L'Avenir Agricole et Rural 17 juillet 2009 à 10h47 | Par A. LEBLOND

ACTUALITES LAITIERES - Bruxelles propose de prolonger l’intervention sur le beurre et la poudre

Aucun signe tangible d’amélioration du marché laitier n’étant perceptible, la Commission européenne a proposé le 8 juillet de maintenir les portes de l’intervention ouvertes sur le beurre et le lait écrémé en poudre, si nécessaire, jusqu’en février 2011.

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En proposant de maintenir l’intervention ouverte, la Commission veut transmettre « un signal de confiance dans l’avenir » du marché laitier. Dans un premier temps, Bruxelles veut prolonger au-delà du délai normal (31 août) les achats publics par procédure d’adjudication sur le beurre et la poudre produits jusqu’au 28 février 2010. Mais, compte tenu de l’incertitude quant au temps qu’il faudra pour que le marché se reprenne, la Commission demande aux Vingt-sept de l’autoriser à maintenir l’intervention jusqu’en février 2011, si la situation du secteur l’exige. La Commission explique que « la clôture de l’intervention au 31 août 2009, comme le prévoit le règlement sur l’OCM unique, pourrait entraîner une chute des prix sous le niveau d’intervention, provoquant un sérieux trouble sur le marché, qui pourrait avoir des répercussions sur des prix sortie exploitation déjà très bas ». Par ailleurs, le régime d’aide au stockage privé du beurre sera prolongé jusqu’au 28 février 2010.

27 millions d’euros

En se basant sur les prévisions de consommation et de production, la Commission estime à 50 000 tonnes de lait écrémé en poudre et à 31 000 tonnes de beurre les quantités qui seront stockées à l’intervention de septembre 2009 à février 2010. La Commission a prévu un budget de 12,5 millions d’euros pour le beurre et de 14,4 millions d’euros pour la poudre. Ces fonds seront prélevés sur les exercices budgétaires 2010 à 2012. 81 000 tonnes de beurre et 203 000 tonnes de lait écrémé en poudre ont déjà été portées à l’intervention entre le 1er mars et le 25 juin 2009.
La baisse des prix sur le marché mondial a eu une incidence directe sur les prix du marché communautaire, le litre de lait étant passé de 30-40 centimes à environ 21 centimes, soit le niveau de filet de sécurité de l’UE, est-il indiqué dans la proposition de la Commission. Cette dernière reconnaît «qu’à ce niveau, les prix permettent peut-être de couvrir certains coûts de production variables, mais pas les coûts fixes supportés par nombre de producteurs laitiers moins rentables, et encore moins la totalité des coûts liés au terrain, à la main d’œuvre et au capital».

Initiative franco-allemande

A l’issue d’une rencontre le 2 juillet à Stuttgart, les ministres français et allemand de l’agriculture, Bruno Le Maire et Ilse Aigner , ont adressé une lettre commune à Mariann  Fischer Boel, la commissaire à l’agriculture, dans laquelle ils soulignent la nécessité de mettre en place «de nouvelles formes de régulation à l’échelle européenne» pour que le secteur laitier «ne dépende pas uniquement des seules règles du marché» . Les deux pays ont souhaité que le rapport sur le marché laitier que la Commission présentera le 22 juillet prochain «ne ferme pas la porte à un gel éventuel de l’augmentation des quotas laitiers prévue pour 2010 dans le cadre du bilan de santé», les quotas laitiers augmentant mécaniquement de 1% chaque année avant leur disparition prévue fin mars 2015. M. Le Maire, qui a rencontré le 3 juillet à Bruxelles, José Manuel Barrosso, le président de la Commission européenne, a néanmoins estimé que « es quotas ne sont pas solution à la crise. Si les quotas marchaient, a-t-il indiqué, les producteurs n’auraient pas des revenus indécents».
Le rapport de la Commission sur le lait sera examiné en urgence après les vacances par les ministres de l’agriculture de l’UE, la présidence suédoise de l’UE ayant avancé du 28 au 7 septembre la date du premier Conseil agricole de la rentrée.
La lettre franco-allemande précise également  qu’il «serait utile de revaloriser les restitutions sur les exportations de fromages». La Lituanie a déposé une demande en ce sens qui sera examinée lors du Conseil agricole du 13 juillet. Les Lituaniens font notamment valoir que, contrairement à beaucoup d’autres produits laitiers, les restitutions sur les fromages n’ont pas augmenté depuis qu’elles ont été réintroduites en janvier 2009. La Lituanie souhaite en particulier regagner des parts de marché sur la Russie et le Belarus, qui ont dévalué leur monnaie.

