L'Avenir Agricole et Rural 18 juillet 2013 à 09h50 | Par E. Dauphin

COLLOQUE NATIONAL BIOMASSE - La filière Forêt-bois reste vigilante

Alors qu’une future «loi d’avenir» pour l’agriculture et la forêt se profile, les professionnels des filières bois, forêt et bois-énergie restent sur leurs gardes. La branche bois-énergie du Syndicat des énergies renouvelables n’a pas manqué de pointer quelques signaux inquiétants, lors du colloque national biomasse les 25 et 26 juin.

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La filière bois-énergie reste une opportunité de développement local sous certaines conditions.
La filière bois-énergie reste une opportunité de développement local sous certaines conditions. - © E.D.

«Il y a des incertitudes, certes, mais je voudrais porter un message d’optimisme », a lancé Cyril Le Picard, président de France Biomasse énergie, FBE, la branche biomasse du Syndicat des énergies renouvelables (SER), le 25 juin, au premier jour du colloque national sur la biomasse organisé à Paris. L’intérêt de la biomasse comme source d’énergie est désormais reconnu par les pouvoirs publics, des objectifs nationaux et européens sont fixés, et les filières sont soutenues. Mais les filières forêt et bois s’inquiètent de certains signaux, ont précisé les représentants du SER.

Soutenir le bois dans la construction

D’abord, il y a la mauvaise nouvelle du 24 mai dernier : FBE juge «inadmissible» la décision du Conseil constitutionnel, qui a récusé l’obligation d’incorporer un minimum de bois dans les constructions nouvelles. Or, il y a bien un lien entre le bois de construction, le bois d’œuvre («la vraie richesse») et le bois-énergie, revenu secondaire de la forêt, a précisé Cyril Le Picard. Pour rétablir la situation, FBE prépare un article qui pourrait figurer dans la future loi d’avenir pour l’agriculture et la forêt.

Côté bois-énergie, le sort qui sera réservé au fonds chaleur en période de restriction budgétaire est incertain. Le SER plaide pour un doublement de l’enveloppe, mais aussi pour un fonds de mobilisation de la biomasse.

Qualité de l’air contre bois-énergie

DCôté chauffage au bois, «on est dans une démarche de renforcement des normes en termes d’émissions (notamment de particules) mais aussi des normes sur les combustibles» qui peuvent être utilisés ou non, s ‘inquiète le syndicat. Les discussions sont compliquées, aujourd’hui, autour de l’utilisation de bois de récupération (potentiellement traité) par les chaufferies. En effet, au titre de la pollution sur l’air (pour laquelle la menace pèse d’un futur contentieux européen), le ministère de l’Ecologie réfléchit à l’interdiction d’utilisation de bois de récupération (palettes, bois d’emballage…). Or «une partie de cette ressource n’est pas traitée et ne pose donc aucun problème de pollution», insiste le SER.

Quant au biogaz, c’est une demande de simplification des démarches administratives pour la réalisation d’unités, mais aussi une révision des tarifs d’achat de l’électricité et une stabilité réglementaire, que demande le SER, ainsi que la normalisation des digestats.

Les forestiers regardent du côté des GIEE

Enfin, pour pallier le problème du morcellement de la propriété, l’une des causes identifiées de l’insuffisante mobilisation de la ressource en bois, «Nous proposons un système qui permette de rassembler les petites propriétés forestières», a expliqué Cyril Le Picard, président de France biomasse énergie. Un système qui permettrait aux propriétaires optant pour un regroupement de bénéficier de déductions d’impôts. Ce dispositif pourrait s’inscrire dans les futurs GIEE. Mais si le principe a été approuvé par le ministre de l’Agriculture, rapporte Cyril le Picard, «Bercy nous suivra-t-il ?» s’inquiète le syndicat. L’issue de toutes ces négociations est encore incertaine.

AVIS D'EXPERT

Pauline Bonnet est chargée du développement de la filière bois énergie à la Chambre d’agriculture. Bilan d’étape sur le département de la Haute-Marne.

Combien y a t il de chaufferies en fonctionnement sur le département ?

A ce jour, il existe dix sept chaufferies portées par collectivités, ainsi que huit chez des agriculteurs. De plus, le Conseil Général a équipé les collèges de Wassy et de Bourmont, qui devraient entrer en service à la rentrée de septembre.

Quels sont les projets en cours ?

Les agglomérations de Saint-Dizier et Langres ont des projets de chaufferie bien avancés. La ville de Chaumont a procédé dans un premier temps au raccordement de deux réseaux de chaleur dans les quartiers de la Rochotte et du Cavalier et à la création d’un troisième dans le quartier Foch. La chaleur sera produite par un mix gaz de ville, chaleur issue de l’incinération et chaudière à bois.

En outre, trois projets sont en cours d’études, portés par les communes de Doulaincourt et Bologne ainsi que par la Communauté de commune d’Auberives. Le projet porté par la commune de Marac est quant à lui en phase de construction.

Enfin, deux établissements privés recevant du public à Montier-en-Der et à Longeau projettent de s’équiper en chaufferie bois.

Ce développement important de la consommation en bois énergie constitue-t-il une opportunité pour l’économie locale ?

En règle générale, les collectivités délèguent l’entretien et l’approvisionnement des chaufferies à des groupes industriels qui cherchent à acheter la matière première à moindre coût, en local ou ailleurs. L’idéal, c’est lorsque la commune traite directement avec le fournisseur local, comme c’est le cas sur la communauté de commune de Poissons. Un tel cas de figure nécessite une implication particulière et l’acquisition de nouveaux savoir-faire de la part du personnel technique, employé par la commune, mais contribue également à conforter l’emploi en période hivernale.

Quelles solutions innovantes pourraient permettre de fixer la valeur ajoutée sur notre territoire ?

Le projet porté par la communauté de commune de Bologne est particulièrement intéressant puisqu’il existe déjà à proximité une chaufferie à la MARPA de Froncles et un projet à Doulaincourt. Au delà de la création de la chaufferie, la communauté de commune souhaite construire une plate-forme de stockage du bois pour les trois sites, permettant de valoriser en priorité la ressource en bois issue des forêts communales. Le broyage et la livraison de plaquettes pourraient être sous-traités à des agriculteurs locaux équipés de bennes et de tracteurs ainsi qu’à des entreprises locales spécialisées dans le bois énergie. Des aides de la région et de l’Europe existent pour la réalisation de telles plate-formes lorsque celles-ci sont liées à la réalisation de chaufferies.

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