L'Avenir Agricole et Rural 09 octobre 2008 à 10h28 | Par A.LEBLOND

Actualités laitières - Moins 70 euros dans l’Ouest !

Alors que chacun dans la filière s’accordait à considérer la situation comme particulièrement grave, Entremont tirait à nouveau le premier déclenchant sans doute le conflit laitier des prochaines semaines.

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Alors que la FNPL haussait le ton (cf édito de Régis CHEVALLIER, Vice Président de la FNPL) sentant bien qu’elle ne pourrait faire l’économie d’une mobilisation, voire d’une double mobilisation tant 2 cibles s’imposent : celle qui a ouvert la porte au grand bazar, la DGCCRF, Ministère de l’Economie, c’est à dire les Pouvoirs Publics, et celles qui s’y engouffrent, c'est-à-dire certaines entreprises laitières, Entremont, non comptant (ou obligé ?) d’avoir provoqué le dernier grand conflit laitier, remettait ça en sortant cette fois l’artillerie lourde : moins 70 euros en octobre dans l’ouest !!!
Autant dire une déclaration de guerre !
La FNPL ne s’y trompait pas et ripostait aussitôt par le communiqué ci-contre.
Car bien sûr ce n’est pas parce qu’Entremont réserve aujourd’hui ce très mauvais coup aux seuls producteurs bretons (d’ailleurs faute d’explications on peut se demander ce que cela cache …) que l’ensemble des producteurs et spécialement ceux de l’Est, livrant au même Groupe ne sont pas concernés.
S’étonnant et s’inquiétant que les responsables du Groupe Entremont n’aient provoqué aucune rencontre dans l’est ne serait ce que pour expliquer la situation de l’entreprise, Richard BOURBON, le Président du principal syndicat laitier ht marnais lui livrant, l’Union laitière du Vallage, vient d’en demander une d’urgence.

AL FDPL

Prix du lait : LA POLITIQUE DU PIRE

Cela devait arriver, la FNPL l’avait annoncé : la filière laitière rentre dans une zone de turbulence sans précédent.
Les Pouvoirs Publics ont engagé le secteur laitier dans un véritable processus de dérégulation.
Ce dogme a d’abord été traduit dans le cadre de la réforme de la PAC de 2003. Il s’est poursuivi par une série de mesures telles que la loi dite de « Modernisation de l’Economie » ou encore l’interdiction faite à l’interprofession d’organiser la négociation de l’évolution du prix. Il s’observe encore aujourd’hui par l’absence d’une position claire des pouvoirs publics sur la maîtrise de la production, pourtant plus que nécessaire pour rééquilibrer les marchés.
L’ensemble de ces mesures n’aura finalement qu’une seule conséquence : faire baisser le prix du lait aux producteurs.
L’annonce du groupe Entremont Alliance de baisser le prix du lait de 70 euros pour 1 000 litres dès le mois d’octobre est le premier tir de la transformation laitière. Il constitue une véritable provocation pour les éleveurs.
• Provocation d’abord par son montant surréaliste, qui ramène les prix d’automne à un niveau qui n’a jamais été aussi bas.
• Provocation par le mode de calcul consistant à se référer à des soit-disant indicateurs qui se basent sur les plus faibles valorisations, en occultant totalement son principal marché, l’emmental, dont la valorisation a grimpé de 19 % depuis un an !
• Provocation également dans le discours de son Directeur Général : « Entremont ne peut pas subventionner le lait ». Rappelons qu’en 2007, le prix du lait français a été inférieur de 40 euros /1 000 litres par rapport aux concurrents allemands, soit plus de 80 millions d’euros gagnés par Entremont sur le dos de ses éleveurs. Qui subventionne qui ?
• Provocation par la manière : Entremont cherchant à tout prix à imposer unilatéralement une baisse conséquente de prix.
• Provocation enfin, lorsque l’on se permet de menacer les producteurs de non-collecte. Un odieux chantage de la part d’une entreprise dirigée par des financiers prêts à tout pour leurs propres profits, oubliant même que pour vendre de l’emmental, il faut d’abord du lait, et donc des éleveurs.
Comme elles l’ont déjà fait, la FNPL et ses fédérations apporteront tout leur soutien aux producteurs livrant à Entremont Alliance. Mais la FNPL considère que l’attitude d’Entremont est totalement destructrice pour la filière et qu’elle bloque toute discussion avec cette entreprise.
Entremont a ouvert la voie du conflit et la FNPL en prend acte et agira en conséquence.
Cette position, la FNPL tient à l’affirmer auprès de l’ensemble des transformateurs. Avec le niveau actuel des charges d’exploitations, le prix du lait est totalement incompressible. Toute possibilité de négociation, que la filière appelle pourtant de ses v oeux, sera conditionnée à la prise en compte de la situation des éleveurs, à une approche véritablement objective de la réalité des marchés, et au décalage du prix du lait en France sur la période 2007-2008.

Communiqué de la FNPL

La FRPL Grand Est en réunion à Langres.

Dans ce contexte d’incertitude totale et de menace sur le prix du lait du 4ièm trimestre, la FRPL Grand Est a décidé de se réunir sans attendre.
Les représentants des producteurs des 17 départements du Grand Est se sont ainsi retrouvés mercredi à Langres. Nous reviendrons la semaine prochaine sur l’analyse qu’ils ont faite et les décisions qu’ils ont prises mais il y a fort à parier que le mot d’ordre soit à la réaction syndicale.

Luc Chatel ne répond pas …

Après l’avoir rencontré dès le mois de juin la FDPL a écrit début septembre à Luc CHATEL dont le Ministère, au travers de la DGCCRF, a ouvert la boîte de pandore du prix du lait. Visite et courrier étaient bien sûr destinés à contester cette décision et à préciser nos craintes quant à ses conséquences.
L’actualité nous donne malheureusement raison …
Les lignes suivantes sont extraites du courrier mais restent à ce jour, un mois après, sans réponse !
“Nous vous le répétons, le lait est une denrée périssable obligatoirement vendue tous les 2 jours au même acheteur, ce qui justifie un système de fixation des prix particulier.
Engager les producteurs dans un rapport de force totalement déséquilibré avec les multinationales de la transformation ne peut avoir que deux effets dont le prix à payer serait tout aussi lourd.
Soit les conflits comme celui que nous venons de connaître se multiplieront régulièrement sur tout le territoire, soit, mais l’addition des deux n’est pas à exclure, les acheteurs imposeront un prix insuffisamment rémunérateur faisant quitter le métier à tous ceux dont les exploitations permettront une reconversion.
Il est fort probable que la filière laitière de notre département, au grand nombre d’exploitations polyvalentes, n’y résiste pas.
En effet dès lors que le tissu laitier deviendra trop lâche la transformation s’en désintéressera et se concentrera dans les régions à plus fort potentiel, donc génératrices d’économies d’échelle.
Nous vous le demandons sans détour : l’Etat est-il prêt à assumer cette responsabilité au nom du principe de libre concurrence appliqué dans le seul but (utopique ?) de faire baisser les prix des denrées alimentaires ?”

AL FDPL

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