L'Avenir Agricole et Rural 07 juin 2007 à 00h00 | Par F.Thevenin

ASSEMBLEE GENERALE D'ELNOR - La conjoncture laitière s'inverse

Une certaine euphorie régnait au sein de l’assemblée générale d’Elnor, à Colombey-les-Deux-Eglises. La demande mondiale en produits laitiers n’a jamais été aussi élevée. Les stocks sont au plus bas et les prix de la poudre et du beurre n’ont jamais été aussi hauts. En face, les agriculteurs attendent la hausse du prix de leur lait et l’assouplissement des quotas pour couvrir la demande.

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Il est grand temps que les éleveurs soient récompensés des concessions qu’ils ont réalisées durant 5 ans.
Il est grand temps que les éleveurs soient récompensés des concessions qu’ils ont réalisées durant 5 ans. - © FREDERIC THEVENIN
Pour débuter l’assemblée générale d’Elnor, Jean-Pierre Luciot est revenu sur 2 006 ; une année qualifiée d’année du changement pour la coopérative et, de manière générale, pour le groupe Sodiaal.

Le président de la section parle même de ruptures avec la mise en place du projet Sodiaal qui s’articule autour de trois axes :

- la défense de la valorisation des produits dans le cadre du nouveau projet stratégique
- l’amélioration de l’efficacité opérationnelle avec une nouvelle organisation
- la dynamisation du management du groupe avec la mise en place de nouveaux modes de fonctionnement.


Le rapprochement Candia/Orlait financé par le prélèvement exceptionnel sur le prix du lait versé aux producteurs est la première réalisation de ce plan.
La mise en place d’une nouvelle organisation a modifié en profondeur la structure du groupe avec la création d’un comité directeur unique qui rapproche les échelons décisionnels. Des décisions de restructuration ont été prises sur deux sites industriels et deux sièges sociaux.

Fermeture de Ressons
et création de la coopérative Sodiaal


Pour Elnor, en 2006, la fermeture du site de Ressons reste le fait majeur de l’année. Cette décision s’explique par la surcapacité structurelle d’Elnor en lait UHT, format brique. L’équipe administrative a rejoint le siège de Sully, à Amiens.
Pour Jean-Pierre Luciot, en 2007, il faut continuer à mettre en œuvre les plans d’actions : finir les restructurations initiées en 2006, faire des économies en matière d’achats, réduire les coûts logistiques et conclure des partenariats stratégiques pour les fromages et les poudres de lait.
Le symbole de ces changements sera, pour simplifier les structures, la création de la coopérative Sodiaal dans laquelle se retrouveront toutes les coopératives du groupe dont Elnor.

Collecte 2 006

La collecte 2 006 d’Elnor se caractérise par un faible niveau, à moins de 370 millions de litres. Les sections d’Ucalyn, CLCB et Eurelait sont les plus touchées par cette baisse.
La diminution du nombre de producteurs se poursuit avec – 5 % sur un an et – 20,7 % sur 6 ans. Par contre, les livraisons annuelles par exploitation ont augmenté de 23,3 % en 6 ans pour atteindre quota moyen de 272 000 litres.
Côté composition, la matière grasse et la matière protéique ne bougent pas à 41,12 et 32,92 g/l. A noter les chutes de juillet dues à la canicule et pour ce début d’année 2007, l’extraordinaire baisse du taux de matière grasse (- 1 g) et la petite progression de la matière protéique.
L’amélioration de la régularité des livraisons reste le cheval de bataille de l’entreprise. Le but est de diminuer les variations saisonnières de la production laitière pour coller au mieux aux besoins des usines et des consommateurs et éviter ainsi les excédents mal valorisés.
En 2005, le rapport de régularité était de 13,8 %. Il passe à 11,8 % en 2006 ! Autrement dit, la coopérative a amélioré de 4 % ses productions d’été par rapport à celle de printemps. Du coup, la prime de régularité est passée à 7,40 euros en moyenne avec un maximum possible de 16 euros.
Enfin, la qualité atteint des sommets avec 40 % des litrages à moins de 30 000 germes, moins de 250 000 cellules et moins de 1 000 butyriques.
Prix du lait

