L'Avenir Agricole et Rural 10 août 2017 à 08h00 | Par L'Avenir Agricole et Rural

APICULTURE : UNE FEUILLE DE ROUTE POUR LA FILIÈRE APICOLE

Le réseau Biodiversité pour les Abeilles lance un appel au nouveau Gouvernement pour rompre avec les anciennes pratiques qui ont mené l’apiculture française dans le mur.

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- © Réussir

La réponse à la crise apicole passera par une action coordonnée entre l’ensemble des acteurs : apiculteurs, agriculteurs, vétérinaires, industriels, scientifiques, ONG, citoyens et pouvoirs publics. C’est l’une des principales conclusions de la 6e édition de la Semaine Européenne des Abeilles et de la Pollinisation - Bee Week - coorganisée par le Réseau Biodiversité pour les Abeilles, qui s’est tenue fin juin à Bruxelles.

Une production de miel divisée par 4 en 25 ans, une diminution du nombre d’apiculteurs et de colonies, une crise sanitaire majeure, une interprofession inexistante, une inquiétante réduction de la ressource alimentaire dans l’environnement… Le bilan des derniers quinquennats laisse un goût amer aux apiculteurs et à l’ensemble d’une filière qui se sent abandonnée. « Pourtant, on n’a jamais autant parlé des abeilles qu’au cours de ces dernières années » observe Philippe Lecompte, apiculteur bio et Président fondateur du Réseau Biodiversité pour les Abeilles. « Alors que s’ouvre une nouvelle ère politique, il est essentiel de ne pas reproduire les mêmes erreurs. L’enjeu est clair : sauver la filière apicole et maintenir le service de la pollinisation dans l’hexagone ».

Une politique ambitieuse

Évaluée à 153 milliards d’euros dans le monde, la pollinisation assurée par les abeilles domestiques a en réalité une valeur inestimable. Outre l’assurance d’une alimentation diversifiée, la pollinisation permet de maintenir vivant et de transmettre de génération en génération le patrimoine naturel qu’est la diversité biologique. Si l’opinion publique associe généralement le malheur des abeilles à l’utilisation d’insecticides, il ne faut pas se tromper de priorité. Le Varroa, petit parasite qui affaiblit l’abeille en pompant son hémolymphe et en inoculant des virus, est bien l’ennemi numéro un des abeilles. Or en France, moins d’une ruche sur deux est convenablement soignée. Il faut accompagner davantage les apiculteurs et encourager le développement des luttes collectives. Des ruches non traitées peuvent se transformer en véritables foyers de contamination aux conséquences dramatiques pour l’ensemble des pollinisateurs. Il faut donc faire les bons choix dans la répartition des budgets de recherche afin de répondre au mieux aux besoins réels des apiculteurs sur le terrain. Concrètement, la recherche publique doit se pencher sur les menaces qui pèsent aujourd’hui sur nos ruchers : Varroa, Nosema ceranae, Aethina tumida, Vespa velutina mais aussi les pathologies et virus. Nous devons mieux connaître la biologie de l’abeille et de ces différents parasites pour améliorer les stratégies de lutte afin de faire baisser la mortalité des abeilles. Il faut aussi renforcer nos connaissances sur les pollinisateurs sauvages et sur les synergies et concurrences qui existent avec les abeilles domestiques.

 

Faire une fleur aux abeilles

Si cela semble une évidence, il ne peut y avoir de filière apicole durable sans ressource alimentaire pour les abeilles. Or, les butineuses ne peuvent trouver de pollen ni de nectar sans fleurs. Ce sont les agriculteurs qui offrent le plus de ressources aux abeilles. De nombreuses cultures oléo-protéagineuses sont indispensables à l’équilibre de l’apiculture française. C’est pourquoi le Réseau Biodiversité pour les Abeilles tire la sonnette d’alarme depuis quelques années devant la baisse tendancielle des surfaces de tournesol. Confrontés au changement climatique, à des impasses techniques et à des espèces invasives comme l’orobanche ou l’ambroisie, les agriculteurs doivent pouvoir compter sur les pouvoirs publics pour faire du maintien et du développement des cultures mellifères un objectif majeur. Toutes les innovations agronomiques, techniques et variétales dans ce domaine doivent être mobilisées et encouragées. « Nous n’avons pas le choix. Il faut impérativement que les pouvoirs publics fassent le choix de faciliter le gagnant-gagnant entre apiculteurs et agriculteurs » souligne Philippe Lecompte. Lors de la dernière Bee Week à Bruxelles, on a pu constater un nouveau consensus des scientifiques sur le lien étroit entre alimentation de qualité et santé des abeilles.

 

L’Europe au chevet des abeilles

Compte tenu de l’impact de la Politique Agricole Commune sur la ressource à disposition des abeilles dans l’environnement, il faut agir de manière coordonnée au niveau communautaire. Alors que la dernière PAC a fait disparaître les mesures incitatives en faveur des jachères apicoles, le Réseau Biodiversité pour les Abeilles appelle les États membres, dont la France, à soutenir sa réintroduction dans le cadre de l’Omnibus, ensemble de mesures visant à corriger quelques erreurs de la PAC à compter du 1er janvier 2018. Cet enjeu majeur était au cœur des débats lors de la Bee Week. Pour Philippe Lecompte, pionnier de la démarche des jachères apicoles, « la présence de ces oasis de biodiversité sur 0,5 % de la zone de butinage des abeilles assure en moyenne les 2/3 de leur alimentation : c’est énorme. Il faut développer ces garde-manger pour abeilles ».

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