L'Avenir Agricole et Rural 04 septembre 2008 à 00h00 | Par Frédéric BERHAUT

CHAMBRE D'AGRICULTURE - HAUTE MARNE - L'AMENAGEMENT D'UNE AIRE PULVERISATEUR

L’utilisation des produits phytosanitaires en agriculture génère divers déchets qu’il convient d’éliminer conformément à la réglementation.

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Parmi ces déchets, on retrouve les EVPP (Emballages Vides de Produits Phytosanitaires) et les PPNU (Produits Phytosanitaires Non Utilisables) dont l’élimination est à ce jour bien maîtrisée par les agriculteurs : filières de collecte en partenariat avec les organismes stockeurs.
Par contre, il existe d’autres déchets, communément appelés «effluents phytosanitaires», dont la gestion n’est pas toujours bien appréhendée. On y retrouve la plupart des déchets liquides résultant de la préparation de la bouillie ou des fins de traitement : fonds de cuve, bouillies phytosanitaires non utilisables, eaux de nettoyage intérieur (rinçage) ou extérieur (lavage) du pulvérisateur, eaux souillées, renversement de bidons, débordement de cuve, …
Concrètement, comment faut-il gérer ces différents effluents phytosanitaires ? Quels aménagements prévoir ? Quelles règles respecter ?

Que dit la réglementation ?

Durant la préparation de la bouillie (remplissage du pulvérisateur), la réglementation impose de protéger le voisinage et l’environnement contre l’entraînement des produits phytosanitaires. Les utilisateurs de produits phytosanitaires ont notamment l’obligation d’empêcher le retour de la bouillie dans le réseau d’eau et de prévenir tout risque de débordement de la cuve du pulvérisateur. La réglementation ne précise par contre pas les dispositifs à employer : il y a donc une obligation de résultat, … mais pas de moyen.
Les différents effluents phytosanitaires générés lors de la préparation de la bouille ou à l’issue du traitement sont quant à eux réglementés par l’arrêté de septembre 2006 (arrêté d’utilisation des produits phytosanitaires). L’arrêté impose deux modes de gestion des effluents : au champ ou sur le site de l’exploitation. Il laisse le choix à l’agriculteur entre l’une ou l’autre solution mais dans tous les cas établit des règles très précises (voir encadrés 1 et 2).

Exemples d’aménagement
de l’aire pulvérisateur


Au vue de la réglementation trois types de solutions sont envisageables par l’agriculteur.
--> Le minimum réglementaire : l’aménagement simplifié

C’est la pratique la plus couramment observée sur le département :
Le remplissage du pulvérisateur s’effectue à la ferme (ou au champ), généralement à proximité du local phytosanitaires et d’un point d’eau, sur une surface non sécurisée (absence de dispositif de rétention). Afin de respecter la réglementation (protection du milieu), il est conseillé que l’agriculteur soit présent au moment du remplissage et que l’arrivée d’eau soit équipée d’un volucompteur et/ou d’un clapet anti retour. Par contre, avec cette solution, il n’existe aucun dispositif pour gérer les éventuels renversements de bidons, fuite ou débordement de la cuve.
Le rinçage, la vidange et le lavage du pulvérisateur se font de manière réglementée au champ (encadré 1), avec tous les risques possibles de pollution ponctuelle, le manque de confort et l’efficacité aléatoire.
L’aménagement simplifié est la solution la moins onéreuse mais aussi la plus risquée en terme de protection de l’environnement. Elle peut s’envisager pour des petits exploitants.

-->  L’aire de remplissage à la ferme

Dans cette solution intermédiaire, le remplissage du pulvérisateur s’effectue à la ferme sur une aire spécifique conçue pour la rétention. L’aire de remplissage est destinée à recueillir les éventuels renversements de bidons, fuite ou débordement de cuve (pompés puis épandus au champ).
L’aire de remplissage n’est pas une aire de lavage (voir solution 3) et ne doit donc en aucun cas être utilisée pour rincer, vidanger ou laver le pulvérisateur : ces étapes doivent obligatoirement être effectuées au champ selon la procédure réglementée (encadré 1).
Dans le but de protéger le milieu, les consignes à appliquer lors du remplissage du pulvérisateur sont les mêmes que pour l’aménagement simplifié : présence de l’agriculteur au moment du remplissage, local phytosanitaires et point d’eau à proximité (réseau d’eau protégé par un volucompteur et/ou un clapet anti retour).
L’option aire de remplissage est donc un compromis entre le «tout au champ» et le «tout à la ferme» : elle sécurise le remplissage mais pas les étapes de fin de traitement.

