L'Avenir Agricole et Rural 07 juin 2007 à 00h00 | Par JL BLONDEL

COMMISSION ELEVAGE - Vers une nouvelle crise ?

La FDSEA et les J.A. s’inquiètent de la brutale dégradation des cours des jeunes bovins qui laissent présager un marché morose des broutards. Les membres de la commission ont aussi fait le point sur les contrôles et l’évolution de la réglementation sur les produits vétérinaires.

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Le cours des jeunes bovins vient de perdre plus de 10 % en moins de trois semaines.
Le cours des jeunes bovins vient de perdre plus de 10 % en moins de trois semaines. - © REUSSIR
FCO : dans l’expectative

A ce jour, l’activité virologique n’a pas été constatée en Europe du Nord. L’alerte qui avait été déclenchée début avril en Allemagne n’a heureusement pas été confirmée. Le suivi d’une reprise éventuelle d’activité dans les élevages sentinelles (7 en Haute Marne) sur lesquels des prélèvements sont réalisés mensuellement n’est pas de nature à rassurer la Profession qui déplore par ailleurs le refus du Ministère d’indemniser les éleveurs concernés par les contraintes engendrées. A l’instar du mot d’ordre lancé en Lorraine, la Commission Elevage recommandera une grève des analyses si les Pouvoirs Publics continuent de rester fermés sur l’indemnisation (à ce jour le mot d’ordre est national).
Cette position syndicale est d’autant plus justifiée que l’analyse sur le lait est pratiquée dans d’autres Etats Membres, en particulier la Hollande.
Concernant l’indemnisation et les autres mesures d’accompagnement, la Commission Elevage continue de dénoncer les incohérences du dispositif qui est beaucoup trop sélectif. La Profession demande que la compensation puisse se faire sur la base de l’écart de marché constaté dans un observatoire de prix qui est aujourd’hui en place, mais dont on ne connaît malheureusement pas les conclusions …
L’exploitation de la jachère est aussi attendue avec impatience pour 2007, sachant que la sécheresse est venue aggraver les problèmes d’affouragement. Mais le Ministère reste muet, il a simplement précisé qu’aucune autorisation ne pourrait être donnée avant le 11 juin.
Dans l’hypothèse où l’activité virologique viendrait à reprendre les syndicats demandent que les restrictions de mouvement d’animaux pour l’abattage ne soient pas durcis comme ce fut le cas en 2006. Cela a un impact trop préjudiciable sur le cours des animaux qui est déjà malmené aujourd’hui. Quant à l’efficacité des contraintes des mouvements d’animaux, la Profession est de plus en plus réservée sachant qu’une reprise virémique signifierait quasi inévitablement que la FCO est devenue endémique et que seule la vaccination peut être une réponse appropriée.

Marché : crise sur les jeunes bovins et les broutards

Après une bonne année 2006, le marché de la viande bovine s’effondre, en particulier pour les jeunes bovins dont le cours est très lié au contexte européen. Les italiens connaissent en effet une baisse importante des prix suite à une chute de la consommation qui avait été stimulée en 2006 par la crise de la grippe aviaire. A titre d’exemple, pour les JB « U » les cours sont passés de 3,52 euros à 2,78 euros chez Alotis. Ce marasme risque de se prolonger voire de s’amplifier avec les sorties prochaines de jeunes bovins. L’absence de débouchés sur le Liban pour les Holstein et une baisse de la consommation française de l’ordre de 6 à 8 %. Dans ce contexte fragile, la concurrence de la viande d’Amérique du Sud peut avoir des effets catastrophiques. Actuellement ces importations représentent 6 % du marché On n’ose imaginer ce qui pourrait se passer avec des quotas d’importation de 25 % à 30 % négociés à l’OMC ! Il est important que le Gouvernement français reste très ferme sur ce dossier. La Commission Elevage déplore aussi le manque de civisme commercial des grandes surfaces qui amplifient leurs marges pour compenser la baisse de volume et n’hésitent pas à recourir à la viande d’importation pour faire des promotions. Un courrier de « sensibilisation » sera fait auprès de certaines enseignes locales auprès desquelles d’autres actions syndicales plus « fermes » ne sont pas exclues.
Le coût de l’abattage en France est aussi jugé excessif en particulier celui de l’équarrissage qui est deux fois plus élevé que dans les autres Etats membres. Les abattoirs français auraient aujourd’hui plus de charges d’équarrissage que de main-d’œuvre ! D’autre part les tests ESB ont un coût disproportionné à l’enjeu sanitaire. A qui profite toute cette réglementation ? s’interrogent les éleveurs qui ont toujours l’impression d’être la variable d’ajustement d’une filière qui se concentre en aval mais est toujours aussi mal organisée en amont. Le marché de la viande bovine est jugé encore beaucoup trop opaque par certains membres de la Commission qui demandent plus de transparence sur la formation des prix.


