L'Avenir Agricole et Rural 30 avril 2009 à 13h56 | Par F.Thevenin

ANCIENS EXPLOITANTS - QUEL CLIMAT POUR QUELLES CULTURES DANS LES ANNÉES A VENIR ?

Lors de la dernière réunion des anciens exploitants de la FDSEA, le thème central des discussions a été les progrès de l'agriculture sur 50 ans et le devenir des productions agricoles dans les décennies à venir. Le tout en présence de Marc Benoît, chercheur à l'Inra.

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D'après Marc Benoît, aucune autre génération que celle des grands-parents actuels n'aura connu un tel bouleversement climatique. Leur expérience est unique et ils n'en ont pas forcément conscience...
Et effectivement, dans un passé récent, le climat a changé. Les températures minimales ont clairement augmenté en gagnant 1,4° de 1900 à 2000 dans l'ouest de la France. En Haute-Marne, cette augmentation est plus modérée avec une hausse de 1° des températures minimales annuelles. Quant aux températures maximales, elles sont en légère progression dans les Alpes et stables en Haute-Marne.
De ce fait, en conjuguant températures minimales et températures maximales, la température moyenne en France a progressé en un siècle. En fait, « les nuits sont plus douces et les jours ne sont pas plus chauds » avec une température minimale moyenne à 10° et une température maximale moyenne à 20°.
D'après les relevés de l'Inra, l'augmentation constante et légère de la température moyenne s'explique tout simplement par l'effondrement des jours de gel. Au début du XXe siècle, il fallait compter sur 120 jours de gel par an alors qu'au début du XXIe (sauf en 2008/2009), il n'y en a plus que 60 ! En fait, aujourd'hui, l'hiver de Mirecourt est celui de Lyon en 1950. Pour retrouver celui de Mirecourt, il faut se rendre à Copenhague...

Et après ?

A partir de forages dans les glaces qui mesurent la présence de CO2 dans l'atmosphère depuis de nombreux siècles, il apparaît que, selon les chercheurs, cette tendance n'est pas prête de cesser si rien n'est fait. Du coup, le vécu de 2003 sera l'année moyenne de 2 050 et, en 2100, 2 003 apparaîtra comme une année froide.
Côté précipitation, en 2050, les hivers et les printemps recevront autant de pluies qu'aujourd'hui. Par contre, en été, la baisse serait de 50 mm et en automne, elle serait de 30 mm. Pour le nord de la France, cette évolution n'est pas dramatique à l'exception des maïs qu'il faudra irriguer comme dans le sud ouest. Par contre, le sud est et le sud ouest verront leur agriculture disparaître à moins de trouver de nouvelles espèces ou de nouvelles cultures moins exigeantes en eau.
Problème : pour inverser la tendance, il faut agir tout de suite et patienter pour que les effets se fassent sentit. Par exemple, le CO2 reste de 50 à 200 ans dans l'atmosphère. Le méthane issu des animaux et de la combustion reste 12 à 17 ans dans l'atmosphère et le protoxyde d'azote issu de l'ammonitrate et des marais reste 120 ans dans l'atmosphère. D'ailleurs, ce protoxyde d'azote est de plus en plus important dans sa contribution à l'effet de serre.

Influence sur les sols

La hausse des températures et la hausse de la teneur en CO2 et en protoxyde dans l'atmosphère n'ont pas que des effets négatifs... Les plantes en bénéficient largement. Les sols produisent de plus en plus de nitrates de manière naturellement. Du coup, les racines se développent mieux et les rendements progressent.
Les sols plus doux permettent également aux bactéries de mieux fonctionner, de mieux consommer les matières organiques et de mieux les transformer en nitrate.
Dans l'avenir, l'objectif des agriculteurs sera donc de gérer leurs sols en y maintenant la teneur en CO2. Par contre, ils devront veiller aux émissions dans l'atmosphère.
A noter que cette bonne influence du CO2 est clairement observable sur les forêts puisque la productivité des hêtres a été multipliée par deux en 50 ans. La croissance radiale le prouve... Par contre, à l'inverse, l'augmentation des températures pose d'autres problèmes car elle est la raison des tempêtes qui déciment les forêts. En une nuit, 7 % de la biomasse française peut disparaître. Si ce phénomène se produit tous les dix ans, la forêt française pourrait disparaître.

Influence sur les cultures

Ces changements sont clairement observables sur les différentes cultures pratiquées en France. Par exemple, la date de floraison des vignes, à Bordeaux, est passée du 13 juin en 1970 au 24 mai en 2000. A Colmar, elle est passée du 3 juillet au 23 juin. Pour les vignerons, les conduites culturales se sont donc profondément modifiées avec des vendanges qui ont été avancées de 20 jours en moyenne.
Pour les cultures annuelles, les observations mènent au même constat. La date de semis du maïs a avancé de deux mois sachant que les agriculteurs décident du semis en fonction du temps et de l'espoir du temps. A noter que les récoltes sont de plus en plus précoces avec des variétés plus tardives.
Ces modifications ont permis de modifier les sessions de culture avec la possibilité, pour ceux qui le désirent, de mettre du blé après le maïs. Justement, en blé, auparavant, le semis et la récolte étaient associés aux vacances scolaires. Aujourd'hui, le décalage est de trois semaines et lorsque la moisson a lieu, les écoliers et collégiens sont à peine en vacances.
Il est à noter que cette tendance observée sur les vignes et les cultures annuelles est moins probante sur les prairies permanentes. Le décalage n'est que d'une semaine et s'explique, sans doute, par l'évolution des flores de prairie.

Les productions comparées entre 1950 et 2000

 

En 1950, en Haute-Marne, 27 000 hectares de blé étaient cultivés avec un rendement moyen de 20 q/ha. En 2000, la surface de blé était de 63 000 hectares pour un rendement moyen de 67 quintaux. En fait, la production de blé a été multipliée par 10 en 50 ans !
En orge d'hiver, l'augmentation du volume n'est « que » de 4. La superficie est passée de 29 000 ha en 1950 à 47 000 en 2000 quand les rendements sont passés de 22 à 60.
Le plus spectaculaire est sans doute le colza avec les 1 000 hectares cultivés en 1950 avec un rendement moyen de 15 quintaux par ha et les 44 000 hectares en 2000 avec un rendement de 31 quintaux. Le volume a donc été multiplié par 100 ! Qui dit mieux...
En maïs, l'évolution n'est pas moins significative avec 0 hectare en 1950 pour 21 000 en 2000 dont 18 000 en ensilage et 3 000 en grain. Autre originalité : la surface en vigne est passée de 15 800 hectares en 1 850 à 90 hectares en 2000...
Côté élevage, l'évolution est également significative avec des gains de productivité impressionnants. Par exemple, en 1950, la Haute-Marne comptabilisait 88 000 vaches laitières avec une moyenne de production à 2 700 kg. En 2000, les VL ne sont plus que 46 000 avec une moyenne à 6 000 kg. Dans le même temps, le volume global de lait haut-marnais est passé de 240 millions de litres à 260.
Dans l'ensemble, le gain de productivité, entre 1950 et 2000, a été multiplié par 20 ou 25. Evidemment, dans le même temps, le nombre d'exploitations est passé de 11 000 en 1950 à 2 000 en 2 000 et à 1 700 en 2009...

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