L'Avenir Agricole et Rural 30 juin 2016 à 08h00 | Par L'Avenir Agricole et Rural

CALAMITÉS : UNE ANNÉE POURRIE

Toutes les cultures sont touchées, dans un contexte économique qui est, de plus, déprimé. L’année 2016 est très mal engagée.

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La question du lien de causalité entre le climat et la propagation des maladies reste posée pour le déclenchement de l’assurance récolte notamment sur les pois d’hiver.
La question du lien de causalité entre le climat et la propagation des maladies reste posée pour le déclenchement de l’assurance récolte notamment sur les pois d’hiver. - © CLAIRE DOUBRE

Jean Luc FOLLOT, responsable grandes cultures des chambres d’agriculture Aube-Haute-Marne, et Jean François FERRAND, responsable collecte à la SEPAC, nous ont livré leur avis sur l’état des récoltes avant moisson.

 

Encore 1000 ha de maïs à semer ou à ressemer

Dans les terres hydromorphes les maïs n’ont pas pu être implantés et la stagnation de l’eau dans certaines parcelles a engendré des trous de culture. La surface non semée et les semis sinistrés sont estimés entre 5 et 7 % de la sole, soit environ 1000 hectares. Les agriculteurs peuvent encore semer des variétés précoces mais seulement à des fins d’ensilage. Cela revient en fait aujourd’hui à implanter des cultures dérobées et c’est souvent l’option qui est prise. Il faudra, le cas échéant, modifier la déclaration PAC. Les imprimés sont disponibles depuis cette semaine.

Le mois de juillet sera évidemment décisif pour le développement du maïs qui a déjà pris un retard inquiétant par manque de chaleur et de luminosité.

 

Explosion des maladies sur les céréales d’hiver

La douceur hivernale suivie de gels de printemps, puis d’une interminable humidité et grisaille, a été propice au développement des maladies. On observe sur les orges d’hiver une forte présence de rynchosporiose et de la fusariose, une maladie plus rare sur cette culture, qui se développe après floraison et peut déclencher des mycotoxines. Les orges d’hiver ont aussi été touchées par les basses températures du printemps au moment de la méiose (inférieure à 4°). Malgré une densité favorable la récolte paraît compromise et une inquiétude nouvelle apparaît avec un risque de germination dans les zones versées.

Le blé est lui aussi attaqué par des maladies (septoriose, fusariose) qui n’ont pas pu être contrôlées efficacement par les phytosanitaires. «Nous observons même des attaques de rouille jaune» constate Jean François FERRAND. Jean Luc FOLLOT le confirme en précisant qu’il n’avait pas vu cette maladie depuis plusieurs années et qu’elle était généralement observée dans les régions océaniques sur des variétés sensibles.

Au-delà de la chute de rendement, la récolte peut devenir impropre à la consommation en présence de mycotoxines. Il est difficile de différencier de visu les deux types de fusarioses : «nivale» ou «roseum». Or la seconde génère des mycotoxines. C’est pour cette raison que des analyses sont en cours pour connaître plus précisément le risque qualitatif au moment de la moisson.

 

Un salissement inhabituel et une moisson qui s’annonce difficile

Jamais la plaine n’avait été aussi sale. Les programmes de désherbage n’ont pas pu couvrir la grande période d’humidité favorable à la germination des mauvaises herbes. Le vulpin résistant a ressurgi et de nombreuses autres plantes inhabituelles ont pris le dessus des cultures. Le colza n’est pas épargné malgré une bonne végétation à la sortie de l’hiver. «Je crains une moisson difficile» s’inquiète Jean Luc FOLLOT qui fait le même constat sur les deux départements. «Cette année, il y aura peu de différence entre les petites terres et les autres et il fallait certainement être très attentif aux traitements. Ce n’était pas l’année à faire des impasses, bien que la couverture phytosanitaire ne soit pas efficace à 100 %» précise-t-il, en reconnaissant aussi que les conditions climatiques n’ont pas toujours permis de traiter à temps et efficacement.

 

Les pois d’hiver sinistrés par la bactériose

Cette culture s’est développée ces dernières années pour diverses raisons : aides couplées, respect des SIE, allongement des rotations. La fragilisation des plantes, pour les raisons climatiques exposées ci-dessus, a favorisé les attaques de bactéries qui ont été fatales. Pratiquement toutes les parcelles sont atteintes. Certaines ont déjà été retournées, d’autres ne seront même pas moissonnées. Cette maladie ne peut pas être traitée car il s’agit d’une bactériose. Les agriculteurs ont fait des déclarations multirisques climatiques auprès de leur assureur mais la réponse sur la prise en charge est variable en fonction des compagnies. GROUPAMA Grand Est ne prendrait pas en charge ce risque estimant que le lien est indirect avec l’aléa climatique. Cette appréciation, si elle est confirmée, suscite des protestations. Cette problématique, comme celle de la prise en charge des autres maladies qui n’ont pas pu être contrôlées par les traitements phytosanitaires, fait actuellement l’objet d’un groupe de travail au sein de la FNSEA.

 

Incertitude sur les rendements

La fécondation, comme le remplissage des grains, est aussi très liée à luminosité pendant les périodes critiques, notamment la floraison. Le PMG sera déterminant. La bonne surprise de 2015 risque malheureusement de ne pas se reproduire. Chacun attend donc avec angoisse les premières moissons. Les Organismes Stockeurs s’attendent aussi à une gestion compliquée des livraisons.

 

Aucun secteur épargné

«En 30 ans d’expérience, je n’ai jamais vu une situation aussi préoccupante, même la vigne est touchée à 50 %» confie Jean Luc FOLLOT. Peu de fourrage a été récolté, et la qualité de ce qui reste est fortement dégradée. Les éleveurs ont dû rentrer une partie de leur troupeau pour éviter le piétinement des pâtures. Les coûts alimentaires vont s’aggraver dans un contexte économique qui est toujours aussi déprimé.

Le syndicalisme tire la sonnette d’alarme depuis quelque temps et une visite de terrain a été demandée à Madame le Préfet pour qu’elle puisse se rendre compte de la gravité de la situation. La FNSEA a d’ores et déjà demandé la mise en place d’un plan exceptionnel.

Il n’est pas non plus exclu qu’une procédure de calamité agricole soit à nouveau déclenchée en 2016 sur les fourrages comme cela a été le cas en 2015 au titre de la sécheresse.

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