L'Avenir Agricole et Rural 20 décembre 2007 à 00h00 | Par F.Thevenin

ANCIENS EXPLOITANTS - DEUX HEURES EN AFRIQUE

Pour le dernier rendez-vous trimestriel de l’année, Jacky Minot a proposé le thème de la coopération humanitaire avec l’Afrique. L’ACCIR et Paul Bordel ont livré des témoignages « réchauffants » sur le Sénégal.

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Un verger d’arbres à fruits exotiques occupe aujourd’hui ce terrain qui a été défriché en 2000 avec le tracteur offert par Paul Bordel.
Un verger d’arbres à fruits exotiques occupe aujourd’hui ce terrain qui a été défriché en 2000 avec le tracteur offert par Paul Bordel. - © PAUL BORDEL
Alain Herbinet et Stéphane Mongès, Président et Animateur de l’ACCIR (Association Champenoise de Coopération Inter-régionale) se sont déplacés pour présenter leur association qui œuvre en Afrique de l’Ouest depuis près de 40 années. Cette structure, qui a son siège à Châlons est née dans les années 60 de la volonté de quelques agriculteurs marnais de venir en aide au Burkina Faso. L’ACCIR agit exclusivement en milieu rural, de manière durable et en soutenant les initiatives paysannes africaines. « Nous ne faisons pas de projet coup de vent » rappelle Alain Herbinet pour bien positionner son association par rapport aux actions fortement médiatisées de quelques grandes ONG (Organisations Non Gouvernementales) qui font néanmoins un travail remarquable.

3 programmes en cours
L’ACCIR est en effet présente dans la durée. « Il faut compter au moins une dizaine d’années pour finaliser une action de développement » précise Stéphane Mongès qui œuvre dans l’humanitaire depuis longtemps. C’est ainsi que l’association est présente au Burkina Faso depuis 1968, au Mali depuis 1976 et au Sénégal depuis 1981.
« Contrairement à certaines idées reçues, les africains sont courageux, leurs conditions de travail sont difficiles, (la terre est basse et le soleil est chaud !) ; ils manquent malheureusement d’organisation pour bien valoriser leurs efforts » commente lucidement et passionnément Stéphane Mongès. L’ACCIR vient donc en appui de tous les projets structurants. C’est une vraie coopération (cf les 3 projets en encadré).

Un financement original
L’ACCIR compte aujourd’hui 2 000 adhérents dont une quarantaine seulement en Haute Marne. Le financement est principalement assuré par le 1/1 000ème des livraisons prélevé, avec l’accord de leur adhérent, par les coopératives céréalières. Les fondateurs avaient en effet expliqué à l’époque qu’en réglant mieux la moissonneuse-batteuse on pouvait aisément faire une économie de 6 à 7 kg/ha.
L’ACCIR compte aussi beaucoup sur les cotisations directes (30 euros/an) et les échanges avec les paysans des deux continents.
Jacky Minot, au nom de la SDAE, a ainsi remis un chèque de 150 euros et plusieurs participants ont souscrit une adhésion.
Après plusieurs années de présence discrète en Haute Marne, l’ACCIR a fait un retour très apprécié. Il y a fort à parier que ce ne sera pas, là non plus, une opération « coup de vent ». La FDSEA 52 entend nouer des liens plus suivis avec cette association, car des échanges sont toujours source de richesse !

Paul Bordel est allé
au bout de son projet
Paul Bordel dès sa cession d’activité a voulu mettre en application une action que lui avait inspirée sa mobilisation militaire en Algérie lorsqu’il a été confronté à la situation de colonisation qui l’avait à l’époque fortement impressionné. Il s’était juré de revenir un jour aider le peuple africain à s’affranchir et se développer. En suivant sa fille dans une activité professionnelle au Sénégal, il a eu l’occasion de réaliser son projet après avoir pris contact avec un curé missionnaire en place sur la paroisse de Nianing, dans la région de Dakar, l’abbé Simon.
Aujourd’hui Paul Bordel cherche à pérenniser son projet et surtout à maintenir en état de marche le tracteur. Il concède que l’absence de permanence sur le terrain rend difficile le suivi du développement ; mais lors d’un voyage récent il a pu constater avec satisfaction que son tracteur avait été pris en charge par une institution religieuse exploitant une soixantaine d’hectares.
Paul Bordel a aussi des attaches touristiques avec le Dakar, car il a investi dans une petite résidence, mais il visite avec toujours beaucoup d’émotion et de reconnaissance réciproque les zones rurales dans lesquelles il a modestement contribué à la promotion des hommes et des femmes. Il confie cependant que ces peuples subissent malheureusement aujourd’hui un sentiment de misère par rapport à la présence ostentatoire de richesses dans certaines zones côtières sur les médias qui arrosent le pays dans ses espaces les plus reculés.
Cette sollicitation crée de nombreuses frustrations notamment dans les jeunes qui cherchent à sortir coûte que coûte du pays pour vivre comme les autres citoyens du monde.
Ces réflexions sur les distorsions de qualité de vie entre l’Europe et l’Afrique ont été corroborées par la présentation de l’IDH (indice de développement humain) qui mesure en quelque sortela qualité de vie en intégrant la santé /longévité, le niveau d’éducation et le niveau de vie. Dans ce classement, le Sénégal est 157ème sur les 177 pays que compte l’ONU ; la France est 12ème. Si on compte la qualité et la diversité de notre gastronomie, nous mériterions encore une meilleure place. Pendant les 2 heures de ce témoignage, l’auditoire des anciens exploitants a été transporté dans un autre monde qui fait aussi partie de notre planète et de l’actualité et pour lequel chacun peut apporter sa petite part de solidarité, ne serait-ce que moralement.

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