L'Avenir Agricole et Rural 18 juillet 2008 à 00h00 | Par F.Thevenin

Actualités - Le marché des engrais restera tendu encore, au moins, durant trois ans

Compte tenu des disponibilités en baisse, le marché des engrais connaît des hausses importantes en matière de prix. La Sepac s’est demandée si ces évolutions sont liées à un contexte particulier ; si elles sont durables et quelles sont les perspectives 2008-2009.

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Pour la Sepac, Jacques Messier aborde le marché mondial des engrais avec, à la clé, des analyses et des perspectives d’évolution.
Preuve de l’importance du sujet, pour la première fois, des journaux non agricoles parlent de ce marché en forte hausse du fait de l’accélération de la demande mondiale en phosphore et en potasse. Cette accélération vient à 90 % de l’Asie et de l’est de l’Europe.
Aujourd’hui, la Chine et l’Inde, à eux seuls, représentent 43 % de la consommation mondiale des engrais. Cette proportion continue de croître puisque ces deux pays cherchent à trouver une autosuffisance alimentaire. En plus, leur population ne cesse d’augmenter ainsi que les surfaces cultivées et leur niveau de vie qui entraîne des changements de mode alimentaire.

Pourquoi une telle augmentation ?


Parallèlement, les stocks mondiaux de céréales (sauf en France) sont au plus bas. Les gouvernements asiatiques incitent donc à développer les politiques de sécurité alimentaire basées sur un usage généralisé des engrais et par leur achat par l’Etat.
Enfin, l’augmentation de la demande d’engrais s’explique également par le développement des biocarburants avec des surfaces agricoles qui ont été remises en culture.
Face à cette demande généralisée qui augmente fortement, le problème essentiel vient de la faiblesse des investissements dans les mines de potasses et phosphates au cours des 15 dernières années.
Cette situation est en cours d’inversion mais il faudra attendre 2015 pour trouver les produits sur le marché. Mais, pour l’instant, la production ne suit pas la demande et les prix ne peuvent pas baisser.

Quelles solutions ?


Pour l’heure et pour les années à venir, la seule solution est l’ouverture de mines et la création d’infrastructures logistiques. En attendant, d’ici 2011, 2012, 2013…, il est impossible d’espérer un effet tampon entre la ressource et la demande.
L’autre problème pour les phosphates est le manque de soufre avec des prix qui ont été multipliés par 10 en un an. Pour la potasse, la situation est très tendue au point que les producteurs sont obligés de répartir les quantités disponibles afin de combler tous leurs clients. D’ailleurs, la Chine n’a pas obtenu toutes les quantités désirées même en mettant sur la table une hausse du prix de 400 dollars.
Du coup, cette situation fait que tout incident crée des tensions sur le marché et entraîne une flambée des prix internationaux. Heureusement, la parité dollar/ euro est avantageuse pour la zone euro. Dans le cas contraire, les prix seraient encore pires…
Les incidents peuvent être de différents ordres et nombreux. Par exemple, en Pologne, l’inondation d’une mine a eu des conséquences immédiates sur les marchés. Même chose pour la mise en place d’une taxe à l’export de 100 % sur l’urée en mai 2008 par la Chine ou le tremblement de terre en Chine qui a perturbé les flux logistiques.

Et l’Europe ?


Dans ce contexte international, l’Europe pèse de moins en moins lourd et n’a plus droit à la parole. Sa consommation d’engrais augmente encore mais, proportionnellement, beaucoup moins que les autres pays. La France représente 3 % de la potasse consommée dans le monde et 2,5 % du phosphore. De plus, elle est entièrement dépendante de la production des autres sachant que, de plus, les disponibilités en Mer du Nord sont appelées à disparaître en 2013.
Un autre exemple de dépendance est celle de la Russie qui, lorsqu’elle est en froid avec l’Ukraine, se met en danger. Elle pourrait voir ses productions s’effondrer.
Le problème est que les producteurs européens ont abandonné leur production d’engrais en cessant d’investir dans les usines et les voies de communication. Ils ont également abandonné la fabrication de formules jugées non rentables et se sont positionnés sur les ports en attendant les importations.
L’impact de cette situation mondiale a été immédiat sur les conditions d’achat. En mai 2006, le prix moyen des engrais était de 196 euros la tonne. En mai 2008, il était de 657 euros !

Et après ?


Pour les acheteurs, désormais, les bons positionnements sont indispensables. Les relations avec les fournisseurs ont changé avec, par exemple, la rediscution du prix en cours de livraison des contrats. Ils annoncent également des manques de produits après que les commandes soient passées. Les livraisons peuvent également être rééchelonnées avec un prix évoluant chaque mois. Enfin, des cas de force majeur sont apparus.
Au niveau des champs haut-marnais, le niveau de fertilisation en azote n’a pas encore changé. Par contre, la consommation de phosphore et de potasse a diminué d’un tiers depuis 1991.
Au début des années 70, l’apport d’engrais par hectare de SAU était de 180 kg dont 65 % de P et K. Aujourd’hui, l’apport est de 150 kg dont 60 % d’azote et seulement 40 % de P et K.
Résultat : les sols s’appauvrissent et, en particulier, en Champagne-Ardenne qui est largement déficitaire en P et K. La situation est inquiétante car elle pénalise les rendements de demain. Pour les techniciens, il est important de ne pas abandonner l’approche agronomique du fait qu’il sera ensuite très difficile de remonter la pente.

Ouverture de mines


Pour les distributeurs d’engrais, cette crise rend la gestion des marchés difficiles avec des variations de cours, des problèmes d’appros, des problèmes de livraisons, des problèmes logistiques… Pour les agriculteurs, le coût de fumure augmente et les impasses auront des conséquences dans le temps. Ils vont devoir trouver d’autres solutions comme le compost.
Ce marché devrait être tendu durant, encore, au moins trois ans sachant que l’Europe subit la consommation et la demande mondiale. Il faudra attendre l’exploitation de nouvelles mines. Comme pour le pétrole, des prix plus élevés vont permettre de développer les capacités de production, notamment en Inde ou en Chine.
En Arabie Saoudite, la société MPC (Ma’aden Phosphate Company) a signé le 15 juin dernier un accord avec plusieurs organismes qui devrait lui permettre de financer un gigantesque projet comprenant l’exploitation de deux sites. Il devrait être opérationnel en 2012 et permettre la production de presque 3 millions de tonnes de Di-ammonium phosphate par an destiné pour l’essentiel à l’export.
En Europe, où une seule mine est aujourd’hui exploitée en Finlande, un second chantier pourrait être ouvert dans ce même pays par Yara.

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