L'Avenir Agricole et Rural 17 avril 2009 à 11h56 | Par F.Thevenin

Actualité laitière - «Pour avoir du lait demain, il faut le payer aujourd'hui»

L'assemblée générale de la FDPL a été l'occasion de faire le bilan de l'année laitière 2 008 et d'évoquer les conséquences du retournement actuel du contexte économique que vit la filière. Résumé des propos de Richard Bourbon, président de la FDPL 52.

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Il y a un an, Richard Bourbon, président de la FDPL 52, menait les débats de l'assemblée générale du syndicat dans un contexte très favorable. Un an après, tout a changé !
Durant cette année 2008, la filière aura subi de plein fouet les conséquences de la nouvelle économie laitière. Pour lui, « une économie sans filet, une économie brutale, une économie destructrice ». Il déplore que cette nouvelle donne ait remis en cause les dispositifs de fixation de prix et a déclenché immédiatement le plus important conflit laitier depuis 1997.
En remerciant toutes les personnes qui ont participé à ces manifestations, Richard Bourbon craint que « nous ne soyons à la veille de recommencer ! ». Pour lui, la situation est pire que l'hiver dernier avec des entreprises en difficulté plus nombreuses et celles cotées en bourse encore plus déterminées à améliorer leurs résultats.
Du coup, le national n'est pas parvenu à un accord et a refilé « le bébé » aux régions. Mais, pour le président de la FDPL, il ne faut rien attendre de ces échanges régionaux. Pire : il craint la fin du prix unique. Si tel était le cas, l'interprofession serait menacée et les transformateurs qui tirent les prix vers le bas devront en assumer les conséquences.
La FDPL ne soutiendra pas les canards boiteux de la transformation. Il vaut sans doute mieux une grande coop du nord de l'Europe qui tire les prix vers le haut qu'une entreprise franco belge en difficulté qui tire les prix vers le bas. Pire encore : certaines entreprises sans souci de fin de mois n'ont aucune considération pour les producteurs et ne semblent avoir aucune limite à la baisse des prix... Richard Bourbon montre du doigt l'entreprise Bongrain, à Illoud et annonce que si elle veut caler ses prix sur la valorisation beurre-poudre, ses produits n'ont plus rien à faire dans les linéaires.

Les responsabilités


Pour Richard Bourbon, la première raison de cette situation de dérèglement est l'interdiction faite au CNIEL d'établir des recommandations nationales d'évolution du prix. Pour le président de la FDPL, avec cette interdiction, Luc Chatel a allumé la mèche de la baisse du prix du lait et déclenché le conflit qui s'en est suivi.
Les transformateurs ne sont donc pas la seule et principale cible du syndicat mais plutôt, en premier lieu, le libre marché avec la fin des interventions et de la maîtrise des quantités avec la fin annoncée des quotas. Richard Bourdon va plus loin : « l'augmentation aveugle des quotas et leur future suppression sont criminelles pour les producteurs ». Pour lui, « cela revient à se livrer pieds et poings liés au marché, à se confronter à une spirale des prix à la baisse, à entrer en concurrence en éliminant les moins performants et donc à rayer des régions entières de la carte laitière ».
La seule solution pour inverser ce scénario catastrophe est la hausse du prix du lait payé aux producteurs pour des revenus attrayants et pour attirer des jeunes. Or, un prix de 2006 à 268 euros avec les charges de 2009, cela ne marchera pas !
Afin que ce prix rémunérateur soit de retour, Richard Bourbon évoque le retour de la maîtrise de l'offre. Il soutient le gel provisoire du 1 % communautaire et la diminution des niveaux de prêts et prévient qu'il sera toujours temps de lâcher la bride si le marché le permet.
La FDPL milite également pour la maîtrise de remplacement des quotas. Cette maîtrise devrait être conduite par les producteurs et non par les laiteries afin d'éviter la pagaille actuelle où les uns prêtent le minimum et les autres le maximum. Enfin, le cadre de cette maîtrise doit être interprofessionnel et national et non pas laissé à la charge de chaque entreprise

Partage de la valeur ajoutée


Pour sauver la filière lait, Richard Bourbon en appelle également au partage équitable de la valeur ajoutée. Il en profite pour désigner l'autre grand responsable de cette situation : la grande distribution.
Il dénonce la toute la puissance des Leclerc et autres grandes surfaces et pense que les niveaux de prix atteints pour la plupart des produits de grande consommation sont suffisants pour qu'un juste partage de la valeur ajoutée permette à chaque maillon de la filière et à la grande distribution de s'y retrouver.
En cas d'annonces de prix totalement incompatibles avec l'avenir des producteurs de lait, la FDPL et les producteurs sauront trouver les responsables...

La gestion locale des quotas


Dans ce contexte tourmenté et après avoir évoqué le différend qui oppose Sodiaal et Entremont (voir Avenir Agricole de la semaine dernière), Richard Bourbon a annoncé une bonne nouvelle au sujet de la gestion locale des quotas. La FDPL a enfin résolu le problème des prélèvements lors de sorties d'associés de Gaec. Il remercie l'administration d'avoir accepté de supprimer ce handicap puisque les litrages libérés ne sont plus indispensables pour l'installation. Le remboursement intégral des prélèvements en cas d'agrandissement par des exploitations prioritaires va dans le même sens.
Pour conclure, malgré le sombre tableau dépeint, Richard Bourbon a tenu à dire qu'il est convaincu que la production laitière a un avenir en agriculture : « certes, la dérégulation des marchés et l'extrême volatilité des cours qui en découle vont nous obliger à une adaptation de la gestion de nos exploitations mais il n'y a pas de fatalité à ce que le contexte actuel perdure ».
Il termine : « misons qu'après la pluie, le soleil brille et gardons confiance. Il faut juste que les pouvoirs publics et laitiers ne fassent pas franchir au revenu laitier la limite au-delà de laquelle les reconversions se multiplieraient car un producteur qui arrête ne reprend jamais ! ».

Frédéric Thévenin

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