Contrôles : toujours des problèmes de passeports

Sur 206 contrôles réalisés en 2006, 34 exploitations sont susceptibles d’être sanctionnées à hauteur de 1 % et une au taux de 15 % (faute intentionnelle). Sur ces 35 pénalités, 27 sont liées à l’identification bovine et la principale anomalie reste la présence de passeports excédentaires.
Les contrôles sur le bien être animal ne devraient pas engendrer de difficultés, selon le DSV qui a promis de vérifier l’état général du troupeau. Des questions restent cependant posées quant à l’écornage des jeunes veaux. Celui-ci devient impossible sans intervention du vétérinaire au-delà d’un mois. Or sur certains animaux et selon certaines techniques il n’est pas possible de respecter ce délai. La Commission souhaite aussi que certaines grilles de contrôles soient reconsidérées notamment en ce qui concerne les délais de notification des mouvements d’animaux. En effet le non-respect du délai de 3 jours constaté au moment du contrôle sur plus de 3 animaux entraînera systématiquement une pénalité de 2 points quelle que soit la taille du troupeau. La Commission demande que la tolérance s’applique systématiquement jusqu’à 10 % de l’effectif. Un contrôle à blanc sera réalisé par la DSV prochainement sur une exploitation pour faire le point sur les nouvelles mesures et particulièrement sur le registre d’étable.
 
Produits vétérinaires :
vers plus de transparence


Un décret sur la prescription des médicaments vétérinaires a été publié au journal officiel du 26 avril 2007 après des années de tergiversation et une trentaine de projets… Ce dispositif permettra aux éleveurs d’obtenir une ordonnance à l’année sur les médicaments de traitements préventifs lesquels représentent l’essentiel du coût des produits vétérinaires sur les élevages. La délivrance des médicaments pourra alors être faite en toute légalité par d’autres circuits que le vétérinaire. Les membres de la Commission ne veulent toutefois pas fragiliser la situation économique de leurs praticiens qu’ils considèrent comme des partenaires d’élevage.
Néanmoins cela ne dispense pas ces derniers d’une nécessaire compétitivité. La Commission Elevage veut mettre en place un observatoire des prix des produits vétérinaires pour que ce marché s’organise dans la transparence.
Quant au registre sanitaire, il doit être désormais scrupuleusement tenu par l’éleveur. Ce document sera plus sévèrement contrôlé dans le cadre de la conditionnalité. Ainsi l’absence de 3 ordonnances générera une pénalité de 2 points. Il en sera de même de l’absence d’enregistrements des traitements médicamenteux qui, l’an dernier ne déclenchaient que des rappels à règlement. La Commission s’est aussi penchée sur la gestion des déchets vétérinaires. Actuellement 200 éleveurs auraient signé une convention avec leur praticien mais il reste à pérenniser le dispositif en autorisant par exemple que le ramassage des petits containers mis à la disposition des éleveurs puisse rester annuel et non pas trimestriel comme le prévoit la réglementation. Cette action confirme une nouvelle fois que le vétérinaire reste un partenaire important.

Tous ces efforts d’hygiène et de traçabilité ont bien entendu un coût que le reste de la filière ne peut pas ignorer, et en particulier les distributeurs et les négociateurs internationaux qui ne veulent voir que les aspects financiers des échanges. Il serait vain de demander au consommateur de vouloir arbitrer ce dilemme ; il appartient aux Pouvoirs Publics de prendre leurs responsabilités. C’est ce que rappelle avec de plus en plus d’insistance la Profession Agricole.

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