L'Avenir Agricole et Rural 22 août 2013 à 09h52 | Par E. Dauphin

AGRI’NOVATEURS - Deux techniques de semis innovantes

Que serait la théorie sans une once de pratique ? Deux polyculteurs éleveurs reviennent sur leurs expériences agronomiques.

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La parcelle de blé de la variété précoce Goncourt que vient de récolter Xavier, un jeune agriculteur de Richebourg, lui apporte pleinement satisfaction.
La parcelle de blé de la variété précoce Goncourt que vient de récolter Xavier, un jeune agriculteur de Richebourg, lui apporte pleinement satisfaction. - © E.D.

Ca phosphore à la Ferme d’Orsoy

Jean-Marie Petini fait partie des associés du GAEC des Charrières à Esnouveaux. Il ne laboure plus depuis douze ans et travaille son sol superficiellement, sauf avant l’implantation de colza qui nécessite un travail du sol à 15 cm afin de permettre au système racinaire de se développer dans de bonnes conditions. Grâce à l’abandon de labour, il a vu son sol s’assombrir et gagner en matière organique. Pour maîtriser le salissement des parcelles les plus infestées, il souhaite réintégrer de la luzerne en prairie temporaire. Les analyses de terre révèlent chez lui un déficit en phosphore. Il a donc choisi d’apporter du Super46 en localisé, grâce à un semoir Amazone Kayana à double trémie. En localisant cet élément, par nature peu mobile, directement sur la ligne de semi, il favorise la plante au détriment de l’interrang, tout en divisant par deux la quantité apportée. Le phosphore accélère le développement du système racinaire et donc la santé globale de la plante. Jean-Marie et ses associés débutent cette pratique il y a huit ans sur maïs, puis les évolutions technologiques leur permettent d’étendre cette pratique au colza, à l’orge de printemps et aux escourgeons.

 

L’année dernière, il n’a pas eu besoin de retourner d’orge d’hiver suite au gel et a même atteint un rendement inespéré de 65 quintaux/ha. C’est grâce à une erreur technique que l’agriculteur renforce sa conviction dans cette technique ; dans une parcelle située à Louvières, un passage de semoir qui n’avait pas bénéficié d’apport de phosphore a servi de témoin. Le déficit de croissance était impressionnant avec un écart de rendement estimé à 40 qx. Pour Jean-Marie, le premier apport d’azote au printemps a été valorisé par les colzas «phosphorés» grâce à leur pivot bien développé. Même constat en orges de printemps où la technique n’est pas encore aboutie dans les pointes de parcelles ; le retard végétatif peut atteindre quinze centimètres. Le rendement reste néanmoins flatteur, compte-tenu du contexte pédo-climatique, avec 85 quintaux/ha.

Jean-Marie va plus loin encore en baissant la densité de semi en colza. Il adopte un écartement de 35 cm, ce qui revient à ne semer qu’un rang sur deux, et il double l’apport de phosphore sur la ligne de semi, car le colza a des besoins importants en phosphore.

En terme de gestion de chantier, l’engrais est acheté en vrac et criblé afin d’éviter les agglomérats, puis transporté à la parcelle par chariot dans des containers de 1,5 tonne. «Le chargement de la trémie en engrais prend environ six minutes, il est plus rapide que le chargement de la trémie en semence qui elle, est conditionnée en big bag» explique Jean-Marie.

L’avenir appartient à la

modulation de dose

 

Pour s’adapter aux contraintes du Cinquième programme de la directive nitrates, qui limitera l’apport d’azote à la parcelle, Jean-Marie espère «alimenter» chaque zone selon son potentiel, afin d’optimiser l’utilisation de l’engrais par la plante et de limiter les risques de lessivage. L’hétérogénéité des potentiels de terre est une spécificité de notre département qui n’existe pas dans l’Aube ou dans la Marne et qui mérite de la recherche et du développement de la part des constructeurs. En effet, mettre en œuvre la modulation de dose à la parcelle passera nécessairement par une automatisation de l’épandage de matière active, à partir d’une cartographie de rendement. Des indicateurs de rendement en temps réel existent déjà sur les moissonneuses.

Mission accomplie pour Xavier, jeune agriculteur à Richebourg, sur une exploitation de polyculture élevage. La parcelle de blé de la variété précoce Goncourt qu’il vient de récolter lui apporte pleinement satisfaction : un rendement de 75 quintaux/ha, un PS de 75, de la protéine de 11,5 et une bonne récolte de paille (5 tonnes ha).

Il n’est pas peu fier de ce résultat, et pour cause, il lui a fallu une bonne dose de conviction pour sortir des «itinéraires battus». Se renseignant sur Internet, assistant aux réunions techniques et observant les pratiques innovantes d’un agriculteur voisin, Xavier a décidé de se lancer dans l’aventure du semi direct sous couvert sur une parcelle de blé de trente hectares (précédent colza) dans le but de restituer un maximum de matière organique au sol.

Itinéraire

Suite au dégât du gel de l’hiver 2011/2012, la parcelle de colza est salie lors de la récolte par une forte présence d’adventice. Il applique du glyphosate, broie la parcelle et travaille le sol avec deux passages de canadien sur six cm de profondeur. Un coup de rotative pour le nivellement, en combiné avec le semoir puis un passage de rouleau. Il implante un mélange de tournesol, pois, trèfle d’Alexandrie, trèfle incarnat. Il compte sur la synergie légumineuse / crucifère grâce aux repousses de colza, pour obtenir l’effet «bombe à azote» et sur le phosphore pompé par le tournesol pour apporter des éléments fertilisants au blé. De plus, il épand 12 tonnes/ha de fumier en dépôt au 25 septembre.

Malgré ses efforts, l’année n’est pas propice aux CIPAN et la production de biomasse est mitigée. La semaille de blé est réalisée par Alexandre Dormoy, agriculteur à Dancevoir, qui dispose d’un semoir Kuhn Faceliner à disques ouvreurs cranelés.

Elle a lieu en octobre dans des conditions très humides, à tel point que le rouleau FACA à l’avant du tracteur, destiné à découper le couvert, est relevé. Après le semis, Xavier s’inquiète du résultat, car la parcelle ressemble plutôt à un champ de bataille.

Il repasse du glyphosate quatre jours après le semi, contre les repousses d’advantices. Il remet 10 gr d’allié (antidycote) pour contrôler le géranium et finir d’éliminer les repousses de colza. Au printemps, un désherbage antigraminée est réalisé, il apporte 150 unités d’azote, et passe ensuite un fongicide et un régulateur comme pour un blé classique.

Malgré les conditions difficiles de ce coup d’essai, Xavier a pu constater un effet positif du couvert sur l’étouffement des advantices ainsi qu’une réduction du temps de travail au moment du semi. Il compte retenter l’expérience du couvert sur la même parcelle, avant l’implantation d’un maïs au printemps. Cette fois ce sera pour couvrir ses besoins fourragers avec un mélange avoine, vesce, pois.

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