L'Avenir Agricole et Rural 16 février 2012 à 10h20 | Par L'Avenir Agricole et Rural

CERFrance Sud Champagne - La rupture, pas la crise

C’est au Mémorial Charles de Gaulle, à la Lisière, qu’a eu lieu la première assemblée générale du centre de gestion, issu du rapprochement entre l’Aube et la Haute-Marne. Un virage stratégique négocié en souplesse par un président qui tient à œuvrer dans le sens des intérêts du territoire.

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Conjuguer performance et environnement


Hervé Demalle est président du CERFrance de la Somme. Agriculteur et entrepreneur dans le domaine du forage, il est venu témoigner de son implication dans l’association « Terr’Avenir ». Cette association est née de la volonté d’un groupe d’une vingtaine d’agriculteurs picards de travailler autrement. Ne plus subir la réglementation en matière de sécurité et d’environnement, mais redevenir acteurs de leur développement, telle était leur motivation de départ. Le groupe effectue en 2002 un voyage d’étude au Québec dans des exploitations agricoles certifiées ISO 14 001, qui scelle le départ d’une expérience d’amélioration collective.

Une démarche pragmatique

Selon l’intervenant, cette certification lui a permis de redécouvrir son métier d’agriculteur et de lui redonner un sens. Cette démarche est volontaire et ouverte à tous, quel que soit son niveau de départ. Ce qui prime, c’est avant tout la volonté de s’améliorer, à un rythme choisi par chacun.

Le processus a débuté par un audit individuel suivi d’un plan d’action assorti d’indicateurs. En résumé « je fais ce que j’écris et j’écris ce que je fais ». Suite aux diagnostics individuels, un programme de formation a été mis en place, en fonction des besoins du groupe. Le fait de constituer une association a permis de mutualiser la veille réglementaire via une plateforme sur Internet et de bénéficier de soutiens afin de financer un accompagnement en matière d’audit. L’association obtient la certification en 2005, pour l’ensemble des membres qui la compose. Ces derniers sont audités par tiers (tirés au sort). Ces audits sont préparés collectivement, via des rencontres sur chacune des exploitations, un aiguillon qui maintien la motivation des adhérents.

Et l’impossible devient accessible...

Cette dimension collective a fait l’objet de prestigieuses distinctions au niveau national et européen. Le groupe d’agriculteurs concours au Salon Pollutec de 2 007 et grille la politesse à des poids lourds de l’industrie en décrochant le premier prix « Entreprises et Environnement ». L’association Terr’Avenir est donc automatiquement qualifiée pour la finale européenne et remporte le deuxième prix européen de l’environnement en 2008. Des victoires qui cristallisent la démarche et contribuent à son essaimage à travers la France. Aujourd’hui pas moins de 300 exploitations sont impliquées dans la démarche, dont un groupe d’une cinquantaine d’adhérents en Champagne-Ardenne.

Désenclaver l’agriculture

Cette certification, issue du monde industriel, touche à de nombreux domaines de l’entreprise ; management, sécurité, environnement, suivi d’actions. L’obtenir contribue à désenclaver l’activité agricole, souvent confinée dans ses propres schémas. La certification ISO 14 001 a son équivalence européenne intitulée « Global Gap ». Elle permet d’accéder à certains marchés. C’est le cas dans le domaine de la pomme de terre, puisque l’industriel Mc Cain ne travaille qu’avec des producteurs certifiés.

Des actions concrètes

L’état des lieux environnemental, portant sur la gestion des déchets, la consommation de carburants, l’eau, l’énergie, la fertilisation, les produits phytosanitaires et la biodiversité a permis à Hervé Demalle d’aboutir, au fil des années, à la mise en œuvre de mesures concrètes et très diversifiées. Il a d’ailleurs appliqué les mêmes principes à son entreprise de forage :

- en terme de management : la conduite d’entretiens individuels avec ses salariés,

- en matière de santé et de sécurité au travail : la réalisation de contrôles périodiques des installations électriques, l’apprentissage d’une conduite économique, la gestion systématique des déchets et la mise en place de bacs de rétention, l’aménagement d’aires de lavage et de remplissage, le passage du brevet de secourisme

- sur le plan agronomique : le passage au semi-direct en betterave, la mise en place d’une micro-irrigation permettant un gain de rendement avec moins d’azote, l’utilisation d’engrais organiques

- concernant la biodiversité : implantation de jachères fleuries et de haies propices à la prolifération du petit gibier

Les bénéfices qu’a tirés Hervé Demalle de cette certification sont multiples :

- amélioration dans les rapports avec ses salariés : auparavant simple donneur d’ordre, il explique à présent la finalité du travail, notamment au cours des entretiens individuels annuels. Les salariés sont devenus acteur du projet de l’entreprise et les rapports ont changé.

- Une certaine sérénité par rapport aux obligations réglementaires, grâce à leur connaissance et la mise en place des mesures nécessaires.

- reconnaissance à différents niveaux : baisse de la prime d’assurance, une prime qualité sur les pommes de terre, mais également la satisfaction des personnes qui apprécient les jachères fleuries

Tous différents, tous certifiés

Les échanges au sein du groupe puis au sein du réseau national permettent aux adhérents d’élargir leurs horizons, grâce à un effet d’émulation. Au-delà des modes de production, des tailles d’exploitations, tous se retrouvent autour d’une même philosophie, dépassant « l’écologie politique », pour aller vers un respect de l’environnement, soutenu par des pratiques concrètes et réalistes. Hervé Demalle reconnaît qu’il s’agit là d’un investissement dans l’immatériel et qu’il est difficile d’en mesurer concrètement les retombées économiques. Il observe cependant que cette démarche permet de transformer les contraintes en opportunités, qu’elle va dans le sens de l’évolution de la société et améliore l’image du métier d’agriculteur.




A l’écoute du territoire

Yannick Fassaert a présidé la première assemblée générale du CERFrance Sud Champagne avec un mot d’ordre, distillé tout au long des interventions, celui de servir les intérêts du territoire à travers le centre de gestion, structure associative mais néanmoins productive. A la notion de crise, il préfère celle de « rupture », exprimant par là le potentiel de sa structure, ainsi que celui de tous ses adhérents à faire face à un environnement nécessairement changeant. Une philosophie au cœur du débat qui a animé les travaux de l’assemblée générale.

Pour sa part, le CERFrance Sud Champagne rassemble 5 000 « adhérents-clients » au sein de treize sections territorialisées. Un effort particulier a été réalisé depuis la fusion afin d’harmoniser la qualité d’accueil par une signalétique commune. Deux agences ont récemment vu le jour, à Vecqueville, près de Joinville et sur Saint-Dizier, à destination d’une clientèle de PME et d’artisans-commerçants.

250 collaborateurs œuvrent dans le domaine de la comptabilité-gestion, cœur de métier des AGC, mais également dans le domaine du conseil juridique et fiscal aux entreprises à des étapes clé. Une offre de service de leur développement qui s’étoffe également du côté de l’accompagnement du chef d’entreprise dans le domaine du management. Ainsi, la formation d’une semaine « Entreprendre et Réussir » répond à ce besoin. Des besoins largement exprimés à travers une veille mise en place à l’occasion du regroupement des deux départements, à travers un réseau de dix groupes, soit 70 adhérents volontaires pour s’impliquer dans l’évolution de leur centre de gestion. Suite à cette démarche, un pôle viticole basé à Bar-sur-Seine, verra le jour en avril prochain, avec des permanences dans l’ensemble du vignoble. Les conseillers eux-mêmes ont été formés à l’écoute client afin de mieux adapter leur prestation aux attentes des adhérents.

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