L'Avenir Agricole et Rural 15 décembre 2011 à 11h52 | Par E. DAUPHIN

Coopération - La fin des vaches maigres

Avec la fusion Alotis – CAPEVAL l’élevage constitue désormais le second métier du groupe coopératif EMC2 qui entend cultiver et renforcer cette polyvalence par d’autres synergies régionales.

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Export : une opportunité, pas l’eldorado

« Si la consommation intracommunautaire a tendance à stagner, il n’en est pas de même pour la consommation mondiale tirée par les pays en voie de développement  qui connaissent une croissance annuelle durable de 1,5 % » estime Raphaël BONNAULT Directeur de la filiale bétail – viande d’EMC2. Cette demande en expansion de la part des pays tiers correspond aussi à une moindre concurrence des grands pays producteurs d’Amérique latine. Ces derniers diminuent leurs troupeaux pour laisser la place au soja, augmentent leur consommation de viande  et cherchent à pénétrer le marché asiatique jusque-là occupé par l’Australie.

La diminution des femelles reproductrices en Argentine, comme au Brésil, laisse augurer d’un tassement pérenne de la production. Philippe MANGIN a salué l’action du Ministre de l’Agriculture pour la levée des barrières sanitaires et douanières mais il regrette que l’action diplomatique se soit arrêtée à l’export  d’animaux vifs ; ce qui a pour effet de baisser l’activité de nos abattoirs nationaux. Le Président d’EMC2 considère que l’export est une opportunité à saisir, et sa coopérative a su le faire, mais ce n’est pas pour autant l’eldorado qui sauvera l’élevage français. Il considère qu’il faut continuer de renforcer les liens avec la filière nationale voire locale. A ce propos il regrette l’initiative d’une GMS de s’offrir une image de proximité à bon compte avec les éleveurs en envoyant les animaux se faire tuer à l’autre bout de la France. Il s’est aussi expliqué sur l’opposition de Coop de France à la constitution du GIE  export qui s’est finalement transformé en GEF (Groupement d’Export France) ayant une mission de veille et de prospective à l’international.

Grâce à son info hebdomadaire aux adhérents, la coopérative s’efforce de surfer au mieux sur le marché. Ainsi en pleine période de sécheresse et de décapitalisation, Alotis a conseillé à ses adhérents de reporter de quelques semaines  les livraisons. L’ouverture du marché turque et des pays du Maghreb  conjuguée à un retour  d’une météo plus favorable ont permis d’éviter des ventes bradées.

La coopérative insiste aussi sur le respect de ses principes mutualistes par lesquels tous les adhérents profitent des opportunités de marchés, ce qui n’est pas le cas d’une certaine concurrence dont Philippe MANGIN  déplore le retour à un maquignonnage d’antan en cette période faste.

UNE ACTIVITE EN HAUSSE

L’intégration de la coopérative de collecte marnaise Capéval au sein d’EMC2 entraîne des synergies avec Alotis. Le tonnage total réalisé (boucherie et élevage) s’élève à 86 718 tonnes (graphique ci dessous). Les services administratifs des deux structures vont fusionner, la logistique sera rationalisée afin d’améliorer l’homogénéité des lots fournis aux clients, mais chacun conserve, pour l’instant ses services techniques et achats afin de préserver les spécificités boucherie/maigre. (voir graphique)

A noter, une reprise des relations commerciales avec l’abattoir de Chaumont dans de bonnes conditions, a assuré Jean-Luc Duret. Le volume livré est d’une dizaine de bêtes par semaine.

La section porcine, qui ne concernait plus qu’une quinzaine d’éleveurs a été dissoute. Les adhérents ont intégré la centrale d’achats CIRHYO qui regroupe un million de porcs.

Quant à la section ovine, le volume abattu à Mirecourt a progressé de 28% avec des agneaux lourds avec un poids moyen de carcasse de 19,55 kg, payé 5,35Ä en 2011. La demande sur la Lorraine porte plutôt sur des agneaux lourds à 23 kg de poidsde carcasse. Pour Jean Guinay, ancien responsable commercial et logistique chez Alotis, cette filière a atteint l’optimum si elle souhaite rester sur des créneaux de qualité. Au delà de ce volume, il faut faire appel à des opérateurs spécialisés, ce qui n’est plus le même métier.


