L'Avenir Agricole et Rural 22 novembre 2012 à 11h55 | Par L'Avenir Agricole et Rural

COMMISSIONS GRANDES CULTURES - ATOUT LUZERNE

La luzerne avait perdu de son intérêt économique avec la réforme de la PAC, mais ses qualités fourragères et environnementales restent plus que jamais d’actualité. La FDSEA et les Jeunes Agriculteurs souhaitent une renaissance de cette culture qui mérite d’être mieux (re)connue.

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- © REUSSIR

La Haute-Marne, département de polyculture élevage, est à la croisée des filières céréales et élevage qui connaissent des bonheurs différents. La luzerne peut être une solution de synthèse pour répondre  à plusieurs défis.

 

Céréales-élevage : des situations contrastées

 

Thierry LAHAYE, Président de la Commission Grandes Cultures, a rappelé que le contexte «prix» était plutôt favorable grâce aux stocks mondiaux qui sont au plus bas. La Russie a engagé tous ses quotas d’exportation de blé et le ratio stock / consommation est inférieur à 20%. La situation est assez comparable sur les oléagineux. Cette relative stabilité, à un niveau élevé, avec des perspectives favorables, ne doit pas faire oublier les situations calamiteuses de certains secteurs qui souffrent d’aléas climatiques répétitifs. Les résultats des exploitations céréalières peuvent ainsi varier de 50 à 550e/ha. Les résultats peuvent même être négatifs dans les exploitations n’ayant pas souscrit d’assurance récolte. Ce dispositif s’avère utile en Haute Marne, bien que certaines améliorations soient souhaitées en ce qui concerne notamment l’appréciation des rendements de référence. La Commission Grandes Cultures a aussi pris connaissance du fonds de solidarité «céréaliers-éleveurs» qui vient d’être mis en place. Une incertitude subsiste quant à la  modalité de collecte des 2e/tonne qui devrait intervenir au cours du premier semestre 2013.

Etienne ROBERT, Président de la Commission Elevage, observe  que les cours de la viande se sont globalement améliorés mais il constate que la marge dégagée est rognée par l’augmentation des charges d’alimentation du bétail. Il s’inquiète aussi de la recrudescence de l’épidémie de Shmallenberg. La réactivation du dispositif d’épidémio-surveillance au niveau national prouve que le problème est réel sur toute la France. La Commission espère que les Pouvoirs Publics sauront prendre leur responsabilité dans ce dossier … avec ou sans mise en œuvre du fonds de mutualisation contre les risques sanitaires qui tarde à se mettre en place.

 


Une bonne tête d’assolement

Blandine BONNE, conseillère à l’APVA a présenté les intérêts agronomiques de la luzerne qui permet entre autres de restituer de l’azote minéral sur les deux cultures suivantes : les augmentations de rendement sont estimées à 3qx/ha pour un blé derrière luzerne avec un petit plus lorsque la luzerne n’est pas enfouie immédiatement après la dernière coupe. La luzerne permet aussi de limiter le lessivage grâce  son système racinaire qui puise les éléments nutritifs dont elle a besoin dans les couches profondes du sol (jusqu’à 5 mètres). Pour favoriser ce développement racinaire il est conseillé de laisser la plante fleurir au moins une fois dans l’année, de préférence en deuxième ou troisième coupe.

 

Une culture adaptée aux sols haut-marnais

Le PH optimum pour son implantation se situe entre 6,5 et 7,2. Les sols argilo-calcaires du Barrois sont propices à l’implantation de cette culture fourragère qu’il  convient de réaliser avec beaucoup de soin dans une terre chaude et fine. Les semis peuvent se faire au printemps, de préférence sous couvert végétal, ou en fin d’été, si possible avant le 30 août. Il conviendra de privilégier les espèces de type Nord, plus résistantes au froid. Deux variétés dominent : Salsa et Galaxie. Alicia et Alexis commencent leur carrière, mais les suivis techniques restent pour le moment proches du monde de la déshydratation. L’itinéraire technique peut comprendre un désherbage à l’implantation sachant qu’il existe des alternatives mécaniques. Son faible Indice de Fréquence de Traitement (IFT) la rend extrêmement performante au plan environnemental. Elle présente aussi un atout non négligeable en matière de biodiversité de part son caractère mellifère. Enfin, elle permet de sortir de certaines impasses de maîtrise de mauvaises herbes.