18 M d'Euros pour l’allègement des charges financières

Lors de l’accord sur le prix du lait obtenu à l’arraché, le 3 juin dernier, Michel Barnier a annoncé la mise en place d’un plan d’accompagnement pour les exploitations laitières à travers un allègement de leurs charges financières. Dans une circulaire qu’il vient d’adresser à l’ensemble des directions départementales de l’agriculture, Bruno Le Maire précise les modalités d’accès à ces aides dans le cadre du Fonds d’allègement des charges (Fac). Une enveloppe de 18 millions d’euros est affectée à cette opération. Les demandes doivent être adressées aux directions départementales de l’Agriculture au plus tard, le 30 septembre.
Le Fac interviendra sous la forme de prise en charge d’intérêts sur les échéances des prêts professionnels à long et moyen terme bonifiés ou non bonifiés, d’une durée supérieure ou égale à 24 mois. L’aide est plafonnée à 10 % de l’échéance annuelle (intérêts et capital) des prêts professionnels. Pour en bénéficier, les exploitations doivent être spécialisées en production laitière bovine à hauteur au minimum de 40 % du chiffre d’affaires et le taux d’endettement des exploitations doit être au minimum de 35 %. La circulaire de FranceAgriMer précise qu’une attention particulière doit être portée aux jeunes agriculteurs et aux récents investisseurs, notamment ceux qui ont réalisé leur mise aux normes.
Le montant minimum à verser par exploitation bénéficiaire doit être supérieur ou égal à 500 Euros, mais ne peut excéder le plafond communautaire «de minimis» des aides accordées à un exploitant qui est fixé 7500 euros sur trois ans.

Entremont ne respecte pas l’accord, la FNPL menace

L’histoire se répète. L’été dernier, Entremont profitant de l’interdiction faite à l’interprofession d’établir une recommandation sur le prix du lait tentait de faire passer une baisse du prix du lait sans négociation. Le 4 août 2008, la FNPL (Fédération nationale des producteurs de lait) dénonçait «un prix inacceptable avec un décrochage du prix du lait collecté en juillet de près de 20 €/1000 litres par rapport à l’environnement, et ce, sans la moindre discussion». Un an plus tard, Entremont ne respecte pas l’accord obtenu à l’arraché le 3 juin. Normalement, les prix payés par Entremont auraient dû être en mai 2009 de 233,57 euros/1000 l (Prix mai en région : 249,57 -16 de flexibilité additionnelle) et en juin de 235,09 euros/1000 l (Prix juin en région : 251,09 -16 de flexibilité additionnelle). En fait Entremont a payé 205,07 euros/1000 l en mai et annoncé 206,59 €/1000 l pour juin soit 28,5 €/1000 litres de moins que les termes de l’accord.

Mise en garde solennelle

Dans ce contexte, la FNPL qui «apporte tout son soutien aux producteurs livrant à cette entreprise et à l’association nouvellement créée» (laquelle revendique 3 500 adhérents) condamne ces prix «totalement insupportables et inadmissibles». La FNPL met solennellement en garde Entremont dans un communiqué. «Si, dans les prochains jours, des signes clairs de retour à un niveau de prix comparable avec l’environnement ne sont pas donnés, la FNPL, en lien étroit avec l’Association des producteurs, prendra les dispositions nécessaires au respect des accords passés», souligne le communiqué. En clair, la menace de manifestations est formulée.

La FGA-CFDT demande de réunir «des assises du lait»

«La FGA-CFDT sera exigeante sur la capacité du repreneur, quel qu’il soit, à maintenir les outils de production et les emplois chez Entremont», précise le syndicat dans un communiqué. Les syndicalistes des sites d’Entremont, d’ores et déjà, a «saisi les préfets et présidents des conseils régionaux et généraux pour les informer qu’ils n’acceptaient pas que les salariés soient la variable d’ajustement de cette crise laitière». Ils leur demandent de réunir, au niveau départemental et régional, les «assises du lait» afin d’aborder toutes ces questions «en vue des grandes manœuvres qui se dessinent».

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