L'Avenir Agricole et Rural 20 juin 2013 à 10h01 | Par L'Avenir Agricole et Rural

DECLIC AGRO - LES GROUPES, BÂTISSEURS DU CHANGEMENT

Les changements socio-techniques des systèmes de cultures posés en trois questions « pour quels enjeux ? Comment je fais ? Comment-font-ils » : tel a été le thème de la journée Déclic’Agro organisée le 12 juin dernier par la Chambre d’agriculture de l’Aube sur l’exploitation de Fabien et Lilian Balanche à Bragelogne Beauvoir (10).

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«Plus il y a d’interaction et de diversité dans un groupe, plus il y a d’intelligence créatrice.»
«Plus il y a d’interaction et de diversité dans un groupe, plus il y a d’intelligence créatrice.» - © Revue Agricole de l'Aube

«Oui c’est possible de se défaire de ses idées reçues, de repartir du pourquoi on fait comme ça, de décider pour soi-même, et de bâtir dès aujourd’hui une vision de son exploitation dans 5 à 10 ans ! Et dans ce questionnement, les groupes ont un rôle essentiel à jouer car ils disposent d’autonomie et ils sont créateurs d’intelligence collective. » Tel est le message confiant et porteur d’espoir sur le franchissement du cap de l’innovation en termes d’agriculture durable de Marc Benoît, directeur de recherche à l’INRA Mirecourt. Il a été au cœur de la journée Déclic’Agro, des débats, démonstrations, ateliers et autres illustrations concrètes sur l’exploitation de Fabien et Lilian Balanche située à Bragelogne-Beauvoir. Ces deux exploitants ont d’ailleurs apporté la preuve de la réalité « de ce possible » lancé par Marc Benoît, puisqu’ils sont déjà engagés dans ce processus de remises en cause et de pratiques innovantes visant la réduction des intrants : ils sont engagés depuis plusieurs années dans « le réseau de parcelles SDCI » (Systèmes de Cultures Innovants » lancé en 2008 par la Chambre d’Agriculture de l’Aube et dans le réseau DEPHY Barrois Aube-Haute-Marne. Des initiatives dont Christophe Aubry, président de Végellia, a rappelé : « elles traduisent l’engagement de la Chambre d’agriculture de répondre à des signaux forts de la société et d’accompagner les agriculteurs pour leur permettre de saisir les nouvelles opportunités et non de se situer dans une agriculture de résistance. A nous d’être acteurs de l’avenir de nos exploitations en nous appuyant sur des groupes et le développement de synergies. » Concernant la vulgarisation de l’agriculture durable et le conseil qui l’accompagne, Jean-Michel Ecochard, directeur métier de la Chambre d’agriculture, a précisé : « pour faire simple, hier on parlait, un produit, une dose, une variété. Aujourd’hui nous passons d’une approche analytique à une approche globale et systémique. On parle plus d’un accompagnement au changement, de co-construction de nouveaux systèmes de production. »

4 idées reçues, freins au changement

Cette approche, Marc Benoît la situe dans un cadre incontournable de remises en cause. Il suppose de battre en brèche un certain nombre d’idées reçues et de bien situer la production agricole et la qualité de ses produits dans le contexte du changement des besoins d’une société de plus en plus citadine. Pour illustrer sa thèse de la production et de la qualité des produits dépendant de son environnement humain, il souligne : « aujourd’hui la qualité d’un bon steak n’est pas un acquis, ça se discute ! » Cependant, pour avancer dans sa démarche de réponse à la société, Marc Benoît est convaincu que le milieu agricole doit se défaire de quelques idées reçues. La première « les politiques publiques savent produire, protéger la santé et protéger l’environnement », a pour lui cependant abouti à la culture « un problème, une solution avec une molécule », à une PAC qui, en ciblant ses soutiens « a abandonné ses prairies, sa luzerne et sa production de protéine pour l’alimentation animale », avec une France passée de 1ére en production bio en 1981 à 12ème. Face à la seconde idée reçue « les autres pays européens font comme nous », il cite le Danemark qui, depuis les années 80, a su mettre en œuvre des réglementations visant la réduction des produits phyto. A la troisième idée reçue « nous devons produire pour nourrir le monde » il répond de façon tranchée : « il est temps d’arrêter ! Les plus gros problèmes de santé actuellement sur notre planète sont dus à la suralimentation. 1,4 milliard de personnes sont confrontées à des problèmes de surpoids alors que 0,9 milliard de personnes à la sous-alimentation. Le problème de malnutrition ne se pose pas en termes d’agronomie ni de production, il se situe plus dans les politiques de sécurité alimentaire des régions du monde et dans des zones ravagées par la guerre. » La 4ème idée reçue « l’utilisation des produits phytosanitaires est indispensable pour assurer l’augmentation des rendements », l’incite à rappeler tout d’abord que les rendements n’augmentent plus depuis 2001 pour la plupart des grandes cultures. Ensuite, il ajoute que le « vrai rendement » c’est celui qui tient compte des coûts énergétiques, de santé et environnementaux. Il précise aussi « depuis 1959, l’utilisation de produits phyto a été multipliée par 8 alors que la production végétale a été multipliée par 2,5 et elle stagne depuis plus de dix ans. C’est la preuve d’une inefficacité technique ! ».

Une capacité au changement à valoriser sur un autre cap

Cependant, face à ces idées reçues encore motrices de comportements et pratiques aux champs, Marc Benoît se veut rassurant. D’une part, parce qu’il a participé aux tables rondes réunissant agriculteurs et conseillers autour du thème « quelle vision de votre exploitation dans 5 à 10 ans ? » qui ont été très riches. D’autre part, parce qu’il constate « dans cette région vous êtes parmi les agriculteurs de France qui ont le plus changé. Mais aujourd’hui il faut que ce changement prenne une autre orientation ». Car son constat en s’appuyant sur l’évolution des assolements, liés surtout aux politiques agricoles, est implacable : « vous avez été des simplificateurs. Vous êtes face à des systèmes écologiques totalement déséquilibrés, avec des rotations courtes et dominées par un très petit nombre d’espèces. Des systèmes idéaux pour vous attirer des ennuis, dont celui de votre exposition à l’usage accru de pesticides et de produits nouveaux, sur lesquels nous n’avons pas de recul sur la santé. » Suite à ce constat, à la question « comment changer? » Il répond « en faisant fonctionner les groupes locaux, qui n’ont pas de tabou, qui peuvent s’appuyer sur internet, simple lieu d’échange et de circulation d’informations, et qui posent les bonnes questions et cherchent des réponses. » C’est à-dire en s’appuyant sur l’intelligence collective pour identifier et faire sauter les verrouillages dans les têtes, afin ensuite de dégager une stratégie, de la mettre en œuvre « avec plus d’indicateurs de décision que de modalités et d’impacts » et en musclant la capacité à contre argumenter par la confrontation avec d’autres acteurs. Enfin, à la question « comment faire perdurer le changement de systèmes de cultures?» là aussi Marc Benoît répond par la tonicité des groupes : « plus il y a d’interaction et de diversité dans un groupe plus il y a d’intelligence créatrice. » Il conseille surtout d’éviter « le piège des indicateurs de modalités « comment on fait ? » que l’on connaît partout dans notre société, car « l’important est dans le pourquoi et pas dans le comment ! » Ces propos ont été salués par Christophe Pron, responsable du comité d’agriculture durable de la Chambre d’agriculture, car ils placent les groupes de développement au cœur du processus d’innovation, de création et de recherche de solutions.

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