L'Avenir Agricole et Rural 22 décembre 2009 à 14h52 |

INFO SANITAIRE - DÉPARASITER OU NE PAS DEPARASITER À LA RENTREE

La période de pâturage, surtout lorsqu'elle se prolonge en fin d'année, est favorable au développement des parasites internes que sont les strongles gastro-intestinaux, la grande douve et le paramphistôme. Chacun a eu maintes fois l'occasion de remarquer que les situations pouvaient être très variables, y compris à l'intérieur d'un même cheptel. D'un lot d'animaux à l'autre, d'une parcelle à l'autre, d'une année à l'autre…

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Face à une telle situation, il existe deux adaptations simplistes et diamétralement opposées. Elles consistent, soit à ne rien faire, soit à déparasiter tous les besoins contre tous les parasites. L'une et l'autre de ces deux stratégies ne sont guère révélatrices d'un grand professionnalisme et il convient d'envisager la lutte antiparasitaire autrement.

LA REMISE TARDIVE AUGMENTE LE RISQUE PARASITAIRE
LA REMISE TARDIVE AUGMENTE LE RISQUE PARASITAIRE - © GDS 52

PARAMPHISTOME
Ces parasites sont liés au terrain. De deux choses l'une, leur présence est établie ou leur absence est établie. Si la parcelle présente un risque de contamination, les animaux seront infestés quels que soient les âges. Seuls les niveaux d'infestation pourront varier.

- Quels sont les moyens de connaître le statut de la parcelle ?

Soit à partir d'analyses sérologiques (sang) pour la grande douve ou coproscopiques (Fécès) pour le paramphistôme.
Soit par retours d'informations d'abattoirs. Ils sont à nouveau fiables puisque accompagnés d'un pénalité de 8 ? pour la saisie du foie en cas de contamination par la grande douve.
Soit par un diagnostic de la parcelle effectué par le GDS.

- Le statut de la parcelle étant connu, comment aborder la lutte antiparasitaire ?
Si la parcelle est saine et dans la mesure ou le lot d'animaux n'a pas été placé, ne serait-ce que quelques jours sur une parcelle à risque : dans ce cas le déparasitage est inutile.
Si la parcelle est reconnue comme étant à risque, un déparasitage est dans ce cas conseillé contre la grande douve pour tous le animaux devant hiverner (ne pas oublier que certains produits nécessitent un délai d'attente viande de 56 jours).
A noter q'un traitement réalisé moins de deux mois avant abattage a peu de chances d'être suivi d'effets significatifs et il n'empêchera pas la saisie du foie.

En ce qui concerne le paramphistôme, le traitement ne doit pas s'envisager sans diagnostic préalable par coproscopie, sur 5 ou 6 animaux du lot (ceux que l'on suspecte le plus). Le déparasitage sera envisagé sur avis du vétérinaire.

- Lorsque le statut de la parcelle n'est pas connu, comment faire ?
Le diagnostic sérologique est, dans ce cas, le meilleur moyen d'envisager une stratégie cohérente de lutte contre la grande douve. A partir d'un prélèvement de sang de 5 ou 6 animaux par lot, on peut juger de l'opportunité du traitement contre la grande douve. En cas de suspicion d'infestation par le paramphistôme, attendre le mois de janvier et faire une coproscopie à partir de prélèvements de fécès sur 5 ou 6 animaux suspectés d'être infestés (poil piqué, diarrhée, état général déficient).

LE TRAITEMENT SUR LE PARAMPHISOME, NE DOIT PAS  ÊTRE ENVISAGÉ SANS DIAGNOSTIC PRÉALABLE PAR COPROSCOPIE.
LE TRAITEMENT SUR LE PARAMPHISOME, NE DOIT PAS ÊTRE ENVISAGÉ SANS DIAGNOSTIC PRÉALABLE PAR COPROSCOPIE. - © GDS 52

CAS DES STRONGLES

La stratégie de lutte à la rentrée dépendra essentiellement de quatre facteurs :
- l'âge des animaux,
- leur état général à la rentrée
- la conduite menée au cours de la période de pâturage,
- le devenir du lot.

En gardant à l'esprit que la résistance aux strongles gastro-intestinaux s'acquiert en trois années de pâturage, mais que certaines pratiques de déparasitage peuvent entraver cette immunité. En matière de diagnostic expérimental, le contrôle de l'infestation se fait au travers du taux de pepsinogéne dans le sang. Cette analyse est rarement pratiquée car elle est coûteuse. Le choix d'un déparasitage éventuel sera donc fondé sur l'appréciation des quatre critères cités plus haut.
Si les animaux ne doivent pas être remis en pâture, un déparasitage complet peut être utile si l'état des animaux le justifie. Si les animaux doivent être abattus dans un délai inférieur à deux mois, aucun traitement antiparasitaire n'est justifié.
Si les animaux doivent être remis en pâture au printemps suivant, un déparasitage ne se justifie que si l'infestation des animaux atteint un niveau susceptible d'entraver les performances zootechniques du lot pendant la période hivernale. Ceci nous amène à raisonner différemment la lutte selon que l'on vise des croissances soutenues pour des génisses laitières qui vont vêler à 24 mois ou bien des croissances modérées pour des vêlages à 36 mois.
Souvent préconisé, le déparasitage contre les strongles à la rentrée des "premières années" de pâture peut être réalisé à l'aide de benzimidazoles (fenbendazole,oxfendazole) ou macrolides (avermectines, moxidectine) selon les situations. N'hésitez pas à demander conseil au GDS ou à votre vétérinaire qui adaptera le protocole de lutte au lot concerné.
Après la deuxième année de pâturage, le protocole de déparasitage doit être allégé car l'installation de l'immunité prend le relais du traitement.

Après la troisième année, le déparasitage ne peut être qu'exceptionnel après diagnostic individuel ou du lot.
Les conduites qui tendent à rendre nécessaires les traitements systématiques après la troisième année sont des conduites inappropriées qui demandent à être réexaminées et profondément modifiées.
Les cheptels conduits en agriculture biologique voire raisonnée ont tout intérêt à favoriser la résistance des animaux par un contact modéré et permanent entre l'animal et le parasitisme. Le non recours aux anthelmintiques conventionnels peut conduire à des niveaux de contaminations supérieurs à la tolérance des animaux. Dans ce cas, il faut limiter l'infestation à la rentrée. La phytothérapie, l'aromathérapie ou l'homéopathie offrent de plus en plus d'alternatives tout en respectant l'installation de l'immunité.

CONCLUSION

La gestion du parasitisme, à la rentrée tout comme aux autres périodes de l'année, doit être le résultat d'une analyse sérieuse de la situation épidémiologique du lot ou du troupeau. La pratique d'un déparasitage peut, que ce soit par défaut ou par excès, amener à des résultats opposés à l'objectif qu'on s'est fixé. Pour cette raison, il convient de s'assurer que l'intervention que l'on veut mettre en oeuvre est bien la bonne.

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