L'Avenir Agricole et Rural 22 février 2008 à 00h00 | Par F.Thevenin

APVA - Maîtriser le désherbage dans la rotation

L’assemblée générale de l’APVA a été l’occasion d’aborder un sujet technique et d’actualité : la maîtrise du désherbage dans la rotation.

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Avec 50 euros par hectare en moyenne sur blé tendre (+ 10 % en deux ans), le désherbage est un poste en constante augmentation. De plus, les agriculteurs font face à des difficultés croissantes pour maîtriser les adventices avec l’utilisation accrue des programmes en blé tendre.
En colza, les solutions herbicides sont peu nombreuses notamment en post-levée contre les dicotylédones. Les agriculteurs utilisent essentiellement des herbicides de présemis/prélevée. De plus, les programmes sont onéreux. Ils vont de 55 euros l’hectare (trifluraline + napropamide) à 130 euros (trifluraline + Colzor Trio puis antigraminée foliaire et Cent 7).
Dans ce tableau noir, la lutte contre les géraniums et les crucifères est la plus problématique. En graminées, les solutions existent même si elles sont coûteuses notamment en cas de résistance.
En céréales, en général, les agriculteurs ne pratiquent pas d’impasses techniques mais les coûts de désherbage sont à la hausse, de nombreux cas de résistances de graminées aux herbicides de la famille des fops et dimes sont apparus et il convient de modérer l’utilisation importante de sulfonylurées pour éviter de nouvelles résistances.
Les principaux concurrents des céréales sont, par ordre d’importance, le vulpin, le ray-grass, la folle avoine et le brome. Ils sont localisés dans les mêmes zones géographiques que celles citées pour le colza. Par contre, les semences ont une faible longévité dans le sol et leur progression est très fortement corrélée aux pratiques.
En conséquence, la problématique de résistance nécessite un changement des pratiques herbicides.

Impact des adventices

La nuisibilité des adventices est un facteur impactant sur les rendements. Ces pertes vont de 15 % à la disparition complète de la culture ! Une mauvaise gestion du désherbage est donc une cause majeure de perte de rendement.
Cet impact négatif est variable suivant les adventives sachant que les plus préjudiciables sont les plus couramment rencontrées comme le gaillet, la folle avoine, le vulpin et le ray-grass.
Les causes de ces problèmes sont de différents ordres. Certaines ont des influences à court terme comme l’efficacité insuffisante des herbicides ou l’avancée des dates de semis (début août en colza et fin septembre en blé). En Haute-Marne, plus de 80 % des semis ont lieu avant le 25 août et il suffirait de décaler ce semis de 15 jours pour lutter efficacement contre certaines mauvaises herbes.
Des phénomènes ont des influences à moyen terme comme les rotations courtes (colza puis une ou deux céréales) qui provoque une sélection de flore d’adventices à levée estivale et automnale ou comme les rotations diversifiées avec des cultures de printemps qui provoque une sélection d’adventices à levée printanière.
Enfin, des phénomènes ont des influences à moyen et long terme comme le travail sans labour qui favorise les adventices levant dans les couches superficielles (brome, vulpin, ray-grass, géranium) ou comme un système sur labour qui enfouit et fait remonter les graines de certaines adventices qui survivent bien en profondeur.

Nouvelle vision de la lutte chimique

Côté lutte chimique, il apparaît que les trifuralines sont en fin de vie, que des résistances sont avérées aux fops et dimes et que des premiers signes de résistances du ray-grass aux sulfonylurées sont évidents.
L’objectif est aujourd’hui de faire durer l’efficacité des solutions actuelles (antigraminées notamment). Il est également intéressant de se servir du colza pour réduire les problèmes de désherbage des céréales et inversement.
La gestion des graminées dans la rotation passe par la limite annuelle de la production de graines dans les colzas et céréales pour ne pas augmenter le stock semencier. Il est conseillé d’alterner les matières actives pour éviter de répéter l’emploi d’un même groupe dans les différentes cultures de rotation et de répéter l’emploi d’un même groupe en cas de rattrapage sur une culture.
Il faut également raisonner les programmes de façon globale et continue sur la rotation en faisant appel à des produits de groupes de mode d’actions différents d’une culture à l’autre et à des combinaisons de produits (succession ou association) de groupes de mode d’action différents dans chaque culture.
Enfin, il est possible de répartir les coûts herbicides à la rotation et non à la culture car l’objectif de propreté se précise sous un angle pluriannuel.

L’agronomie au coeur du raisonnement

Au-delà des traitements chimiques, des raisonnements agronomiques peuvent lutter efficacement contre les adventives. Par exemple, la rotation permet d’intervenir sur les levées d’adventices en modifiant les espèces présentes. Le travail du sol profond permet de gérer les adventices à levées superficielles. Le retard de la date de semis permet d’être en décalage par rapport au pic de levée des adventives et les travaux superficiels à l’interculture ont pour but d’épuiser le stock semencier et d’éviter la grenaison et la reconstitution de ce stock. Ces levées en interculture ne seront pas à gérer en culture !
Pour résumer, la lutte contre les adventices va de plus en plus passer par un désherbage intégré à la rotation en bâtissant des stratégies de lutte à la rotation combinant les différents leviers agronomiques, chimiques et mécaniques.

Frédéric Thévenin
d’après une présentation du Cétiom
Principaux concurrents du colza

Dans les colzas, les agriculteurs doivent principalement gérer les géraniums et les crucifères. En géraniums, il existe plusieurs espèces (disséqué, mou, tige grêle, feuilles rondes). Ils sont en nette progression dans les régions Centre, Bassin Parisien, Bourgogne, Lorraine, Poitou-Charentes et jamais l’efficacité des produits n’est entièrement satisfaisante. Cette lutte est d’autant plus difficile et longue en sols superficiels où la levée des colzas est lente avec une longévité importante des graines.
En crucifères, de nombreuses espèces font l’objet de luttes (ravenelle, sanve, capselle, sysimbre, barbarée, calépine). Elles sont à l’origine de pertes de rendement et de qualité à la récolte. Des solutions chimiques existent contre le sanve et la ravenelle mais les contraintes d’utilisation sont nombreuses et leur coût élevé. Pour d’autres espèces (calépine, barbarée), il n’existe encore aucun recours.
En Champagne, les agriculteurs doivent, en plus, faire face aux ombellifères et matricaires dans les rotations avec betterave et aux bleuets, séneçons et laiterons. Dans ces cas, des solutions chimiques existent mais sont extrêmement chères.

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