L'Avenir Agricole et Rural 06 novembre 2014 à 08h00 | Par L'Avenir Agricole et Rural

AMÉNAGEMENT FONCIER : Drainer pour assainir

Le drainage est une technique ancestrale. Présentant de nombreux bénéfices agronomiques, elle est cependant encadrée de façon stricte par le code de l’environnement.

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La sous-soleuse guidée au laser permet de réaliser les tranchées et de poser les drains simultanément.
La sous-soleuse guidée au laser permet de réaliser les tranchées et de poser les drains simultanément. - © Estelle Dauphin

Drainer consiste à favoriser l’écoulement de l’eau dans des parcelles hydromorphes par la pose de drains en profondeur. Le drainage d’une parcelle implique la réalisation préalable d’une étude de sol et d’un relevé topographique, qui vont permettre de déterminer les modalités techniques de réalisation (écartement des drains, collecteurs...) et l’identification de zones humides éventuelles. Les premiers drainages datent de l’époque gallo-romaine. Ils étaient alors réalisés en poterie.

 

Visite de chantier

La SARL TP Drainage, anciennement Pirolley, propose une démonstration sur un chantier de drainage situé à proximité de Chalindrey, sur deux parcelles argileuses de quatre hectares.

L’entreprise est basée à Châteauvillain et rayonne sur la Haute-Marne et les départements limitrophes. Elle a été reprise par un des conducteurs d’engin et compte six salariés. Elle est équipée de deux sous-soleuses et de deux pelles mécaniques. Deux chantiers peuvent ainsi être menés en parallèle. Trois personnes sont nécessaires pour mener à bien un chantier de drainage ; le conducteur de la sous-soleuse réalise les tranchées et la pose des drains avec l’aide d’un « suiveur », qui aide au bon positionnement du drain dans la tranchée. Un chauffeur à bord d’une pelle prépare les raccordements de chaque drain au collecteur ainsi que l’aménagement des fossés et des bacs de décantation, si nécessaire.

Les drains d’un diamètre de 50 mm sont répartis uniformément sur la parcelle à une distance de dix mètres les uns des autres. Leur orientation s’effectue en fonction du point le plus bas sur la parcelle. Celui-ci est obtenu à partir d’un relevé topographique. De plus, la sous-soleuse est reliée à un boîtier laser afin d’ajuster en permanence la profondeur du drain.

Les drains sont reliés à un drain collecteur de diamètre 100 mm, positionné sur toute la circonférence de la parcelle. Les deux parcelles à drainer étant séparées par un rideau d’arbre, il est nécessaire de poser également un drain « de garde » (diamètre 65 mm) autour du drain collecteur. Il sera au fil du temps colonisé par l’enchevêtrement racinaire et protégera de fait le drain collecteur.

 

Des bénéfices agronomiques à la clé

Les travaux de drainage constituent un investissement conséquent : il faut compter entre 1500 et 2000 Ä de l’hectare. Cette opération apporte des bénéfices agronomiques reconnus :

- en limitant les conditions d’hydromorphie favorables à certains pathogènes comme le piétin verse, elle permet de réduire l’utilisation de fongicides,

- elle améliore l’efficacité de l’azote ; le drainage des parcelles agricoles permet d’éviter les conditions d’hydromorphie défavorables à l’activité des bactéries impliquées dans la nitrification (Nitrosomonas et Nitrobacter).

- elle maintient la structure en évitant une hydromorphie entraînant la compaction des sols

- elle améliore l’autonomie en eau de la parcelle, par un meilleur enracinement des plantes.

Il existe cependant certaines restrictions au niveau des choix culturaux qui suivent un aménagement de drainage : le colza et la luzerne, dont le chevelu racinaire profond pénètre à l’intérieur des drains. Noël Chalumeau, Président de l’Association Nationale pour le Drainage Hydraulique Agricole Responsable (ANDHAR), affirme cependant qu’il est possible de cultiver du colza, à condition que les drains soient parfaitement posés et que l’agriculteur prenne soin d’éliminer les repousses de colza après moisson. Le chevelu de la culture récoltée doit s’éliminer naturellement par les drains au cours de la saison de drainage.

 

Un sujet sensible

Le drainage est un sujet sensible actuellement. D’ailleurs, le propriétaire exploitant des parcelles en travaux n’a pas souhaité témoigner dans nos colonnes.

Le code de l’environnement (article R214-1) impose la déclaration des projets de drainage à partir d’une surface drainée cumulée de 20 ha et soumet la réalisation des projets à autorisation à partir de 100 ha par unité hydrographique. Ces surfaces sont ramenées à 0,1 ha pour déclaration et 1 ha pour autorisation en zone humide. Suite à des litiges, la profession agricole réclame une clarification de la définition des zones humides, qui prenne en compte la présence de plantes hydromorphes ainsi que la présence d’eau de surface en permanence.

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