L'Avenir Agricole et Rural 19 février 2015 à 08h00 | Par L'Avenir Agricole et Rural

ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DE LA FDSEA, L’hyper-ruralité, quelle dynamique mettre en œuvre ?

Lors de son assemblée générale, la FDSEA a choisi un thème de réflexion en phase avec notre territoire ; celui de « l’hyper-ruralité ». Les élus locaux ont répondu présent pour présenter leur vision des choses.

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- © EDAUPHIN

Les Assises de la Ruralité se sont tenues à la fin de l’année dernière, à partir du rapport du sénateur PS de Lozère, Alain Bertrand. Il y fait émerger le concept de territoires « hyper-ruraux ». L’hyper-ruralité recouvrirait 26 % du territoire, concernerait 5,4 % de la population et 14 % des communes, soit 250 bassins de vie hyper-ruraux. « L’hyper-ruralité, un mot bien savant pour évoquer la campagne profonde » résume Cédric Jappiot, président des Jeunes Agriculteurs à l’issue de son discours en guise de transition vers le débat qui était au cœur de l’assemblée générale. Et force est de constater que le thème colle à notre territoire comme la terre amoureuse du Bassigny aux socs de nos charrues ; car quelles que soient les approches des géo-stratèges, et elles sont nombreuses, la Haute-Marne se trouve totalement ou partiellement concernée :

On retrouve le département dans la « Diagonale du vide » identifiée par la DATAR qui traverse la France de part en part, des Ardennes aux Landes.

Dans son rapport, Alain Bertrand croise l’éloignement des centres urbains avec la densité de la population ; on y retrouve dans la catégorie « hyper-rurale » les bassins de vie du pourtour du département

Le dispositif « Zones de revitalisation rurale », proposant des exonérations fiscales aux entreprises qui travaillent en milieu rural, concerne quasiment l’ensemble du département

La Zone défavorisée date de 1975. Elle acte la reconnaissance de handicap naturel en agriculture et concerne le sud du département (révision prévue en 2018)

La Zone intermédiaire est très récente, elle est le fruit d’un lobbying syndical de plus de dix ans. Tout le département est inclus dans cette zone qui offre un cahier des charges différencié pour la MAEC Système Grandes Cultures.

Elus et représentant de l’Etat ont présenté leur vision des choses et esquissé des pistes d’avenir pour notre département. Un représentant de la MSA a présenté le rapprochement exemplaire entre l’Aube et la Haute-Marne.

 

Jonathan Haselvander, Maire de Bourmont

« L’intercommunalité rend les communes plus fortes »

Pour le Maire de la commune de Bourmont, auteur d’un essai sur la ruralité intitulé « Un horizon d’espoir », l’échelle de gouvernance idéale pour nos territoires est le bassin de vie, soit l’accès aux services et aux emplois, et non pas un seuil arbitraire d’habitants qui risque d’aboutir à des territoires trop étendus. Certes, il existe toujours un échelon plus rentable à la concentration des services de l’Etat, mais l’égalité républicaine implique un maintien de services publics de qualité et de proximité sur les territoires. L’intercommunalité telle qu’elle se dessine actuellement reflète ces bassins de vie.

Mais tout reste à construire. L’élu souligne que peu de documents d’urbanisme existent dans le département et que le nouvel outil élaboré dans le cadre de la loi Alur, le PLUi permet de transférer les Plans locaux d’urbanisme à l’échelle intercommunale et ainsi de réaliser des économies d’échelle. Pour Jonathan Haselvander, un PLUi doit aller au-delà des problématiques d’urbanisme et constitue un outil au service des projets d’un territoire. Ce dernier doit être mis en cohérence avec les orientations à long terme du SCOT (schéma de cohérence territorial), un document qui n’existe pas encore dans notre département.

Au sujet des projets de territoire, il cite le travail réalisé par la Chambre d’Agriculture pour inciter la restauration collective à se fournir en circuit court. La communauté de commune de Bourmont-Breuvannes-Saint Blin a ainsi été l’interlocuteur idéal pour relayer le message auprès de l’EHPAD et du collège.

François Cornut Gentille « Mettre en action les forces vives du territoire »

Les petites collectivités se trouvent face à une inégalité vis-à-vis des mises aux normes et de l’acquisition d’équipements car l’effort d’investissement est réparti sur moins d’habitants.

