personnes se sont déplacées à l’Assemblée Générale de la FDSEA dont de nombreux élus départementaux et régionaux. - © T.M.

Reconstituer nos marges

300 personnes sont venues assister aux travaux de l’Assemblée de la FDSEA à Nogent. La journée fut l’occasion de fêter 70 ans de syndicalisme agricole, mais les agriculteurs et les responsables syndicaux ont insisté sur l’urgence de sortir de cette crise.

Pour Thierry LAHAYE, président de la FDSEA, l’agriculture est le seul secteur économique qui est, par nature, attaché au territoire. «Mais les exploitations agricoles ne reposent pas que sur le foncier, il faut aussi que les débouchés soient assurés dans de bonnes conditions de valorisation. Il est essentiel de maintenir des politiques de compensation efficaces, comme le maintien des zones de Revitalisation Rurale, des zones défavorisées qui sont en cours de révision, sans oublier les dotations à nos collectivités locales dont nous sommes les acteurs. Il faut aussi que les filières d’élevage hors-sol puissent se développer avec toutes les entreprises présentes sur la région.

Bien produire ne suffit pas, il faut aussi vendre dans de bonnes conditions. Force est de constater que nous avons un point faible dans l’organisation de nos filières. Nous avons délégué la commercialisation à une industrie agroalimentaire que nous ne maîtrisons plus. Elle ne nous considère plus comme un partenaire, mais comme de simples fournisseurs qui, par définition, sont pour elles sources de charges. Nous devenons des variables d’ajustement pour amplifier ses profits. Nous en faisons l’amer constat sur la viande ovine, le lait et le porc. Il est temps que le ministère de l’agriculture arrête de faire n’importe quoi.

Nous sommes bien conscients que la PAC représente actuellement sur nos exploitations près de 20 % du chiffre d’affaires de 100 MÄ pour le département, soit une moyenne de 300 Ä/ha. Nous avons pris position pour les aides couplées et obtenu d’ailleurs le maximum avec 15 % du budget dont 2 % sur les aides aux protéagineux. La manipulation politique avec le paiement redistributif sur les 52 premiers hectares n’avait pas lieu d’être. Une politique agricole doit aussi avoir pour mission de protéger et de sécuriser. Nous pensons que les dispositifs assurantiels qui fonctionnent depuis longtemps outre-Atlantique doivent être développés en Europe. Avec les négociations des filières, ce sont deux challenges importants que nous avons à relever à moyen terme».

Une année de mobilisations

Le secrétaire général de la FDSEA Bruno DIDIER a rappelé les actions syndicales de l’année. «Nous avons été appelés sur plusieurs fronts, les actions ont commencé en février 2015 avec la manifestation contre le Parc National. Elle a été décisive sur la conduite de ce projet venu de Paris et relayée sur le terrain par une structure technocratique, à savoir le GIP. Un autre projet provoque le même rejet de la profession : l’HEPMA ou EPAMA, il s’agit de retenues d’eau destinées à inonder les terres riveraines du Mouzon et de la Meuse. La digue de 600 mètres prévue à Soulaucourt est absurde, nous avons proposé des solutions alternatives.

En mai, la sécheresse et la canicule se sont installées et ont littéralement grillé les maïs, cela a duré jusqu’en août, ce qui a compromis aussi les deuxièmes coupes. Nous avons demandé l’engagement de la DDT et nous attendons une réponse courant mars. Nous espérons avoir cette reconnaissance qui nous permettrait de bénéficier de quelques dégrèvements d’impôts fonciers supplémentaires car nous n’avons plus accès aux aides à cause du système de calcul. En juin, nous avons manifesté devant les abattoirs Bigard à Vitry. En juillet, nous étions sur les autoroutes avec les JA pour des contrôles de camions frigorifiques. Nous avons pu nous rendre compte de l’importance du trafic alimentaire et des limites de la traçabilité. Nous sommes montés à Paris et à Bruxelles en septembre avec à la clé le plan de soutien à l’élevage et une petite enveloppe de 80 MÄ. Malgré tout, nous n’avons pas réussi à obtenir des prix rémunérateurs».

Renforcer le dispositif assurantiel

Stéphane Crijns, a rappelé qu’avec 200 000 ha de terres cultivées (2 tiers de la SAU de Haute-Marne), les grandes cultures sont la base de l’économie agricole départementale. «La réforme de la PAC, pour nous polyculteurs, c’est souvent 32 Euros du second pilier en moins à l’hectare. S’ajoute à cela le paiement redistributif de -25 Euros au-delà de 100 ha car ce dispositif s’annule jusqu’à ce chiffre. Or notre surface moyenne d’exploitation est de 200 ha et toutes les exploitations ne sont pas en Gaec. Ce dispositif est absurde et inéquitable car il ne tient pas compte du potentiel des terres.

Une petite consolation subsiste dans les aides couplées aux protéagineux et aux légumineuses (entre 100 et 200 Euros/ha). Nous n’avons pas de données sur les surfaces engagées car l’administration est empêtrée dans l’instruction de la PAC à cause des doublons et des SNA. Nous déplorons d’autant plus le retard de paiement que ce couplage n’a pas donné lieu à un acompte au titre de l’ATR (Avance de Trésorerie Remboursable). Il devait être intégré dans une ATR 3, ce qui laisse penser que nous n’aurons probablement pas le solde de nos aides !».

«L’assurance socle est un challenge important à relever en augmentant la surface souscrite. Espérons que la tolérance jusqu’à 70 % d’engagement sur le socle grandes cultures permettra d’augmenter le taux de pénétration (actuellement 30 %) pour renforcer la mutualisation. L’écrêtement de la subvention de ces 2 dernières années est inacceptable»

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