Résultats financiers encourageants

Au 30 juin 2011, la section Alotis a réalisé un résultat net de 83 000 euros pour un chiffre d’affaire de 44 528 000 euros.

Suite à l’absorption de Capéval, le chiffre d’affaire du Groupe EMC2 a progressé de 36% pour atteindre 421 millions d’euros. Le résultat net est de 3 millions d’euros. Il permet de rémunérer le capital social à hauteur de 3,5% de dividendes à destination des associés coopérateurs. René Bartoli, Directeur Général d’EMC2 a rappelé que pour un euro de parts sociales, le groupe compte cinq euros de réserves légales. La coopérative compte désormais 575 collaborateur, et assure 888 000 tonnes de collecte de céréales.

Plutôt vers la Lorraine

Philippe Mangin, Président d’EMC2 et de Coop’ de France est revenu sur le refus d’EMC2 d’adhérer au projet de fusion de Nourricia et de Champagne Céréales, malgré un travail en commun mené depuis une dizaine d’années avec des réalisations concrètes telles que Siclaé, Sévéal ou encore l’usine de trituration de Baleycourt. Le responsable justifie ce refus par l’absence de dénominateur commun sur le plan stratégique et culturel, «les mariages à trois ne vont jamais très loin» explique le responsable de façon imagée.

Ce refus a suscité l’espoir de voir renaître l’identité lorraine au sein de la coopération. Le président de la Coopérative Agricole Lorraine a d’ailleurs clairement tendu la main à la coopérative EMC2 lors de son assemblée générale, mais le Président souhaite d’abord renforcer la fusion avec Capéval.

Philippe MANGIN est optimiste sur l’avenir de la filière viande car, si celle-ci évolue en dent de scie, elle s’inscrit dans une tendance durablement à la hausse. Il invite les éleveurs à améliorer leur compétitivité, en particulier sur le volet de la productivité, sans compter sur d’hypothétiques restitutions de la part des pouvoirs publics. L’épisode de la Turquie a prouvé que les éleveurs français pouvaient être de véritables compétiteurs sur le plan international.

Pour soutenir durablement l’élevage allaitant, la coopérative a d’ailleurs mis en place des contrats sécurisés avec les adhérents. (voir en encadré le projet Opti’cap).

C’est dans un contexte de prix forts qu’il faut engager la contractualisation avec système de convergence de prix en fonction de la marchandise et non de la destination
C’est dans un contexte de prix forts qu’il faut engager la contractualisation avec système de convergence de prix en fonction de la marchandise et non de la destination - © Réussir

Vous engraissez ? Ils sécurisent...

C’est dans un contexte de prix forts qu’il faut engager la contractualisation avec système de convergence de prix en fonction de la marchandise et non de la destination » a assuré Raphaël Bonnault, directeur de la filière bétail et viande chez EMC2. Dans le même esprit que les contrats « CAP200 », la coopérative vise à sécuriser le développement de l’élevagede bovins..

« Opti’cap JB » est un contrat exclusif d’une durée de cinq ans avec les établissements Bigard, qui offre des garanties en terme de revenu. Le prix de carcasse sera déterminé en tenant compte à 50% des coûts de revient, main d’œuvre comprise, et à 50% sur le cours hebdomadaire du marché.

Les conditions pour accéder à ce contrat est de créer 30 à 100 places d’engraissement de jeunes bovins, type charolais, issus d’élevages qualifiés (100% du maigre est financé à taux zéro). L’éleveur bénéficie d’un suivi technique cumulant l’expérience d’Alotis et de Capéval. Ce contrat sera lancé à partir de janvier 2012.

La coopérative propose également le « Pack Allaitant », il s’agit d’une avance de trésorerie à taux zéro, remboursable en deux ou quatre échéances, calée sur la vente des produits issus des animaux financés.


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