Pour le Député-maire de Saint-Dizier, il faut travailler avec les forces vives du territoire, car les bonnes intentions ne font pas forcément les bonnes politiques. « Nous devons trouver notre avantage compétitif par rapport aux autres territoires et non pas calquer des projets inadaptés. » Il cite le succès de l’établissement hôtelier « la Source Bleue » à Gudmont Villiers, en plein cœur de l’hyper-ruralité, dont le taux d’occupation atteint les 80 % grâce à la mise en valeur des richesses naturelles du site. Il rappelle que le rôle de l’élu est parfois simplement d’être un facilitateur entre projets et acteurs. Après un diagnostic du territoire nord haut-marnais, il est apparu un manque au niveau de l’offre culturelle. Les ruraux ont droit à la culture, leur apporter des spectacles d’envergure nationale est l’ambition du Complexe culturel « Les Fuseaux », implanté en périphérie de la cité Bragarde et qui rayonnera sur le Grand Est.

Enfin, il invite à ne pas opposer villes et campagnes dans notre département. Il faut aussi conforter nos villes de proximité, au profit de la ruralité. Il cite Joinville, rare bénéficiaire de l’enveloppe régionale « centre bourg », qui ne serait rien sans sa ruralité environnante et vice versa.

- © EDAUPHIN

Bruno Sido, sénateur et Président du Conseil Général


« Désenclaver par des infrastructures de communication performantes »

L’un des dangers de l’hyper-ruralité serait l’absence de moyens de communication. Ce fut un des chantiers prioritaires de l’élu lors de ses différentes mandatures avec le renforcement du réseau de la téléphonie mobile puis l’irrigation du département en fibre haut débit. Il rappelle que la Haute-Marne est le premier département rural à avoir investi directement dans des infrastructures palliant au manque d’attractivité du territoire pour les opérateurs privés.

Un autre problème du département serait la « désertion des États-Majors », entendez le déplacement des centres de décision hors de nos frontières. A ce genre de mutualisation pyramidale, Bruno Sido préfère les rapprochements transversaux ; il cite l’exemple récent du rassemblement entre SAMU et pompiers sur un même plateau technique (notre édition du 6 février). Le risque était de voir notre SAMU délocalisé à Troyes.

Entre autres solutions, il cite une prime aux fonctionnaires en zone rurale afin de les inciter à rester comme on le fait en outre mer...

Il dénonce la mise en place de communautés d’agglomérations à 20 000 habitants, ce qui n’en ferait que quatre en Haute-Marne, et préconise une échelle plus raisonnable.

Enfin, il invite à ne pas opposer villes et campagnes dans notre département. Il faut aussi conforter nos villes de proximité, au profit de la ruralité. Il cite Joinville, rare bénéficiaire de l’enveloppe régionale « centre bourg », qui ne serait rien sans sa ruralité environnante et vice versa.

 

Le Préfet Jean-Paul Celet

Au sein de la grande région qui se dessine, le Préfet défend une forme de discrimination positive en faveur des territoires ruraux. En réalité la Haute-Marne au niveau de Champagne Ardenne ne pèse pas pour 13 % (part relative de sa population) mais pour 30 %, compte tenu de ses besoins supérieurs ; c’est cette représentativité qu’il a toujours défendue avec un certain succès.

Il se prononce en faveur du maintien des sous-préfectures en milieu rural. Celles de Langres et de Saint-Dizier sont à ses yeux essentielles à la population, contrairement à des sous-préfectures en zones péri-urbaines. A Langres, il prévoit l’ouverture d’une Maison de l’Etat, dans laquelle tous les services seront rassemblés.

Sans projet, rappelle le représentant de l’Etat, les territoires hyper-ruraux sont menacés. Ils doivent prendre leur destin en main. Une transition toute trouvée pour conclure sur l’épineux sujet du Parc National... (voir en page 6)

A lire :

« Un horizon d’espoir », de Jonathan Haselvander

En page 04 de notre numéro de cette semaine, vous pourrez lire le rapport moral de Thierry Lahaye, ainsi que le rapport de Dominique Barrau.


Bonne lecture

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