L'Avenir Agricole et Rural 09 mai 2014 à 09h36 | Par Thibaut Morillon

Crues - Barrage au barrage

Un projet visant à réguler le cours de la Meuse est en cours d’élaboration, plusieurs scénarios sont à l’étude. La construction d’un barrage va impacter les exploitations et les agriculteurs y sont hostiles.

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Zone de surstockage : La zone de surstockage à Levécourt : comparaison entre la crue centennale (en Violet) et le niveau d’eau après le projet HEBMA (en jaune).
Zone de surstockage : La zone de surstockage à Levécourt : comparaison entre la crue centennale (en Violet) et le niveau d’eau après le projet HEBMA (en jaune). - © TM

L’Etablissement Public d’Aménagement de la Meuse et de ses Affluents (EPAMA) est en charge de la phase opérationnelle du projet d’« aménagements Hydrauliques et Environnementaux du Bassin de la Meuse Amont » (HEBMA). L’étude réalisée en 2008 aboutit à un vaste programme d’aménagement, qui concerne 83 sites différents, le long de la Meuse et de quatre de ses affluents, dont le Mouzon en Haute-Marne. L’objectif est de protéger les secteurs habités des crues ordinaires ou centennales et d’atteindre le bon état écologique sur la Meuse et ses affluents. Les aménagements sont importants, ils sont de nature hydrauliques (digues, zones de ralentissement dynamique des crues…) ou environnementaux (plantations de haies, pose de clôtures et d’abreuvoirs…). Il y aura donc des zones de ralentissement ou de surstockage, des barrages, des zones humides, des reméandrages (la rivière reprend son tracé antérieur) et des lits d’étiage au niveau des ponts.

Gagner 8 cm à Neufchâteau

Laurent Flammarion est président du syndicat cantonal de la FDSEA de Clefmont, il est directement concerné par le projet puisque son exploitation, la ferme de Dardu, se situe entre Audeloncourt et Levécourt, à proximité du futur barrage. Il ne voit pas d’un bon œil cet aménagement : « Petit à petit, ils ont reculé l’endroit où ils voulaient construire la digue, mais cela ne change rien, mes terres sont le long de la Meuse. Près de la future digue, 60 ha de champs ont été remis en herbe par les agriculteurs à cause des inondations de 2013 (7 fois par an en moyenne), mais ce barrage va empirer les choses. Après l’ONEMA qui nous interdit de drainer et de curer les fossés, l’EPAMA veut aussi faire ce projet au nom de l’environnement, mais cette surinondation détruira les nids de courlis ». Le barrage devrait surplomber de 2,5 m le niveau de crue centennale, en réduisant d’un tiers le débit de la Meuse. Une digue est également prévue à Soulaucourt-sur-Mouzon, ces aménagements devraient abaisser le niveau de la rivière de 8 cm à Neufchâteau. Les prévisions de l’EPAMA ont de quoi laisser sceptique (cf carte ci-contre), la surface de la zone de surstockage est à peine plus grande que la crue centennale alors que le barrage va réduire le débit d’un tiers. Le niveau d’eau étant plus haut que lors d’une crue ordinaire, le sol va mettre beaucoup plus de temps à l’absorber, rendant les terres inutilisables pendant ce laps de temps.

Des compensations financières sont prévues lorsqu’il y a une modification des pratiques agricoles, ou lorsque la zone de surstockage entre en fonctionnement (entraînant une surinondation des terrains à l’amont et une perte d’exploitation). Les conventions seront négociées avec la participation des Chambre d’Agriculture. Cependant, les indemnisations ne seront pas prises en compte pour les mois de décembre et janvier, pire, elles ne concerneraient que la délimitation due à la digue (en jaune sur la carte) et pas celle de la crue centennale (zone en violet). Une faible partie de la surface totale serait alors seulement concernée. Autrement dit, on ne tiendrait pas compte de l’allongement de la durée d’inondation évoquée ci-dessus.

En Haute-Marne, le projet HEBMA est financé par le Fonds Européen de Développement Economique et Régional (FEDER), le Conseil Régional, le Conseil Général et l’Agence de l’eau Rhin-Meuse. Une concertation est en cours au sein de l’EPAMA, qui discute des solutions à retenir pour chaque site étudié, sept scénarios sont proposés. L’Avant Projet sera réalisé au cours du deuxième semestre 2014. A la fin de cette phase, le scénario final d’aménagement sera arrêté et des délibérations pourront être prises par les collectivités. Les phases Projet et Dossier de Consultation des Entreprises (DCE) suivront au début de l’année 2015.

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