L'Avenir Agricole et Rural 29 juillet 2021 a 09h00 | Par Chantal RENAUT

Changements dans la gestion de l'IBR : enfin vers l'éradication ?

Après 50 années d'addition de textes règlementaires, la Loi sur la Santé Animale (LSA), votée par le parlement européen en 2016, refonde l'ensemble de la réglementation sanitaire pour les États membres de l'Union. Elle est entrée en application le 21 avril 2021 et concerne tous les animaux d'élevage, quelle que soit l'espèce. Nous vous proposons de faire un zoom sur l'impact de celle-ci pour l'IBR dans notre département.

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Pourquoi cette nouvelle loi au niveau européen ?

Publiée au journal officiel de l'Union Européenne le 31 mars 2016, la LSA a plusieurs objectifs :

o Fixer les modalités de prévention et d'éradication des maladies animales transmissibles et renforcer la biosécurité ;
o Clarifier les responsabilités des opérateurs, des vétérinaires, des laboratoires et des autorités compétentes dans la gestion des maladies ;
o Faciliter le commerce entre Etats membres en protégeant la santé et la sécurité sanitaire des cheptels.
L'entrée en vigueur de la LSA va donc entraîner un certain nombre de changements notamment en termes de conditions aux mouvements des animaux, de surveillance et d'assainissement de certaines maladies telles que l'IBR.
Concernant cette pathologie respiratoire, la France est plutôt bien positionnée et ce depuis la reconnaissance européenne du programme français d'éradication en novembre 2020.

Petit rappel sur l'IBR : une maladie contagieuse devenue commerciale et réglementée depuis longtemps

La Rhinotrachéite Infectieuse Bovine (ou IBR), due à l'herpèsvirus bovin de type 1 (BHV-1) très contagieux, était, il y a plusieurs dizaines d'années, responsable de troubles graves dans les élevages, entrainant des pertes zootechniques et économiques importantes.

Elle se manifeste essentiellement par des épidémies d'infections pulmonaires. Il arrive qu'on observe également des troubles de la reproduction. C'est pourquoi on appelle parfois l'IBR également IPV, pour vulvo-vaginite pustuleuse infectieuse.

L'animal sain, qui se contamine, excrète de fortes quantités de virus dans les 2 à 3 semaines qui suivent l'infection. Le plus souvent, l'immunité du bovin infecté lui permet de surmonter l'infection et de stopper l'excrétion virale, mais sans pour autant se débarrasser du virus. Il devient alors « porteur latent ».

Cet état peut ensuite être rompu à tout moment, à l'occasion d'un stress important ou d'une baisse de l'immunité. Le virus se multiplie à nouveau et est excrété : si l'animal initialement infecté n'exprime alors toujours pas de signes cliniques, il devient contagieux pour les autres.

La LSA impacte et renforce la surveillance et la gestion de l'IBR

Depuis de nombreuses années, la prophylaxie annuelle se réalise sur les animaux de plus de 24 mois (ou 12 mois selon le statut) et par mélange de sang ou de lait (analyses sur « lait de grand mélange ») permettant de réduire le nombre d'analyses et donc le coût de la prophylaxie pour l'éleveur.
Mais il s'agit d'une exception française car, dans le reste de l'Union, le protocole d'analyse en laboratoire est individuel. Après des négociations intenses en 2019 pour faire valoir cette méthode, la LSA a fixé les règles suivantes :

o l'acquisition du statut indemne doit être réalisée sur analyses individuelles ;
o la surveillance des cheptels indemnes peut être réalisée sur mélange.
Donc, pour les cheptels non qualifiés (5,1 % des ateliers haut-marnais), les règles vont se durcir.
Parmi les cheptels détenant des bovins positifs en IBR, le GDS va rencontrer tous les éleveurs avant la prochaine campagne de prophylaxie, selon une gestion établie avec des priorités (de 1 à 4 voir graphique ci-contre).
En 1er, les cheptels qui ont très peu de bovins positifs se verront proposer une élimination rapide des derniers animaux positifs afin de pouvoir débuter l'acquisition de la qualification rapidement.

En 2ème, les élevages ayant quelques bovins positifs auront à planifier les réformes, dans le but d'obtenir la qualification avant 2027.

Les 3ème et 4ème priorités sont les cheptels avec beaucoup de bovins positifs pour lesquels un travail sur les protocoles de vaccination sera réalisé (utilisation d'un vaccin délété [1]).

[1] Vaccin délété : induisant la production d'anticorps spécifiques -normal- mais ces anticorps ont la spécificité de pouvoir être distingués en analyse sérologique lorsque ces anticorps sont induits par des virus sauvages.

A retenir : un durcissement onéreux pour inciter à éliminer les animaux positifs

Toutes ces mesures sont actuellement en cours de négociation avec les différentes instances compétentes dont GDS France et la Direction Générale de l'Alimentation du Ministère de l'Agriculture (DGAL). Les textes réglementaires pour l'application devraient aboutir, nous l'espérons, pour le début de l'automne.
Le GDS communiquera plus précisément sur les modifications de surveillance et de gestion de l'IBR lorsque les propositions seront validées à l'échelle nationale.

D'un point de vue général, il faut déjà s'attendre à un durcissement des règles et par conséquent un surcoût important pour les cheptels non indemnes, pour ceux considérés à risques (comme les négociants entre autres) et pour les détenteurs d'ateliers d'engraissement dérogatoires.
N'hésitez pas à contacter votre GDS pour tous renseignements.

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