L'Avenir Agricole et Rural 28 mai 2009 à 12h04 | Par F.Thevenin

ACTUALITES DÉPARTEMENTALES - SODIAAL UNION, "Inventer un ouveau système"

L'assemblée générale de Sodiaal Union Centre Est a donné l'occasion à Frédéric Chausson, directeur développement coopératif de la coopérative, d'expliquer la situation de la filière laitière.

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Frédéric Chausson, directeur développement coopératif de Sodiaal.
Frédéric Chausson, directeur développement coopératif de Sodiaal. - © FREDERIC THEVENIN

Pour comprendre la situation actuelle de la filière lait en France, il faut revenir deux ans en arrière... En 2007, la collecte européenne de lait est en baisse. En Océnanie, du fait d'une sécheresse, elle est en chute libre. Parallèlement, dans le monde entier, la consommation est forte et crée une tension sur les cours des matières premières agricoles.
Toutes ces données ont eu deux conséquences directes : une flambée historique des cours de la poudre et du beurre suivie par la plus forte hausse du prix du lait payé aux producteurs (+ 103 euros). A noter qu'en Allemagne, cette hausse a eu lieu plus tôt et a été plus forte. Il en est de même pour la chute...
Cette flambée, conjuguée à un aménagement de fin de campagne et à une hausse communautaire additionnelle des quotas de 2 %, entraînent une hausse de la collecte en France. Selon Frédéric Chausson, l'erreur de la filière a sans doute été de distribuer des prêts de quotas (15 à 20 %) en pensant que les producteurs ne pourraient pas les produire. A l'époque, les spécialistes parlaient d'un déficit de 100 000 vaches laitières en France. Il n'en était rien...
Cette hausse de la production de lait s'est aussitôt répercutée sur les produits chez les transformateurs puis chez les distributeurs. Dans le même temps, le débat sur le pouvoir d'achat faisait rage et se conjuguait avec la baisse de la consommation.
En résumé : une forte offre de lait à un prix élevé conjuguée à une consommation en baisse et à des stocks gonflés à bloc a directement engendré une descente aux enfers des cours. D'ailleurs, du fait de la fin de la régulation et des quotas, ce phénomène risque de se renouveler tous le deux ans avec des hausses et des baisses extrêmes. Cette idée plait à de nombreux éleveurs (de l'ouest) qui souhaitent ainsi en couler d'autres (de l'est) et rafler la mise.

De mal en pis


A l'été 2008, les choses s'aggravent avec la dénonciation de l'accord interprofessionnel alors que les éleveurs subissent la hausse des charges. La filière connaît alors une nouvelle crise avec la cohésion interprofessionnelle en question.
En décembre 2008, un accord est trouvé avec, dans l'idée, de se retrouver en avril 2009 afin de construire un nouveau système émanant de réflexions autour du prix, autour des volumes et autour de la valorisation du lait français.
Nouveau problème en avril : certains transformateurs à qui on avait forcé la main en décembre veulent leur revanche en faisant baisser fortement le prix du lait (- 30 % /avril 2008). Il sera d'ailleurs très difficile de ramener ces transformateurs autour d'une table.
Dans ce contexte, d'après Frédéric Chausson, Sodiaal joue un rôle de médiateur loyal et raisonnable au niveau de la FNCL, d'Atla et du Cniel. Elle souhaite garantir à ses sociétaires une évolution du prix en phase avec l'environnement concurrentiel.
Comme les autres transformateurs, la coopérative est impactée par le beurre/poudre et les 200 millions de litres de lait allemands qui inondent le marché. La rupture du contrat de Langres vient encore aggraver la situation (voir encadré). Pour toutes ces raisons, Sodiaal veut retourner autour d'une table afin de discuter de prix et de volumes avec toute la filière et régler le problème à court terme et à long terme.

Les fondamentaux laitiers restent


La filière laitière européenne a donc perdu le contrôle de la situation mais la vraie question est de savoir ce qui est conjoncturel ou structurel. Il ne faut pas oublier que, pendant que la France s'interroge sur sa filière lait, la demande ne cesse de progresser avec 200 000 habitants de plus sur terre par jour et l'offre diminue avec la baisse du nombre de producteurs. Après tout, la surproduction de 2008 qui a causé cette crise n'est que de 0,5 % soit 3,6 milliards de litres de lait.
En conséquence, le prix du lait devrait globalement rester ferme et à la hausse mais avec des hauts et des bas permanent. Pour Frédéric Chausson, il ne faut pas perdre de vue que les fondamentaux laitiers restent positifs. Par contre, il faut une stratégie d'entreprise cohérente qui permettra d'encaisser les à-coups et le combat contre la volatilité sera primordial avec le développement d'outils pour anticiper la production. A ce sujet, Sodiaal propose «ASAP» (Assurance Sécurité Approvisionnement Partagée) qui pourrait servir de support à la future contractualisation et qui doit impérativement se faire au niveau de l'interprofession. Il est hors de question que chaque éleveur négocie avec sa laiterie.
Pour ce nouveau système qui servirait de régulateur, l'idée de Sodiaal serait de remplacer les quotas et les prêts de fin de campagne à un prix moyen par un volume A (X % du quota historique) à un prix A stable et rémunérateur + un volume B optionnel à un prix B réactif indexé sur la valorisation des produits industriels. Il ne resterait plus qu'au Cniel de fixer les données de volumes et de prix...

