L'Avenir Agricole et Rural 24 août 2017 à 08h00 | Par Sunlait

Crise laitière ou l’histoire de l’œuf, de la poule et des pigeons...

Les producteurs laitiers français sont en crise depuis de nombreux mois qui se comptent désormais en années. Que se passe-t-il vraiment dans cette filière ? Pourquoi les éleveurs français n’en finissent plus de survivre plutôt que de vivre de leur métier ?

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En réalité, il n’existe pas un marché du lait, mais des marchés des produits laitiers.
En réalité, il n’existe pas un marché du lait, mais des marchés des produits laitiers. - © E. Bignon

partir de mi-2015, à la sortie des quotas laitiers dans l’Union Européenne, une conjonction de circonstances (surproduction, embargo russe, baisse de la consommation chinoise, ...) a entraîné la chute des cotations mondiales de produits laitiers. Naturellement, elle s’est répercutée sur le prix payé aux producteurs, l’amenant bien en dessous du prix de revient.

Il faut s’habituer leur a-t-on expliqué : la fin de la gestion administrée des volumes a laissé place à l’économie libérale. L’offre et la demande ne seront pas toujours équilibrées, la volatilité des prix est une réalité. Il faut passer le cap, faire le dos rond au creux de la vague, attendre patiemment le rééquilibrage du marché.

A partir de mi-2016, face à une baisse de la production mondiale et européenne en particulier, les cours remontent en effet. Au premier semestre 2017, si les cotations de la poudre de lait restent contenues par les stocks d’intervention de l’UE, les cotations du beurre s’envolent vers des sommets ... Là encore, pour les éleveurs français, il faut patienter : attendre la résorption des stocks de poudre, attendre d’avoir passé le pic de collecte printanier, attendre que la mécanique de détermination du prix à la française répercute enfin les hausses de prix à la production. Mi-juin, nous y voilà ! Près d’un an après la remontée des cours de la matière grasse, les éleveurs devraient voir le bout du tunnel.

Une histoire franco-française

C’est alors que la poule et l’œuf entrent en scène : distributeurs et transformateurs se renvoient la balle. Les premiers se disent prêts à passer des hausses dans les rayons s’ils sont assurés qu’elles seront répercutées aux producteurs (tout en pointant l’opacité des transformateurs sur le sujet). Les seconds se disent prêts à augmenter les prix aux producteurs s’ils sont assurés de pouvoir les répercuter à la distribution (tout en dénonçant les difficultés qu’ils ont à renégocier). Sur fond de guerre des prix entre les enseignes de la grande distribution, l’œuf et la poule se font des politesses. Chacun y va de sa déclaration de bonnes intentions mais aucun ne veut réellement passer le premier. En vérité, sont-ils vraiment prêts à prendre leurs responsabilités ?

Pendant ce temps, en France, aux extrémités de la chaîne, producteurs et consommateurs, sont les pigeons de l’histoire. D’un côté, les producteurs laitiers assument seuls les baisses de prix du marché et ne bénéficient pas pleinement de ses remontées. De l’autre, les consommateurs sont les faire-valoir d’une guerre sans merci entre les distributeurs et se retrouvent, malgré eux, les protagonistes d’une économie délétère dont ils seront, au bout du compte, eux aussi victimes.

Et surtout, par ces discussions interminables, distributeurs et transformateurs détournent habilement l’attention du vrai sujet : quelle est la valorisation du lait sur le marché intérieur ? Quelle est la répartition de la valeur du lait entre les maillons de la chaîne ? En somme, qui fait les marges dans la filière ?

Une économie laitière complexe

En réalité, il n’existe pas un marché du lait mais des marchés des produits laitiers : un marché international de produits de commodités très volatil (selon les mécanismes décrits ci-dessus) et des marchés intérieurs ou périphériques de produits de consommation à plus ou moins haute valeur ajoutée. Si l’on peut admettre que les variations de prix du marché international influent sur les marchés intérieurs des produits transformés, il faut aussi s’interroger sur le niveau de valorisation de ces derniers et sa répercussion aux producteurs.

Dans les pays peu tournés vers le marché international, on observe des prix payés en ferme bien au-dessus des prix du marché international et naturellement beaucoup moins volatils. En France, ces dernières années, le prix moyen payé aux éleveurs est proche du marché mondial et relativement homogène entre les principaux transformateurs (hors filières AOP, bio, ...). Mais où est passée la valeur générée sur le marché intérieur ? En tout cas, pas dans la poche des producteurs..

Vous pourrez retrouver la suite de cet article dans notre édition du 25 août 2017.

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