L'Avenir Agricole et Rural 11 juillet 2013 à 13h51 | Par JLB

CIGEO - Acteurs ou spectateurs ?

La Chambre d’Agriculture est appelée à se prononcer dans le cadre d’un cahier d’acteurs sur le projet de stockage. Elle a invité les agriculteurs du canton de Poissons à faire part de leurs attentes. Cette réunion a surtout été l’expression d’une forte inquiétude.

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La Chambre d’Agriculture produira un cahier d’acteurs dans les prochaines semaines.
La Chambre d’Agriculture produira un cahier d’acteurs dans les prochaines semaines. - © JLB

Dans le cadre du débat public ouvert du 15 mai au 15 octobre, toute personne, collectivité, association, entreprise ou élu, a la possibilité de faire connaître sa position sur le projet.

Foncièrement inquiets

Pour les agriculteurs, le projet porté par l’ANDRA constitue d’abord un élément de concurrence sur le foncier avec le sentiment qu’il ne reste plus aucune place pour l’installation des jeunes agriculteurs, ni pour les agrandissements. Cette inquiétude est aggravée par les installations collatérales au titre du développement économique. Ainsi le projet SYNDIESE accroît-il la pression foncière. La  crainte  et l’irritation des agriculteurs sont  amplifiées le manque de lisibilité des besoins de l’ANDRA dans le temps. La SAFER a aujourd’hui acquis 4 à 500 hectares sur l’ensemble du département pour procéder, quelques fois par échanges multilatéraux, à la compensation des agriculteurs situés dans l’emprise.

Mais cette surface est-elle suffisante ? Quant au prix, il atteint des niveaux excessifs surtout lorsqu’un amalgame est fait avec le capital d’exploitation et les bâtiments. Une meilleure information de terrain s’avère d’autant plus  nécessaire que l’ANDRA continue de son propre chef à contacter des propriétaires potentiellement vendeurs, ce qui n’est pas de nature à calmer la spéculation. Il ne fait aucun doute que le cahier d’acteurs, qui sera présenté par la Chambre d’Agriculture et probablement par la FDSEA, mettra en évidence cette impérieuse nécessité de connaître les besoins fonciers de l’ANDRA tant au niveau des acquisitions que des servitudes, en y intégrant l’ensemble des projets et des infrastructures diverses.

Un accompagnement indispensable de l’activité agricole

L’agriculture constitue bien souvent la seule activité économique résiduelle des villages haut-marnais et particulièrement dans le «désert» où l’ANDRA a cherché à implanter son stockage, sachant que les arguments géologiques ne sont pas exclusifs… Or, actuellement les fonds du GIP bénéficient surtout au département et peu au monde agricole. Les agriculteurs souhaiteraient par exemple, qu’il y ait une incitation particulière à l’installation et à l’équipement des fermes, y compris la diversification sous toutes les formes (énergies renouvelables, ateliers hors sol, etc…). «Nous avons  l’impression  que l’on veut nous transformer en réserve d’Indiens» fustigent de concert un grand nombre d’agriculteurs présents confortés par quelques maires qui étaient aussi invités à cette réunion de réflexion.

Inquiétude sur la qualité des produits et la notoriété du terroir

Entre l’absence de notoriété et l’image négative colportée par les opposants, le territoire de Poissons et ses environs aurait certainement préféré le statu quo. Car le débat finit toujours par être passionnel sur la radioactivité tant les experts peinent à convaincre sur l’infaillibilité de la science dans le temps. La prise de risques doit être évaluée sur le long terme mais aussi sur le court terme avec l’entreposage et le transport des produits radioactifs. Que laisserons-nous à nos successeurs ? Que deviendront nos produits en cas de contamination ? Quelles seront les répercussions d’une image de «poubelle nucléaire» ? Autant de questions qui mériteront des réponses avant que les collectivités, et donc les citoyens dont font largement partie les agriculteurs,  ne se prononcent à nouveau sur le stockage proprement dit, car pourle moment, elles ne se sont prononcées que pour le laboratoire.

Mais le projet de CIGEO peut aussi être une vraie chance économique pour le secteur qui peut voir converger de manière durable l’élite scientifique et des activités économiques créatrices d’emplois Encore faut-il que des engagements précis soient pris en la matière par le maître d’ouvrage. Le débat ne fait que commencer  et le monde agricole fera entendre sa voix avec raison et détermination.

Le projet CIGEO en quelques lignes

- CIGEO :

Centre Industriel de Stockage GEOlogique

- déchets radioactifs des installations nucléaires françaises existants

- 10 000 m3 de déchets à HA (Haute Activité)

- 70 000 m3 de déchets MA-VL (Vie Longue)

- 40 000 m3 de déchets sont déjà provisoirement entreposés à sec sur leur site de production.

- 200 Ha serviront à la réception et à la préparation des colis de stockage.

 

Les déchets HA représentent 99 % de la radioactivité totale des déchets et 3 % de leur volume. Ils sont piégés dans des colis vitrifiés.

- réversibilité programmée sur au moins 100 ans

- 1300 à 2 300 emplois directs entre 2019 et 2025 ; puis 600 à 1 000 pendant les cent ans d’exploitation.

- transport des colis de préférence par voie ferroviaire.

 

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