En matière de prix du lait, pour Jean-Pierre Luciot, « 2 006 a retrouvé une certaine sérénité après les tensions au niveau national sur la détermination du prix et ses indexations ». Problème : la tendance était toujours à la baisse !
Les producteurs d’Elnor ont subi, mois après mois, la baisse du prix national (- 7,95 euros), la baisse due à la flexibilité accordée aux entreprises qui passent par la filière « produits industriels » (- 5,12 euros) et la baisse due au fonds coopératif pour les entreprises qui se restructurent (- 1,72 euro).
Au bout du compte, le prix du lait payé par Elnor s’établit, en 2006, à 263,93 euros toutes primes et qualité comprise. Il était de 276,36 euros en 2005. Entre 2003 et 2006, la baisse du prix à Elnor est de 34,56 euros qui est compensée par l’ADL de 35 euros.
Ces chiffres expliquent l’impatience des producteurs de lait à retrouver une réelle hausse de ce prix du lait sachant que tous les feux sont au vert : zéro stock, demande mondiale forte, stagnation de la production…
Il serait grand temps de remercier les éleveurs laitiers pour leurs efforts réalisés depuis 5 ans en payant mieux ce lait qui va devenir un nouvel or blanc. Dans le cas contraire, il ne faudra pas s’étonner de voir encore baisser le nombre de producteurs. La France sera alors incapable de fournir la demande européenne et mondiale. D’ailleurs, la tendance est déjà là puisque le quota français est de 25 milliards de litres de lait par an et que la France n’arrive pas à dépasser les 23 milliards. Pendant ce temps-là, de nombreux producteurs brident leurs vaches pour ne pas être sanctionnés en cas de dépassement… Est-ce un problème de gestion des quotas ? Une incompétence administrative ? Une incompétence de la filière lait ?
Justement, en matière de quotas, pour Elnor, la campagne 2006/2007 s’est terminée sans les à-coups habituels avec un arrêt fin mars et une reprise brutale début avril. La mesure spécifique concernant la fièvre catarrhale équivalente à un prêt supplémentaire de 2,5 % annoncé au 15 mars pour les sections Ressons, Verton et CLCB y ont fortement contribué. Pour cette campagne, le prêt final a été annoncé à 4 % dès le mois de janvier.

Agrofourniture

Avec un chiffre d’affaires qui s’élève à 5,9 millions d’euros, l’activité « agrofourniture » est en recul de 3,9 % par rapport à 2005 qui était déjà en retrait. Explications : la baisse du nombre de producteurs, la baisse de la trésorerie mal compensée par le versement de l’ADL et… la hausse du prix des matières premières et des carburants.
Les ventes de vracs, en particulier sur Verton, s’en sortent bien. Par contre, les nutritionnels et minéraux plongent. Les produits d’hygiène mamelle et machine à traire peinent à préserver leur marge.
La baisse du chiffre d’affaires s’accompagne d’une baisse des marges de 0,4 point. Au total, le résultat se maintient à 369 000 euros grâce à une baisse des charges de 6,7 % et est redistribué sous forme de remise commerciale aux « fidèles clients ». Pour l’avenir, d’autres économies doivent être trouvées et les clients feront l’objet de toutes les attentions : camions de chine, livraisons par palette, pré-commandes…
Au final, l’ensemble de ce résultat est redistribué aux producteurs par cette ristourne, l’aide aux JA et, indirectement, par le financement du BTPL. Jean-Pierre Luciot regrette que tout le monde ne joue pas le jeu au nom des nécessités du commerce et d’un marché ouvert et concurrentiel.

Gestion

Les coûts d’approvisionnement, c'est-à-dire l’ensemble des charges que représentent les 131 salariés (amortissements, loyers, impôts et taxes…) se sont élevés à 21,06 euros par 1 000 litres. Ce chiffre est en légère augmentation par rapport à 2005. Deux explications : une moindre dilution des charges fixes due à la baisse du litrage et la logistique.
Côté logistique, la fermeture, à partir de juin, du site de Ressons a entraîné des kilomètres et heures supplémentaires alors que les autres zones ont vu leurs performances s’améliorer grâce à la mise en place d’accords de ramassage dans toutes les zones. Au total, plus de 25 millions de litres sont échangés.
Au-delà, le point délicat de 2006 a été la fermeture du site de Ressons avec toutes les conséquences sociales et d’organisation qui se sont imposées. Les équipes de ramassage, d’agrofourniture et d’appui technique sont maintenant basées à Roye, carrefour pour Airaines ou Awoingt, destination des laits. L’équipe administrative a rejoint les locaux de Rivery anticipant ainsi la gestion en bassin et la fusion avec les équipes de Sully.

INFO LABO

Les laboratoires interprofessionnels d’analyses laitières viennent d’ouvrir le site Internet Info Labo. Il permet de recenser tous les résultats d’analyses laitières de France, par exploitation et par laboratoire, et de les mettre à la disposition des producteurs et des entreprises laitières.
Pour Jean-Paul Cussac, directeur du laboratoire de Rioz, ce nouvel outil permet aux producteurs (avec un code d’accès) de visionner leurs résultats et aux transformateurs de contrôler la qualité des laits échangés.
Toutes ces données fourniront une base de données statistiques dans le temps et permettront de suivre les évolutions. Un lien avec le site Est Elevage permettra de retrouver ce site. Il est gratuit et sera ouvert courant juin.

La restructuration industrielle se poursuit en lait de consommation

  • L’objectif global du plan de restructuration industriel de Sodiaal est d’adapter ses outils de transformation à l’évolution du marché du lait de consommation. Ce dernier est en régression et sur-capacitaire. Les tendances de consommation s’orientent vers la bouteille, au détriment de la brique.
  • Ainsi, la diminution du potentiel de production en format brique s’est poursuivie. La fermeture du site de Ressons sur Matz (Oise) s’inscrit dans cette logique.
  • Ces actions seront poursuivies en 2007, avec la fermeture programmée de l’atelier lait de Clermont Ferrand qui est spécialisé en bouteilles mais qui ne permet pas les extensions nécessaires. En revanche, des investissements seront réalisés dans les autres sites du groupe avec un double objectif de productivité et d’adaptation à l’évolution des marchés. La collecte du lait n’est pas affectée par ces changements structurels.

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