L'Avenir Agricole et Rural 21 janvier 2010 à 17h14 | Par E.Dauphin

Actualités - Produire plus et mieux avec l’Agroforesterie

L’agroforesterie est une piste pour répondre aux exigences d’une agriculture «écologiquement intensive». A la Maison de la Forêt de Châtillon, l’association «Autour de la Terre» a organisé une projection sur ce thème.

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Une parcelle agroforestière de 100 ha permet de produire autant de biomasse qu’une parcelle de 140 ha composée de bois et de cultures séparées. C’est l’étonnante conclusion des études menées par le programme européen de recherche SAFE.

Un système qui ne date pas d’hier

L’agroforesterie n’a d’innovant que le nom, car c’est en réalité une pratique très ancienne dont on retrouve les traces dans l’antiquité romaine ; Noierais du Périgord, Truffières et lavandes dans la Drôme provençale, Oliviers dans les cultures de vigne et de blé dur, amandiers et pêchers dans les vignes d’autrefois...

L’agroforesterie a perduré sous certaines formes et on la retrouve sous certaines formes dans plusieurs régions de France : pré-vergers en Bretagne, en Normandie, en Lorraine et surtout autour du bassin méditerranéen où la présence d’arbre joue un rôle essentiel d’amortisseur contre la sécheresse et l’érosion des sols.

Mais d’une manière générale, les arbres ont disparut des surfaces agricoles à partir de la sortie de la seconde guerre mondiale. L’objectif alors assigné à l’agriculture était l’intensification de la production à partir des progrès techniques, génétiques et mécaniques. L’arbre, devenu un frein à la mécanisation disparaît et perd son rôle de fertilisant et de pourvoyeur d’énergie, au profit de l’artificialisation des systèmes culturaux reposant sur l’exploitation du pétrole et de ses dérivés.

Le concept de l’agroforesterie consiste à réintégrer l’arbre de façon adaptée aux conditions modernes de cultures.

Entre arbres et cultures, l’accord parfait

Les premières recherches en agroforesterie ont débuté dans les années 90. A l’époque, les forestiers ne pensaient pas qu’il soit possible de faire du bois d’œuvre en plein champ en invoquant les problèmes de compétition, d’herbicides… En fait, il s’avère que les arbre poussent mieux et plus vite quand ils sont dans les cultures et ce pour plusieurs raisons.

Plantés en lignes orientées nord – sud, ils ne se concurrencent pas pour la lumière ce qui améliore leur croissance. Mais l’essentiel se passe sous terre ; le travail superficiel des cultures oblige les racines à aller plus profondément dans le sol puiser l’eau et les éléments minéraux inemployés. Les racines qui courent sous les cultures captent les résidus d’azote avant qu’ils n’atteignent la nappe phréatique, ce qui est particulièrement intéressant pour les bassins versants, et la protection de points des captages. En agroforesterie, les arbres sont verts plus longtemps en automne et résistent mieux aux intempéries qu’en pleine forêt. Lors de la sècheresse de 2003, par exemple, les arbres agroforestiers n’ont pas perdu leurs feuilles comme ça a été le cas en pleine forêt.

L’arbre modifie en profondeur le milieu dans lequel il est implanté, de par les externalités qu’il crée. Grâce à la litière aérienne (feuilles) et souterraine (résidus de racines) qu’il produit, l’arbre restitue de la matière organique fertilisante et une partie des minéraux puisés en sols profonds. Il apporte ainsi sa contribution au piégeage du carbone dans le sol et à la lutte contre l’érosion.

En outre, il participe activement à la restauration d’un écosystème favorable aux cultures équilibrant auxiliaires, ravageurs et détritivores : coccinelles et syrphes se nourrissent naturellement de pucerons. L’arbre constitue un habitat pour les buses, prédateur du rat taupier et du campagnol. Quant aux détritivores (verres de terre, myriapodes), ils  se développent et aèrent la terre.

