L'Avenir Agricole et Rural 18 mars 2010 à 10h06 | Par E. DAUPHIN

Aviculture - Visite de l’abattoir SIEBERT en Alsace

La société familiale est crée aux sortirs de la guerre par madame Siebert qui détenait une meunerie et s’est lancée dans l’élevage de coquelets.

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Positionnement commercial

Peu à peu, elle met en place une tuerie de chair d’abattage qu’elle transmet à son fils et 1979. Depuis l’entreprise n’a cessé de grandir mais en gardant les valeurs familiales dans lequel elle a été créée : tradition, service et marché de proximité. En 1992, il obtient un terrain à bâtir sur lequel il met en place un outil capable d’absorber 40 000 poulets par semaine. Très vite l’outil s’avère sous-dimentionné puisqu’il monte à 100 000 poulets par semaine, avec des contraintes en terme de gestion des flux de produits qui nécessitent un lourd programme d’investissement, en pleine grippe aviaire de 10 millions d’euros : un quai mécanisé avec une salle d’expédition passée de 80 à 600 m2, une salle de découpe de 400 m2 et une chambre de congélation.

Aujourd’hui, Siebert réalise 42 millions de chiffre d’affaire et emploi 230 salariés.

Le crédo de Bruno Siebert n’était pas de produire plus mais de créer de la valeur ajoutée. A partir de 2007, il développe un atelier de découpe et de préparation de viandes farcies (cru cuit farci, fumé, ailes, roulades). Le service auprès de sa clientèle de proximité est le point fort auquel il s’attache ; une flotte de quinze camionnettes frigorifiques de 3,5 tonnes en atteste. Elle lui permet de répondre aux commandes des détaillants passées la veille au soir. Il se fait fort de leur livrer quotidiennement « le mouton à cinq pattes » : un produit de qualité élevé en 55 jours et transformé en Alsace, en quantité suffisante.

Afin d’améliorer ses marges, il recherche des marges de progrès. L’équarrissage représente une charge de plus en plus conséquente pour l’abattoir. Il s’applique donc à valoriser « le cinquième quartier » : pattes, têtes, plumes, viscères, carcasse… En 2009, grâce à la filière d’alimentation chien et chats, il a réussi à valoriser à hauteur de 900 000 euros ce qui lui coutait au paravent 400 000 euros à éliminer.

Partant du constat qu’il y a une population turque très importante en Allemagne, il s’intéresse à la filière « hallal », qui est une technique d’abattage. Il emploi donc une personne dédiée exclusivement au saignement de la volaille, dans le respect des normes du bien-être animal (étourdissement préalable).

 

 

Bassin d’approvisionnement et de commercialisation

Bruno Siebert s’occupe de l’aval, Emmanuel Brochet, son bras droit, de l’amont avec la gestion de la production et des relations avec les producteurs. Partant du principe qu’un client ne doit pas représenter plus de 10% du chiffre d’affaire, SIEBERT compte une clientèle diversifiée répartie pour 1/3 dans la GMS, 1/3 à l’export de proximité (Suisse, Allemagne, Bénélux), et 1/3 aux collectivités et détaillants. En terme d’approvisionnement, les investissements conséquents réalisés ces dernières années (voir photos) le poussent à recruter de nouveaux éleveurs afin d’amortir par la quantité. Le rayon de ramassage est de 380 km en 2008 ; les chauffeurs ont droit à dix heures de conduite maximum, l’aller-retour doit donc durer 8 heures.

Rentabilité du projet

La responsable de Moulins Henry annonce une marge nette annuelle (avant MSA et impôts) de 13 €/m2 en poulet classique (17 000 euros pour 1000 heures de travail pour 1300 m2 et pour un investissement de 210 000 euros remboursable sur douze années). « Une réelle opportunité se présente donc pour les agriculteurs de Champagne-Ardenne et Picardie. C'est maintenant qu'il faut la saisir », résume Nathalie Trooster. Faute de poulets locaux en nombre suffisant, Gastronome pourrait être tenté de jouer d'autres cartes d'approvisionnement situées plus au Nord.

 

 

Amortissement d’un bâtiment clé en main, dédié à la production de volaille :

Pour un bâtiment de 1330 m2, de 92 m de long ; coque (terrassement, charpente, bardage toiture et isolation) et équipement intérieur (ventilation, alarme, éclairage, brumisation haute-pression), il faut compter 242 000 euros hors taxe. Avec un amortissement de 20 000 euros par an sur 12 ans, l’agriculteur tire un revenu de 20 000 euros dès la première année.

Les bâtiments hors-sol éligibles aux aides régionales ?

La région a ouvert une enveloppe régionale dédiée aux bâtiment bois à l’élevage hors sol avicole et porcin, avec une prise en compte des contraintes sanitaires liées à ces productions et l’ajout des dispositifs d’économies d’énergies dans le panel subventionable. Jean-François Bodineau, animateur du GIE Lait-Viande chargé de la commission régionale élevage en Champagne Ardenne, travaille avec les représentants de la filière et notamment Moulins Henry et en fonction des recommandations de l’AFSA à l’étude de ce cahier des charges pour des bâtiments mixtes. Pour en savoir plus : GIE Lait viande, pôle agricole régional, Tel. 03 26 65 58 17

 

Intégrés et heureux

La filière est structurée et indépendante des aides européennes. La solidarité joue un rôle d’amortisseur en cas de crise comme lors de la grippe aviaire.

L’éleveur n’a pas à se soucier d’avoir une logique commerciale, il achète les aliments au prix moyen. Pas de droit à produire comme les quotas, les 26000 poulets par bande ont une place assurée à l’abattoir. La distribution des marges est assurée. « Tout le monde doit gagner sa vie, il ne doit pas y avoir de maillon faible. » précise Bruno Siebert. L’abatteur doit en effet assurer un revenu à la filière : éleveur et marchand d’aliment, afin que le système perdure. Eleveur et abatteur signent un contrat au moins égal à la durée d’amortissement du bâtiment dans lequel est fixé la Marge poussin - aliment (ventes d'animaux diminuées de l'achat des poussins et de l'aliment, y compris les frais financiers). L’éleveur ne fait pas d’avance de trésorerie pour les poussins et l’alimentation, ils sont payés après vente de la bande. L’abatteur fixe un objectif technique moyen à atteindre ; si l’éleveur le dépasse, il touche une plus-value.

 

 

• Un prochain voyage est organisé concernant la filière œuf, près de Laon, dans l’Aisne : visite d’élevage et du centre de conditionnement d’Esternay dans la Marne le 25 mars 2010.

Contact :  Moulins Henry au 03 26 69 00 18

 

 

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