 

Une sécurité d’affouragement

La luzerne est beaucoup moins sensible que d’autres plantes à la sécheresse et à la chaleur ; elle pousse jusqu’à 30° ! Bien entendu les terres profondes seront plus productives mais elle permet dans tous les cas d’envisager un rendement presque deux fois supérieur à celui de la prairie permanente jusqu’à approcher celui du maïs ensilage (cf tableau dessous). Trois ou quatre coupes peuvent être pratiquées pendant deux ou trois années consécutives, étant précisé que la hauteur optimale est de 5 à 7 cm et que la dernière doit être réalisée de préférence un mois et demi avant les premières gelées.

Un aliment performant

La luzerne se distingue par sa teneur en protéines, ce qui permet de faire des économies de concentrés azotés. L’apport de 30 à 40 % dans la ration, en complément d’ensilage de maïs permet par exemple de réduire les concentrés azotés de 30 à 60%. Mais il faut compléter avec un aliment riche en énergie (3 à 7 kg) si l’on veut maintenir la production laitière. La luzerne a d’autres atouts alimentaires car elle améliore la fibrosité et elle prévient l’acidose de la panse.

La valeur nutritive dépend aussi des modalités de récolte (maturité, foin, enrubannage ou ensilage). Contenant peu d’amidon et beaucoup de matière azotée et de cellulose, la conservation sous forme d’ensilage est difficile. Un pré-fanage permettant d’élever la matière sèche entre 30 et 40 %, avec un hachage en brins courts, est recommandé pour éviter les moisissures et les fermentations indésirables. Pour compenser la faible teneur en amidon, les agriculteurs pratiquent quelquefois le mélange avec du dactyle ou d’autres graminées.

 


Une culture et aliment
qui méritent d’être promus

 

Les Commissions Grandes Cultures et Elevage de la FDSEA souhaitent que la Chambre d’Agriculture poursuive ses acquisitions de références, tant sur le plan agronomique qu’alimentaire,  et renforce la communication sur la luzerne. La recherche variétale et culturale s’est essentiellement concentrée sur la luzerne déshydratée cultivée dans des régions bien spécifiques. Il serait aussi utile d’avoir des données plus fines sur les mélanges et sur d’autres légumineuses fourragères, tel que le trèfle mieux adapté à certains sols.

Une incitation financière ne serait pas non plus superflue. Les membres des Commissions souhaiteraient par exemple que «notre» légumineuse ait le même soutien que la luzerne déshydratée (100 Ä/ha obtenus l’an dernier).

La FDSEA 52 avait déjà manifesté son mécontentement auprès des instances nationales à propos du plan protéines qui a méprisé cette culture. En effet sur 40 MÄ, 1 MÄ lui avait été réservé et cette aide (ou plutôt cette aumône) est même maintenant supprimée. Il n’est pas utopique d’envisager une incitation dans le cadre de nouvelles mesures agro-environnementales dites «système» dans lesquelles l’autonomie en alimentation animale et en fertilisation serait reconnue. Ces incitations  pourraient aussi se concevoir dans le cadre d’échanges culturaux  entre  céréaliers et éleveurs.

La promotion de la luzerne, et des fourrages artificiels en général,  passe aussi par le déverrouillage de la contrainte «prairie permanente» qui pèse sur les exploitations depuis la dernière réforme de la PAC 2009. La FDSEA et les JA 52 relaient ainsi la demande syndicale nationale consistant à établir une souplesse d’au moins 30 % sur l’obligation de maintien  des prairies permanentes.

Dans les parties qui se jouent sur la réforme de la PAC, la compétitivité et l’environnement, la carte «luzerne» est un atout fort. Encore faut-il que les règles du jeu  reconnaissent ce fourrage en tant que tel.

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