-->  L’aire de remplissage - lavage

L’ensemble des étapes de remplissage, rinçage, vidange et lavage du pulvérisateur sont gérées à la ferme sur une aire de remplissage couplée à un dispositif de traitement agréé des effluents (encadré 2).
L’aire de remplissage du pulvérisateur est conçue pour la rétention, à proximité du local phytosanitaires et de l’arrivée d’eau (volucompteur / clapet anti retour). Le système de traitement des effluents phytosanitaires aménagé en aval de l’aire de remplissage est destiné à recueillir et traiter les éventuels renversements de bidons, fuite ou débordement de cuve ainsi que les effluents issus des traitements (rinçage, vidange ou lavage du pulvérisateur).
L’aire de remplissage – lavage nécessite des investissements mais est une solution complète, pratique et selon le mode de traitement choisi (procédé physique, chimique ou biologique) peut aboutir à une autonomie compète de l’exploitation (dans la liste des procédés reconnus «grandes cultures», le Phytobac® est à ce jour le système le plus autonome).
Enfin, dans les aménagements les plus complets, l’aire de remplissage – lavage du pulvérisateur peut également être conçue pour le lavage des autres matériels de la ferme (épandeurs à engrais ou fumier, travail du sol, matériel d’élevage, …), avec obligatoirement des dispositifs particuliers et réglementés, …

POUR TOUT RENSEIGNEMENT

Frédéric BERHAUT
Animateur phytosanitaires
APVA – Chambre d'Agriculture
de Haute-Marne
Tél : 03 25 35 03 22

Gestion des effluents phytosanitaires au champ

Après désamorçage de la pompe, l’arrêté autorise le nettoyage (intérieur et/ou extérieur du pulvérisateur) et l’élimination des fonds de cuve au champ, à condition de respecter la démarche suivante :

1 - d’abord rincer l’intérieur du pulvérisateur avec un volume d’eau claire au moins égal à 5 fois le volume du fond de cuve (soit une dilution d’au moins par 6).

2 - ensuite épandre ce fond de cuve dilué sur la parcelle ou la zone venant d’être traitée, à condition que la dose totale appliquée au terme des pulvérisations successives ne dépasse pas la dose maximale autorisée.

3 - enfin, et uniquement après avoir respecté les 2 étapes précédentes, traiter le fond de cuve résiduel selon l’un des procédés suivants :
- vidange au champ : ouverture du fond de cuve sur la parcelle venant d’être traitée, sous conditions (distances, fréquence, état du sol, …)
- réutilisation dans un traitement ultérieur : mélange du fond de cuve avec la bouillie utilisée pour le traitement suivant, sous la responsabilité de l’agriculteur (compabilité chimique, toxique et réglementaire du mélange).
La vidange et la réutilisation ne sont autorisées que si la concentration en matière(s) active(s) du fond de cuve a été divisée par au moins 100 par rapport à celle de la bouillie initiale.

4 - le lavage extérieur du pulvérisateur est quant à lui autorisé au champ uniquement après rinçage interne et épandage : étapes 1 et 2 (la déconcentration par 100 n’est pas obligatoire). Il ne doit pas obligatoirement être réalisé sur la parcelle venant d’être traitée mais doit respecter différentes conditions (distances, fréquence, état du sol…).

Gestion des effluents phytosanitaires
sur le site de l’exploitation


Depuis septembre 2006, l’exploitant a la possibilité de gérer les effluents phytosanitaires en dehors de la parcelle. Cette solution n’est pas obligatoire (on peut choisir d’adopter la gestion au champ – encadré ci-dessus) mais sa mise ne oeuvre doit se faire dans un cadre légal.
Les effluents phytosanitaires doivent être récupérés sur une aire spécifique (type aire de remplissage), éventuellement stockés puis traités par un procédé physique, chimique ou biologique validé par le ministère de l’Ecologie et du Développement durable.

L’exploitant doit se conformer à différentes règles :
- mise en oeuvre du dispositif de traitement (emplacement, prévention des accidents, …) ;
- nature des effluents épandables ou vidangeables ;
- conditions d’épandage ou de vidange des effluents traités ;
- respect du cahier des charges spécifique au procédé ;
- tenue d’un registre de suivi des effluents phytosanitaires.
A ce jour, onze dispositifs de traitement des effluents sont agréés. Six sont utilisables en grandes cultures :
- trois font appel a un procédé technologique et nécessitent l’intervention d’un prestataire de service : Evapophyt®, Phytopur® et Sentinel® ;
- l’Héliosec® et l’Osmofilm® nécessitent l’achat de fournitures et génèrent des Déchets Dangereux (à éliminer selon une filière reconnue) ;
- le Phytobac® peut être entièrement géré par l’exploitant, de la conception à l’élimination des déchets ultimes.

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