Pour comprendre la situation actuelle de la filière lait en France, il faut revenir deux ans en arrière...
Pour comprendre la situation actuelle de la filière lait en France, il faut revenir deux ans en arrière... - © Frederic THEVENIN

SODIAAL

Les faits marquants en 2008

 

Dans un contexte d'extrême volatilité de la filière laitière en 2008, Sodiaal a atteint un double objectif : la poursuite de la mise en oeuvre du plan stratégique et la réalisation de l'objectif de résultat courant consolidé à hauteur de 19 millions d'euros (hors Yoplait) contre 6 millions d'euros en 2007. Par ailleurs, le résultat net du groupe Sodiaal progresse, passant de 21 millions à 36 millions.

Pour le lait de consommation, les événements à retenir sont :
j la bonne réactivité des équipes commerciales pour récupérer la hausse de prix de lait dans les prix de cente vis-à-vis des clients

- la poursuite de la mise en oeuvre des plans d'action permettant d'optimiser l'outil industriels, la logistique, les achats y compris avec Orlait
-  l'augmentation de la participation dans Orlait Passée de 20 à 30 % en avril 2008 ainsi que la prise de contrôle à 10 % de Comalait par Orlait
-  le lancement de la première étape du plan d'innovation sur la marque Candia accompagné par un doublement des investissements publi-promotionnels
-  la poursuite du développement de l'activité «Marques de distributeurs» dans la péninsule ibérique, la montée en puissance en Algérie, en Tunisie et en Lybie et le développement de l'activité en Egypte.
Pour le fromage, les faits marquants ont été :
-  le démarrage en janvier 2008 de la joint-venture CF&R, résultant de la fusion des activités RichesMonts et des activités de la Compagnie des Fromages du groupe Bongrain donnant ainsi naissance au numéro 2 européen des pâtes molles
-  la dégradation de l'équation laitière pour l'industrie fromagère européenne résultant de la hausse du prix du lait, de la baisse des cotations beurre/poudre et de la forte dégradation des cotations du lactosérum
Pour les activités beurre et poudre, les réalisations importantes sont :
-  le démarrage en février de Nutribio résultant de la fusion de l'activité «poudre» de Sodiaal Industrie et de Cofranlait du groupe Entremont Alliance
-  la bonne résistance de Beuralia dans un contexte très délicat de chute de la cotation beurre
-  la bonne tenue des volumes de Régilait.
Pour la participation dans le groupe Yoplait, il faut noter :
-  la chute sérieuse des volumes de la catégorie ultra-frais en France
-  la bonne résistance des parts de marché France et Royaume-Uni
-  le lancement de Dizzy
-  la très bonne tenue des volumes et des résultats dans les franchises
Au niveau de la coopérative, trois points sont à souligner :
-  la finalisation de la mise en oeuvre de la coopérative unique Sodiaal Union
- la gestion maîtrisée d'une collecte en forte croissance
-  la restitution aux producteurs des trois euros / 1 000 litres utilisés en 2004 pour restructurer la filière du lait de consommation.

Du rififi entre Entremont et Sodiaal à Peigney

Depuis le début de l'année, 135 millions de litres lait collectés autour du site de Peigney ont été « réorientés » par Entremont. Dans le même temps, la valorisation de ce lait est passé du fromage au beurre/poudre. Cette rupture de contrat a un impact économique fort pour Sodiaal avec une perte de 18 millions d'euros.
Aujourd'hui, entre les deux parties, des discussions ont été lancées et une action au tribunal a été entamée avec la volonté de préserver d'autres partenariats existants. D'un côté, Sodiaal souhaite que le site de Peigney soit préservé pour son intérêt géostratégique. De l'autre, Entremont tente de se séparer de Langres afin de faire des meules dans l'ouest de la France. Les tractations sont en cours...

 

Sodiaal en chiffres

La coopérative Sodiaal union compte 9 106 sociétaires (- 6 % / 2007) répartis en 20 sections et 5 régions et pour un litrage moyen de 251 000 litres.
La Haute-Marne est incluse dans la région Centre Est où se trouvent 1 279 producteurs pour un litrage moyen de 317 130 litres. La collecte totale de la région est de 416 millions de litres pour TP moyen de 33,147 et TB de 41. En 2008, le prix du lait toutes primes comprises et toutes qualités comprises étaient de 339,67 euros.

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