Biomasse agricole, quelles perspectives ?
Les estimations réalisées en Champagne Ardenne montrent que les reliquats de paille disponibles pour un usage non alimentaire, après utilisation en élevage, est seulement de 400 000 tonnes sur 2 400 000 tonnes au total, alors que les projets industriels de cogénération sont appelés à se développer sur le territoire. Le programme d’expérimentation LIDEA lancé en 2007 sur la Champagne Ardenne et la Picardie étudie la possibilité d’introduire des cultures lignocellulosiques dans les exploitations agricoles afin de compléter l’offre en biomasse dans une perspective de développement durable.
•Le programme LIDE
Les essais ont porté sur plusieurs variétés de saule, de miscanthus et de switchgrass afin d’identifier les espèces les plus adaptés aux sols argilo-calcaires de nos régions. L’année 2007 est consacrée à la plantation de ces cultures pérennes sur une vingtaine d’années, avec un rendement constant à partir de la quatrième année qui peut, en théorie, atteindre 20 tonnes de matière sèche à l’hectare (MS/ha). En Haute-Marne, quatre plateformes d’essais sont réalisées : implantation de saules sur une prairie de bord de Marne à Riaucourt, en terres superficielles à Leschères /Blaiseron, en terres labourables à Fayl Billot et à Annonville. Ce dernier site a également accueilli un essai de miscanthus qui sera récolté cet hiver.
•Approche agronomique
Les expérimentations ont confirmé que ces plantes, quoi que peu exigeantes, expriment mieux leur potentiel en terres profondes que sur prairies ou dans des terres superficielles. Bien que nécessitant de l’eau, le miscanthus comme le saule n’aiment pas l’excès d’eau. Les plantations réalisées en zone inondables n’ont pas survécut.
En outre, même en terres profondes, le stress hydrique provoque des baisses de rendement. Ainsi la Chambre d’Agriculture de la Marne enregistre en 2010 un rendement de 25 tonnes de MS/ha en sortie d’hiver contre seulement 17 tonnes MS/ha en février 2011, du fait de la sècheresse et malgré l’implantation en sol profond.
Le miscanthus, plante hybride stérile à rhizome non invasif, génère de faibles exportations de matières fertilisantes : 10 unités de phosphore et 80 unités d’azote pour un rendement annuel de 20 tonnes de MS/ha sans apports. De plus, la culture très couvrante en rythme de croisière évite un lessivage de l’azote dans la nappe phréatique. La concentration en nitrates sous une culture de miscanthus est inférieure à la norme de 50 mg/litre.
La plantation des rhizomes de miscanthus s’effectue à une densité de 10 000 à 20 000 pieds/ha à une profondeur de 15 cm sur un sol propre et ameubli en profondeur. Ensuite, l’étape clé pour un bon développement de la culture est le désherbage de la parcelle pendant la première année avant récolte. Celui-ci peut être réalisé par une combinaison de méthodes chimiques (glyphosate en sortie d’hiver avant l’apparition des premiers bourgeons) et mécaniques (herse étrille et bineuse en inter-rang).
•Approche économique
La rentabilité des TTCR est conditionnée par les débouchés. D’après ARD, la valorisation du saule en terme de biocarburant est écartée du fait de la dégradation enzymatique inférieur à celle de la betterave. Il reste des possibilités de valorisation sous forme d’agromatériaux (litières, isolant, agroplastique...) et de plaquettes combustibles, à condition que la parcelle soit située dans un rayon de 70 km de combustion.
Les coûts sont essentiellement liés à la plantation, au stockage et aux charges de mécanisation pour la récolte. A terme, les cultures énergétiques, en raison de leur faibles besoins en intrants pourraient être privilégiées en tête de bassins versants, dans les zones Natura 2000 ou encore en tant que « phytoremédiation » pour les eaux en sortie de station d’épuration.
Actuellement, les TTCR sont admissibles à la PAC et permettent donc d’activer un DPU « autres cultures » mais ne sont pas autorisés ni sur les BCAE ni en SET.
TÉMOIGNAGE
Philippe Bejot, chargéde mission
à Bourgogne Pellets
Les anciens betteraviers de la SICA Sécopulpe ont décidé de reconvertir leur outil industriel basé à Aiserey près de Dijon, rebaptisé « Bourgogne Pellets », en développant la culture locale de TTCR, la granulation de biomasse et en organisant sa distribution dans un périmètre de cent kilomètres.
A ce jour, une centaine de producteurs ont fait le pari d’engager 388 ha en miscanthus et 277 ha de switchgrass aux cotés de Bourgogne Pellets. La filière en plein essor permet à la société de proposer aux agriculteurs des contrats de quinze ans avec un prix minimum garanti de 70 euros par tonne de matière sèche au départ de la ferme, soit le prix de l’énergie.
Pour être rentable, il faut exploiter au maximum le potentiel de rendement de la plante qui peut aller jusqu’à 20 tonnes de MS/Ha afin de réduire les charges de mécanisation et de transport. « Le rendement se fait au nombre de tiges et en fonction de leur hauteur » explique Philippe Bejot. Pour cela, l’implantation doit se faire à une densité de 20 000 rhizomes/ha en début de printemps. Durant vingt quatre mois, le désherbage devra être rigoureux pour ne pas concurrencer les boutures. Les feuilles forment ensuite un dense paillis au sol qui évite de désherber.
Coté ravageurs, le taupin est à redouter, ainsi que le gibier (lapins, chevreuils).
La récolte intervient en deuxième année en sortie d’hiver à l’aide d’une ensileuse à maïs adaptée aux roseaux qui permet de faucher un ha/heure. Il faut que le sol soit suffisamment portant. La production est laissés en andains dans le champ. Puis le soleil, le vent et la pluie se chargent de la déshydratation ; fauché à 50% d’humidité en février, on revient presser fin mars à 15% d’humidité à une densité de 120 kg/m3. Les bottes rondes s’avèrent moins intéressantes que les bottes carrées en terme de coût de transport, c’est pourquoi elles sont privilégiées.
La société Bourgogne Pellets apporte son appui dans l’implantation et dans le conseil technique cultural. Son objectif est d’atteindre 1000 ha de cultures dédiées en 2013 dans un périmètre de 70 km autour d’Aiserey.
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