Le Préfet sur le terrain
Comme il est d’usage à l’occasion de chaque changement de Préfet, la profession agricole organise ce type de manifestation qui permet d’échanger en direct, avec des exemples concrets à l’appui, sur les enjeux et les dossiers d’actualité. Ce qui est moins courant c’est que le Préfet soit accompagné de son Secrétaire Général, Alexander Grimaud qui vient d’être tout fraichement nommé.
Dans son propos d’accueil, Christophe FISCHER, a évoqué quelques dossiers d’actualité tels que les contrôles PAC, qui sont, à ses yeux, trop tatillons, notamment dans la zone de télédétection de ST BLIN où l’ASP remet en cause, les surfaces déclarées de bonne foi par les agriculteurs sur des bases photographiques qui datent de 2006 alors que la photo satellite est de 2011. Il a aussi fait part de la relative déception des agriculteurs quant à l’aboutissement de la procédure «calamités» dont les règles sont désuètes. Il a toutefois salué la rapidité et l’efficacité du dispositif du dégrèvement d’impôt foncier.
GAEC DE POMMEROL : la solution par l’association
La première visite a eu lieu sur l’atelier laitier du GAEC de Pommerol à HARRICOURT. Cette exploitation est constituée de 3 associés (MM FOURIER, PIOT et ROLAND) et d’un salarié permanent. Ces 4 unités de main d’œuvre mettent en valeur une exploitation de 600 hectares de SAU et disposent d’un quota laitier approchant le million de litres. L’organisation du travail est une préoccupation forte de ces trois chefs d’exploitation qui ne travaillent qu’un week-end sur 4 (le week-end ne commençant toutefois que le samedi midi) et une période annuelle de congés de quelques semaines. La délégation préfectorale a été fortement impressionnée par la qualité de l’élevage et l’importance des investissements réalisés pour rendre l’atelier performant. Richard BOURBON qui représentait la FDPL a profité de cette visite pour rappeler l’importance de la filière laitière dans le département et la nécessité de conserver une co-gestion locale pragmatique des quotas laitiers malgré les transferts de compétences au sein du nouveau Bassin Laitier. Pierre Yves NEYRET a aussi rappelé l’importance de la production laitière pour soutenir la dynamique de l’installation.
En Haute Marne le nombre d’installations est en diminution avec une trentaine de jeunes agriculteurs au lieu d’une cinquantaine les années précédentes mais c’est encore la production laitière qui génère le plus de projets. Gilles LAMONTAGNE, Président de l’ODASEA confirme que nous ne couvrons actuellement trois départs par une installation seulement. Il s’est aussi inquiété du désengagement de l’Etat en matière de politique d’installation ce qui renchérira le coût de l’instruction des dossiers. Par rapport au budget initial, le manque à gagner est de 180000 Euros par an pour la Haute Marne ! Sébastien RIOTTOT, Secrétaire Général de la FDSEA, explique aussi que cet essoufflement de l’installation trouve en partie son explication dans la volatilité des marchés et le coût des reprises qui est en moyenne supérieur à 200 000 Euros.
EARL DE LA PROUSE :
une exploitation qui mise sur l’accueil
Deuxième destination de la délégation : l’EARL de la Prouse à DAILLANCOURT où la famille MERGER a développé depuis plusieurs années une activité de ferme pédagogique en complément à leur exploitation «céréales viande bovine». Récemment Anne Lise MERGER et Benoît MOREL, son mari, se sont installés avec un projet de «ferme auberge». Ils ont pour cela investi dans une grande salle d’accueil et une cuisine équipée selon les normes (exigeantes) actuelles. La délégation, après avoir fait le parcours de la ferme pédagogique, a échangé, autour d’un apéritif offert par le maire de la commune, sur l’extension de la zone d’appellation Champagne. Daillancourt fait, en effet partie des 4 communes bénéficiaires de cet élargissement de zone et il reste maintenant à déterminer le périmètre des terres qui pourront être plantées ; ce qui prendra au total près d’une dizaine d’années avant que la première production puisse être commercialisée. Benoit MOREL et Anne Lise MERGER attendent avec intérêt cette échéance à laquelle ils se sont d’ores et déjà préparés en ayant, l’un et l’autre, passé avec succès leur BTS option viticole à MACON.
SCEA DES COURS : un poulailler exemplaire
Troisième et dernière étape de la journée : l’exploitation de Marie-Line et Thierry COURAGEOT à MARBEVIILE. L’objectif était de montrer au Préfet qu’il existe, dans notre grand désert d’élevages hors sol haut marnais, quelques éleveurs qui entreprennent et réussissent. Thierry et Marie-Line COURAGEOT se sont lancés en 2003 dans une production originale d’œufs destinés aux couvoirs. Ils ont construit deux bâtiments bout à bout d’une superficie de 2 400 m2 de type LOUISIANE, c’est-à-dire en armature tubulaire couverte par une bâche camion. Entre les deux bâtiments se trouve le local de conditionnement d’œufs. Les bâtiments accueillent 18 000 poules et 2 000 coqs qui arrivent à l’âge adulte, de 21 semaines. Pendant 10 mois 3,4 millions d’œufs sont collectés et expédiés vers les couvoirs. Cette installation nécessite environ 3 000 heures de travail par an, ce qui est relativement conséquent, mais le but recherché était justement de compléter un mi temps de travail salarié et d’occuper un associé. La production est en intégration avec le groupe GRELIER, spécialisé dans la production d’œufs de couvoirs. Le bilan économique de l’installation est conforme aux prévisions, voire légèrement supérieur avec les boni liés aux taux d’éclosion et à la quantité des œufs produits. Les animaux et la nourriture sont pris en charge par le groupe intégrateur. C’est le seul atelier de ce type en Champagne Ardenne. D’autres poulaillers sont installés en Lorraine, notamment dans la Meuse. Les exigences sanitaires sont très strictes notamment pour lutter contre la Salmonellose. Le bâtiment va être prochainement amorti en totalité ce qui améliorera encore la rentabilité de l’atelier. Le groupe GRELIER recherche d’autres producteurs et il y a probablement un marché à occuper. Plusieurs poulaillers de production de poulets de chair ou d’œufs de consommation sont ou vont être créés dans le département. La filière avicole, même si elle est restreinte en Haute Marne, n’est pas une fiction. La délégation préfectorale a été fortement impressionnée par l’engagement, la rigueur et la technicité déployées par les époux COURAGEOT.
L’autre avantage de cette diversification hors sol est apparu encore plus crucial cette année avec les calamités agricoles dont MARBEVILLE en était justement l’épicentre. L’atelier apporte en effet un complément de revenus bien appréciable. Comme quoi il faut savoir aussi mettre les œufs dans plusieurs paniers.
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