L'Avenir Agricole et Rural 23 février 2012 à 11h34 | Par E. DAUPHIN

APVA - Ça a phosphoré

L’assemblée générale de l’APVA, rassemblant les utilisateurs du service Production Végétale, Agronomie et Environnement de la Chambre d’Agriculture, était présidée par Yann Cadet. Le thème développé, portant sur la fertilisation phosphatée, a attiré un grand nombre d’agriculteurs.

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Vie de l’APVA

Le nombre d’adhérents à l’APVA s’est stabilisé à 586 adhérents en 2011, ce qui représente 32% des déclarations PAC, contre 30% en 2010. La SAU détenue par les adhérents est de 139 900 hectares, soit 45% de la SAU totale du département, avec quelques zones d’ombre inférieures à 30% de la SAU dans des cantons limitrophes tels que Montier-en-Der ou Bourbonne-les-Bains. La SCOP des adhérents s’élève à 98 000 ha, soit 50% de la SCOP départementale. C’est 7000 hectares de plus que l’an passé, annonce Cécile Dechaux, responsable du service PVAE de la Chambre d’Agriculture.

Après neuf ans au conseil d’administration, l’ancien président de l’APVA, Jérôme Yung, cède sa place à Pierre-Henri Fisher (comme l’exigent les statuts).

Les comptes, présentés par Mickaël Masselot, trésorier de l’APVA révèlent un déficit exceptionnel de 2404 euros, en raison de l’investissement dans 97 hygromètres. Après affectation du résultat, les réserves de l’association s’élèvent tout de même à 29 703 euros.

L’année 2011 a été marquée par la création de la Mission Agronomique de Protection des Eaux (MAPE), confiée à Alix Chevrier et la création d’un poste pourvu par Blandine Bonne. Le service PVAE compte désormais 15,13 ETP soit 3100 jours effectifs. Ce temps de travail est consacré aux deux tiers à des appuis individuels et à de la collecte de références technico-économiques et à 27 % à des actions liées à l’environnement (mission boue, études sur l’eau, plans d’épandages...)

Perspectives 2012

Les actions prioritaires en 2012 s’inscrivent dans la continuité du travail engagé. Les échéances réglementaires rythmeront l’activité environnementale avec l’arrivée du cinquième programme d’action national de la Directive Nitrates, l’arrêté d’Organisme indépendant pour la mission boue et un conventionnement unique entre les Agences de l’Eau Seine Normandie et Rhin Meuse pour la mission eau. Les programmes d’expérimentation se poursuivront avec toujours plus de concertation au niveau régional.

D’autre part, la poursuite du programme de formations Certiphyto, qui vise à sensibiliser tous les utilisateurs de produits phytosanitaires d’ici à 2014. Enfin, en plus des classiques appuis technico-économiques, appuis à formalité et plans d’épandage, l’offre de services ne cessera d’innover pour s’adapter aux besoins des adhérents : développement du Pack 3S, la création d’appuis techniques phyto et d’un conseil culture modulaire.

Le cycle du phosphore, selon Fardeau


Jean-Claude Fardeau a passé une grande partie de sa carrière professionnelle au Centre d’Etudes Atomiques de Cadarache, où il a notamment réalisé des travaux sur le cycle du phosphore. Le but de ses recherches a été de raisonner les apports de phosphore en agronomie, dans l’optique d’une agriculture durable.

Le Phosphore, élément irremplaçable

Le phosphore est un élément unique dans l’univers. A la formule classique «P2O5», l’intervenant préfère celle d’élément P ou de PO4, soit le phosphate sous forme ionique, version minéralisée du phosphore lié à quatre atomes d’oxygène et seule assimilable par la plante.

Élément agronomique indispensable à la croissance de la plante, P améliore le fleurissement et les récoltes. Sans apport de P, les récoltes finissent par baisser. Avec un apport de P initialement «phytodisponible», les récoltes se maintiennent, voir augmentent.

Présent dans les sols cultivables à hauteur de 2600 kg/ha dans des sols labourables, (dont les ¾ sous forme minérale), il est néanmoins délicat à gérer du point de vue de l’amendement.

L’eutrophisation : un coup des «P» dans l’eau...

La dynamique des transferts de P dans le sol et du sol aux plantes est en effet complexe. Pratiquement 100% des apports sont absorbés par le sol, surtout au cours de la première année de culture. Le phosphore s’associe naturellement aux éléments présents dans le sol, accroissant la fertilité de celui-ci en P. Mais cette capacité à retenir le phosphore est variable d’un sol à l’autre. En cas de lessivage, le phénomène d’eutrophisation se déclenche par la présence simultanée de phosphates et d’azote dans les eaux de surface.

Afin d’être rendu assimilable par la plante, P devra quitter la phase solide des constituants de la terre et passer en solution, d’où la nécessité de la présence d’eau. «De ce fait, mieux vaut une terre pauvre et humide que riche et sèche» conclue le scientifique. Mais il note également que la teneur en fer, en aluminium et en calcium des boues entraîne une réduction conséquente de la solubilité et de la mobilité du phosphore à court terme.

Les interactions entre P et les plantes

Nous l’avons vu plus haut, la présence d’eau est rendue nécessaire au transfert de P du sol à la plante, car celle-ci n’assimile que les éléments sous forme d’ions.

Autre particularité de P assimilable : sa mobilité limitée. Le phosphate ionique ne se déplace que de 5 mm dans le sol, (contre 5 cm pour K). C’est donc au système racinaire de la plante d’aller le capter. Ce dernier doit pouvoir se développer puisque chacune de ses «zones» proches de la coiffe est active dans la captation des ions seulement 24 à 48 heures, d’où l’importance d’un sol aéré.

Notons également que l’efficacité des engrais phosphatés baisse avec le temps (voir graph.), au fur et à mesure qu’il est au contact avec les constituants de la terre. Le CRU% (Coefficient Réel d’Utilisation) est estimé entre 8 et 15% pour les engrais phosphatés type TSP et pour les boues des stations d’épuration. La partie restante va améliorer la fertilité P des terres en fonction du pouvoir tampon de ces dernières. 80% des phosphates assimilés par la plante proviennent en effet des réserves du sol, et non des apports réalisés.

Suivre «P» à la trace

Il est essentiel de caractériser les réserves assimilables du sol, afin de quantifier les apports de P. Cependant, la variabilité des facteurs qui influence l’assimilation de P (nature du sol...) rende l’opération complexe. Plusieurs méthodes d’extraction, vielles de 140 ans, ont été élaborées à travers le monde et adoptées par les laboratoires d’analyses de terres : Dyer, Joret-Hébert, Olsen... Pour le chercheur, elles sont d’une fiabilité limitée dans la mesure où elles dénaturent le milieu. Ses travaux ont porté justement sur une méthode de traçage des ions dans la plante, appelée «la cinétique d’échanges isotopiques des ions phosphates entre le sol, la solution provenant de la phase solide et la plante». Cette méthode repose sur l’utilisation de traceurs radioactifs, d’où la réticence des laboratoires à l’utiliser.


En conclusion :

Jean-Claude Fardeau estime à 90 ans la réserve en phosphore. Il préconise une gestion planétaire raisonnée des réserves exploitables de cet élément  indispensable à la vie. Une gestion basée sur le recyclage, en particulier des Produits Résiduaires Organiques (PRO : boues urbaines, composts...) et sur des apports ciblés en fonction des résultats d’analyses de terres pertinentes.

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