L'Avenir Agricole et Rural 22 décembre 2011 à 12h35 | Par E. DAUPHIN

AGROMATERIAUX - Le chanvre, dans l’air du temps

Le CETIOM a organisé une rencontre technique régionale à la Maison de l’Agriculture de Chaumont sur le thème du chanvre. Peu répandue, cette culture présente des atouts environnementaux et des usages en pleine expansion.

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Parmi les filières émergentes, celle des agro-matériaux incorporés dans l’industrie et le BTP est en plein développement. Peugeot, à titre d’exemple s’est engagé à utiliser une part de matériaux recyclables de 30% pour chacun de ses véhicules. La chènevotte, paille du chanvre, détient de nombreux atouts pour se positionner, mais le choix de cette tête d’assolement reste liée au cours du colza et du tournesol.

Débouchés commerciaux

Les débouchés commerciaux de cette culture sont en pleine expansion pour chacune de ses composantes. Les fibres corticales sont utilisées pour produire de la laine de chanvre isolante, en plasturgie afin d’alléger les matériaux, et historiquement pour la papeterie haut de gamme (papier à cigarette, filtres à café)

La Chènevotte, qui constitue l’écorce de la tige, est utilisée pour réaliser de la litière haut de gamme et plus récemment intégrée à de la chaux pour réaliser du béton de chanvre, intégré à la construction de bâtiments à haute qualité environnementale. La graine de chanvre, appelée chènevis, est destinée à l’oisellerie et dans une moindre mesure à la trituration pour l’alimentation humaine.

Actuellement, la mise en culture, malgré un intérêt agronomique avéré, est conditionné par l’attractivité des débouchés commerciaux, comparé à ceux des cultures de vente classique. D’après Sylvestre Bertucelli de l’interprofession du chanvre, cette culture perd de son attractivité dès lors que le cours du tournesol dépasse 350 euros/tonne. La tonne de paille de chanvre est actuellement rémunérée 110 €/tonne, bord de champ par les industriels. Le chènevis est rémunéré 250 à 300 €/tonne et indexée sur le cours des oléagineux. La FNPC réalise actuellement un travail de lobbyisme auprès de la Commission Européenne afin que le chanvre soit inclut dans les 7% de culture environnementale et bénéficie ainsi d’un rééquilibrage dans la PAC post-2013.

Une filière qui appartient aux producteurs

La Fédération Nationale des Producteurs de Chanvre, basée au Mans, existe depuis 1932. Cette culture était dédiée à l’origine à l’industrie du textile, jusque dans les années 50. Puis la production s’est orientée vers l’industrie papetière spécialisée. Ce changement de destination a impliqué une évolution variétale, toujours sous contrôle des agriculteurs producteurs, qui créent la Coopérative Centrale des Producteurs de semences de Chanvre. Dès les années soixante, la recherche porte sur des variétés à caractère monoïques1, facilitant la mécanisation de la récolte et la production de semence, la précocité au semis, la richesse en fibres et la teneur en THC (∆9 tétrahydrocannabinol).

Produire de la semence localement, qui réponde aux normes législatives, s’est rapidement avéré être un enjeu stratégique pour la filière afin de ne pas dépendre d’un obtenteur à l’étranger. En effet, l’amalgame est souvent fait entre le chanvre à fibre son cousin, le «cannabis sativa indica», cultivé en Hollande et au Maroc pour ses «vertus» psychotrope. Selon les variétés, la teneur en THC diffère. La législation française impose un seuil de 0,2% (contre 5% aux Pays Bas).

La France se positionne en leader européen sur la culture du chanvre. Le pays détient en effet 50% de la production européenne mais seul un ha/3000 est dédié à cette culture. L’Aube est un département pilote avec une sole de 1600 à 4000 ha cultivée, grâce à la présence de la chanvrière de l’Aube, qui transforme la production.

Le chanvre est à l’origine une plante dioïque. La sélection variétale a permis de créer des espèces monoïque c’est à dire des plantes possédant des fleurs des deux sexes, comme la quasi-totalité des espèces végétales, afin d’obtenir une homogénéité dans les stades végétatifs lors de la récolte

Des atouts environnementaux à valoriser

L’intérêt environnemental de cette culture est avéré, aussi bien au niveau de la conduite de la culture, de son impact sur les milieux naturels que de l’utilisation qui en est faite.