Les rendements des cultures sont stables et on ne constate pas d’écart jusqu’à la dernière année. En revanche, celles-ci bénéficient d’un apport organique supplémentaire et des services écologiques des auxiliaires, avec à la clé des économies d’intrants.

Un protocole précis à respecter, gage de réussite

Le programme de recherche SAFE (Silvoarable Agroforestry For Europe) a permis d’établir des préconisations afin d’atteindre le meilleur équilibre possible grâce à des sites expérimentaux comme le Domaine de Restinclières dans l’Hérault. Composé de 150 ha de bois et de 50 ha de culture, on y a comparé les résultats des cultures et des bois à celui de l’agroforesterie. En voici les principales préconisations :

• Les lignes de plantation doivent être orientées Nord / Sud pour favoriser l’éclairement de la culture et des arbres

• Les essences locales doivent être choisies en priorité et de préférence en mélange. D’après les études menées jusqu’à présent, toutes sont compatibles avec l’agroforesterie

• Les troncs des jeunes plants doivent être protégés contre les dents des animaux les premières années

• L’espacement des rangs doit être équivalent à deux fois la taille des arbres adultes, soit environ 40 mètres, afin de ne pas infléchir le rendement des céréales et de cultiver jusqu’à la récolte des arbres.

• Des plantations de 40 à 100 tiges à l’ha selon les espèces permettent d’obtenir une agroforesterie stable, c'est-à-dire sans perte de rendement dans la culture intercalaire

• Les arbres doivent être taillés tous les ans durant les dix premières années afin d’atteindre 6 mètres de tronc, condition sine qua  non pour le passage des engins agricoles d’aujourd’hui et pour obtenir un tronc intéressant en bois d’oeuvre.

• Une bande enherbée de deux mètres de largeur est recommandée au pied des arbres afin de former un corridor favorable au développement des auxiliaires des cultures.

• L’association culture d’hiver et arbres caducs de type feuillus précieux (merisier, noyers, frênes, érable) à croissance rapide est recommandée

L’arbre, banque de l’exploitation

L’agroforesterie entre dans la stratégie patrimoniale des propriétaires. L’agriculteur met en place un capital à long terme qui lui permet par exemple de cautionner des emprunts. La récolte intervient environ 40 ans après la plantation. Les bois fruitiers sont prisés. Une demande non satisfaite existe par exemple sur le noyer, une valeur sûre.

L’agroforesterie permet d’obtenir un bois répondant aux attentes de l’industrie ; les cernes sont plus réguliers qu’en forêt, l’arbre n’étant pas soumis à des éclaircies brutales. L’aubier est plus important et se transforme progressivement en bois de cœur lorsque l’arbre arrive à maturité.

Des évolutions favorable à l’agroforesterie

Au plan règlementaire, Monsieur Liagre, directeur du bureau d’études Agroof a participé à la révision de la circulaire du 4 mars 2008. Un agriculteur peut désormais planter une parcelles sans être limité en nombre d’arbres par ha et conserver l’éligibilité de la parcelle aux aides directes. D’autre part, la parcelle reste agricole et la plantation constitue une immobilisation, ce qui a des incidences sur l’amortissement de l’investissement et l’exonération de la plus-value lors de la vente des arbres.

En outre, la mesure 222 «Agroforesterie» du Plan de Développement Rural Hexagonal (PDRH) vient d’être activée en France jusqu’en 2013. Elle permettra aux régions qui le souhaitent d’octroyer un cofinancement européen des projets agroforestiers à hauteur de 70% de l’investissement (étude de conception, fourniture et plantation)

En Champagne-Ardenne, cette mesure n’a pas été intégrée au DRDR (Document Régional de Développement Rural), faute de demandes. Les porteurs de projet peuvent néanmoins se faire connaître auprès de la profession et du conseil régional, la révision de ce document ayant lieu tous les six mois.

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