L'Avenir Agricole et Rural 11 février 2010 à 17h36 | Par Estelle DAUPHIN

CHAMBRE D'AGRICULTURE - SERVICE VEGETAUX : LES ENJEUX DE LA CONNAISSANCE ET DE PROTECTION DES SOLS

Line Boulonne, chercheuse à l’INRA d’Orléans est venue présenter la restitution nationale de l’étude du Réseau de Mesure de la Qualité des Sols. (RMQS)

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Les sols évoluent constamment sous l'effet de grands facteurs naturels et sous l'effet des activités humaines (usages, aménagements fonciers, pratiques agricoles, épandages de boues, retombées atmosphériques, pollutions accidentelles, ...). Ces évolutions d'origine anthropique ont un impact parfois irréversible sur la qualité du sol, considéré comme une ressource renouvelable menacée au même titre que l’eau et l’air. Le but du RMQS est d’identifier les zones fragiles pour prendre ensuite des mesures adéquates, conformément à la directive cadre européenne, dont le projet adopté en première lecture date de 2007.
C’est un programme national cofinancé par l’ADEME, le ministère de l’écologie, de l’agriculture et de la Forêt, qui ont formé un Groupement d’Intérêt Scientifique. L’unité Infosol est chargée de coordonner l’action des acteurs de terrain sur le territoire national.
2200 sites RMQS ont été évalués en France, soit un tous les 16 km, de 2001 à 2009 afin de dresser un bilan de la qualité des sols avec un retour sur sites prévu tous les dix ans. L’analyse des prélèvements effectuée à l’INRA d’Arras a mis en évidence des gradients de pollution diffuse sur le territoire national. La collecte d’échantillons archivée au conservatoire d’Orléans constitue une véritable banque publique des sols, à la disposition des organismes de recherche. La deuxième campagne de prélèvements redémarrera dès l’année prochaine pour réévaluer chaque site, en commençant par la région Centre, et ce jusqu’en 2019.
Les premiers résultats sont représentatifs des sols de France : friches, jardins publics, sols gelés, forêts et grandes cultures. Les teneurs relevées ont été rapprochées des cartes géologiques, afin de déterminer des zones de concentration liées à l’activité humaine. Line Boulonne a présenté les résultats nationaux des ETM (Eléments Trace Métallique) tels que le plomb, le cadmium, le cuivre et le zinc, en fonction des teneurs habituelles maximales. Celles-ci ont été mises en corrélation avec la localisation de la roche mère. Par exemple, les zones granitiques sont naturellement riches en plomb. A contrario, la teneur élevée de cet ETM en région parisienne, dans les Landes, le Nord et en Alsace relève à priori de l’activité humaine. De même, une teneur élevée en cuivre est souvent liée à la présence d’anciens vignobles dont le sol a gardé des traces de «bouillie bordelaise». En Champagne-Ardenne, les analyses pour ces quatre ETM révèlent des teneurs dans la moyenne.
L’activité organique des sols est également mesurée par l’extraction de l’ADN, en partenariat avec l’INRA de Dijon. Il semblerai que l’argile ait un effet protecteur sur les bactéries. Les sols Haut-Marnais sont plutôt bien pourvus avec un taux de 4,8 contre 2,5% en moyenne sur toute la France.

RESEAU RMQS
RESEAU RMQS - © CHAMBRE D'AGRICULTURE

Restitution de l’étude RMQS, réalisée
en Haute-Marne en 2007-2008

Le RMQS en Haute-Marne est constitué de 19 sites dont 2 en forêt (voir carte ci-contre). A partir de la grille de points établie au niveau national, les techniciens de la Chambre d’Agriculture ont retrouvé les parcelles ainsi que les agriculteurs exploitants, ce qui a pu se faire relativement aisément grâce au Système d’Information Géographique.
Il a ensuite fallut remplir les questionnaires avec les agriculteurs sur leurs pratiques agricoles et sur l’historique des parcelles, faire un relevé des coordonnées par GPS pour pouvoir précisément réévaluer le site au même endroit dans dix ans. Enfin, la dernière partie consistait à observer et décrire la végétation à trente mètres aux alentours.
La réalisation d’un site répond à un protocole élaboré au niveau national. Chaque site RMQS répond à un cahier des charges précis ; il est constitué d’un carré de 20 m de côté sur lequel il est effectué des prélèvements en superficie, ainsi qu’une fosse pédologique.
Francis Michel, pédologue chez SolEst, a caractérisé les sols Champardennais lors du creusement des fosses pédologiques jusqu’au matériau parental (entre 50 cm et 1 mètre de profondeur). Il a tenu à remercier les exploitants haut-marnais qui se sont montrés particulièrement attentifs à ses travaux. Ils ont participé la plupart du temps à la réalisation de la fosse avec leurs engins, leurs pelles et leurs pioches, découvrant avec intérêt l’histoire de leur support de travail, disposée en «lignes d’horizon».
La description du profil consiste en effet à définir des lignes d’horizons en fonction de la structure du sol, des éléments rocheux, de la présence de racines, de lombrics, etc. Cette opération, contrairement aux prélèvements superficiels décennaux, ne sera pas renouvelée.
Les résultats :
Au niveau des éléments fertilisants, les sols haut-marnais recèlent une faible teneur en phosphore assimilable, que ce soit en sols superficiels où en sols profonds ainsi qu’une bonne teneur en potasse. En terme d’éléments trace, certains sites recèlent des valeurs supérieures au seuil de «valeurs anomaliques» établit par Denis Baize dans le cadre de l’ASPITET*. Le taux de cadmium le plus élevé se trouve sur le site de Bourg, la teneur en nickel la plus élevée se trouve sur le site d’Andilly et la teneur la plus élevée en zinc se trouve sur Dancevoir. Ces teneurs sont à relativiser dans la mesure où les ETM ne sont pas forcément bioassimilables par les plantes, ce qui est le cas du nickel, par exemple.
Les résultats détaillés de l’étude RMQS sont disponibles sur le site de la Chambre d’Agriculture : www.haute-marne.chambagri.fr
* Apports d'une stratification pédologique pour l'interprétation des teneurs en éléments traces (ASPITET) : programme définissant la Teneur totale en "métaux lourds" dans les sols français élaboré par Denis Baize, chercheur à l’INRA d’Orléans.

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