Peu consommatrice d’intrants, cette culture de printemps au pouvoir hautement couvrant ne nécessite ni fongicide, ni herbicide. Le seul adventice connu à ce jour est l’orobanche rameuse, qui se fixe sur les racines (également parasite du colza et du tournesol). Les besoins en azote sont minimes, de l’ordre de 70 unités en phase de démarrage. La plante capte les nitrates, il n’y a pas d’effet de lessivage de la matière active dans le sol.

C’est une très bonne tête d’assolement qui permet d’allonger la rotation et de rompre le cycle des adventices. L’activité racinaire permet une fissuration et un ameublissement du sol. Sur le plan de la biodiversité, les recherches menées en Allemagne démontrent que cette culture constitue un habitat de choix pour les arthropodes, des insectes en voie de disparition.

Son fort potentiel en biomasse en fait une véritable usine à cellulose et lignocellulose, entrant dans la production de carburants de deuxième génération. Les rendements annoncés par la FNPC seraient de l’ordre de 20 tonnes de MS/ha à 16% d’humidité. L’incorporation de cette biomasse dans la construction et la plasturgie en fait un véritable piège à CO2. A titre d’exemple, un pavillon réalisé en béton de chanvre séquestrerait cinq tonnes de carbone, soit l’équivalent des émissions d’une voiture qui parcourrait 35 000 km.

Conduite de culture

Le chanvre s’adapte potentiellement à tous les territoires européens. Le rendement en biomasse de la plante est directement lié au stade de pleine floraison qui met un terme à sa croissance dès que la fécondation est terminée. L’objectif est donc d’allonger au maximum son cycle végétatif en semant le plus tôt possible, vers avril-mai. Nos régions permettent une récolte « mixte », c’est à dire en deux temps. La récolte des graines de chènevis se fait au mois d’août et les pailles sont fauchées en septembre. Les andains subissent une période de «rouissage» avant d’être pressés en balles rondes.

Le rythme de croissance de la plante est influencé par deux facteurs : le cumul des températures et le photopériodisme ; la durée des nuits impacte directement le rythme de la floraison, on appelle ce phénomène le «nyctopériodisme», c’est pourquoi la latitude joue un rôle déterminant sur le résultat. Plus les nuits sont courtes, comme c’est le cas dans le nord de la France, plus la floraison est retardée.

Jean-Michel Dubois, technicien conseil en Productions Végétales à la Chambre d’Agriculture

 


La Haute-Marne et le chanvre, une histoire qui ne date pas d’hier ?

J’ai été embauché en 1983. A l’époque, le Président de l’APVA était Bernard Geoffroy, un agriculteur qui a également été président de la Chanvrière de l’Aube. Le chanvre était alors répandu et on a beaucoup travaillé sur ce thème avec François Contat. Cette culture de printemps est peu exigeante en intrants, elle est tout à fait adaptée à nos sols et permet d’allonger les rotations.

Pourquoi sa disparition ?

La production était rémunérée par une prime à l’hectare conséquente, qui a disparut. Les rendements annoncés lors de la réunion du CETIOM par la FNPC ne sont pas les mêmes que chez nous ; le rendement en paille est plutôt de l’ordre de 10t/ha et en chènevis de cinq à dix quintaux. La chanvrière de l’Aube n’ayant pas de capacité de stockage suffisante, les agriculteurs devaient stocker leur production. Il reste malgré tout quelques agriculteurs haut-marnais, convaincus par l’intérêt agronomique du chanvre qui continuent à en planter. Néanmoins, on manque aujourd’hui de repères économiques à l’heure actuelle pour que cette culture prenne un véritable essors.

Dans quel cadre préconiser la culture du chanvre ?

L’inconvénient de cette plante est que la période de récolte en deux temps coïncide avec le pic de travaux saisonniers, c’est pourquoi peu de grandes exploitations se lancent dans l’aventure. Elle peut néanmoins constituer une diversification pour des petites exploitations.

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