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A l’assaut des rats taupiers

C'est Guillaume Tainturier, délégué cantonal du GDON à Rançonnière qui a donné l'alerte : la prolifération de rats taupiers qui s'étend de Neuilly l'Evêque à tout le Bassigny, menace les récoltes en fourrage. Exemple chez Olivier Rougé, polyculteur éleveur à Lavernoy.

18 février 2011 E. DAUPHIN Vu 942 fois

Devra-t-on ressortir les trente charrues remisées à Sarrey en 1989, lors de la dernière lutte chimique contre les rongeurs ? A l'époque, on introduisait des carottes empoisonnées dans les galeries. Aujourd'hui seul le blé est autorisé, ce qui nécessiterait une adaptation du matériel. Le technicien de l'APVA, Christophe Genot a transmis un état des lieux parcellaire la semaine dernière au Préfet de Région pour une autorisation éventuelle de traiter. Mais la colonisation des terres par les rongeurs ne cesse de progresser : Montigny le Roi, Avrecourt, Rançonnière, Celles en Bassigny, Lavernoy, Celsoy, Andilly, Neuilly l'Evêque... Pourtant  Olivier Rougé ne croit pas vraiment à l'autorisation de traiter ; l'infestation est déjà trop avancée. De plus, «le lobby écologique et l'inertie administrative n'améliorent pas la situation» selon lui.Il craint, comme bon nombre d'éleveurs, pour la prochaine récolte de fourrage, la plupart des prairies étant littéralement labourées. Les prédateurs, buses et renards, sont dépassés par l'ampleur de la tâche. «Ça a commencé à l'automne dernier, témoigne Olivier, on a monté pas mal de terre dans la dernière coupe de novembre, mais le but était de ne pas laisser aux rongeurs un environnement favorable avant l'hiver. La neige les a protégés et aujourd'hui, ça pullule». Il compte passer un coup d'étaupineuse pour ameublir le sol, détruire les galeries et stimuler la pousse de l'herbe dès que la portance du sol le permettra.Il espère surtout que le sinistre soit indemnisé et qu'il y ait une aide exceptionnelle à la réimplantation ou à l'achat de fourrage, dont les stocks déjà tendus depuis l'année dernière ne cessent de diminuer. «De 80 euros/tonne, il pourrait passer à 150 euros/ tonne, s'inquiète l'éleveur. On entend partout dans la plaine que la population va se réguler d'elle-même, mais la question, c'est quand ?».

 

Avis d’experte

Aline Rondot technicienne élevage spécialisée en fourrages - CA 52


Les dégâts sur prairie dépendent du degré d'infestation et du développement des prairies/ cultures; le rat taupier ronge les racines de presque toutes les plantes (il préfère le trèfle et le pissenlit) ;Dégradation liée aux terriers : à la destruction du couvert peut engendrer de grosses pertes de rendement mais aussi favoriser l'installation de certaines adventices sur nos prairies : rumex, mouron des oiseaux ... et ce n'est pas la flore que l'on recherche !Quand on va récolter dans ces conditions, il risque d'y avoir énormément de terre dans les fourrages tels que les ensilages d'herbe par exemple ce qui va poser de gros soucis de conservation : fermentations, risque de développement butyrique ... et risque éventuel de pénalités sur les paies de laitResemis ?En 1989, peu de prairies avaient été ressemées. Ce que je conseillerais c'est tout de même de réensemencer les parcelles les plus touchées afin d'essayer de récolter un minimum de fourrage et de ne pas laisser de place aux adventices ou espèces non-intéressantes pour les animaux (rumex, pissenlit, chardon, plantain, chiendent, houlque laineuse, pâturin annuel....) qui elles vont s'installer rapidement si la place n'est pas prise ! Une fois installées, il sera difficile de gérer par la suite !Pour toutes les parcelles touchées : hersage dynamique avec des herses lourdes + sursemis /ressemis avec des espèces assez agressives quand les conditions seront optimales, c’est-à-dire un sol réchauffé et humide.- pour les parcelles de pâture : réimplanter un mélange RGA (15 kg) et un trèfle Blanc (5 kg/ ha)- pour les parcelles de fauche : réimplanter un mélange de RGH ou RGI avec un trèfle violet (10-12 kg de chaque / ha) ;Mode de réimplantation : semis à la volée + passage d'un coup de herse afin d'enfouir les graines ou semis en ligne (env 1 cm en profondeur), rouler pour bien réappuyer.Pour les exploitations dont les parcelles en herbe touchées sont contractualiséesen MAE (Prime herbe ou NAtura 2000) :


- le cahier des charges indique une interdiction du labour des prairies permanentes engagées; un seul renouvellement par travail superficiel du sol est autorisé au cours des 5 années du contrat. Le retournement ou le déplacement des prairies temporaires est permis une seul fois au cours des 5 ans d'engagement et dans la limite de 20 % de la superficie engagée.Donc, le fait de réimplanter une prairie par travail superficiel du sol ne constitue pas une anomalie au regard du cahier des charges PHAE 2 et NAtura 2000. Il en sera autrement si les exploitants souhaitent surfertiliser la parcelle après cette implantation et que cette fertilisation est supérieure au cahier des charges (rappel : pour la PHAE 2 : azote = 125 unités dont au maxi 60 minéral; phosphore = 90 unités dont au maxi 30 en minéral ; potasse = 160 unités dont au maxi 60 en minéral. Pour Natura 2000 : azote = 85 unités dont au maxi 20 en minéral ; phosphore = 90 unités dont au maxi 60 en minéral; potasse = 160 unités dont au maxi 60 en minéral)- si les exploitants souhaitent retourner complètement la parcelle pour la réimplanter : travaux lourds- si les exploitants souhaitent retourner plus de 20 % des prairies temporaires ou déjà fait 20 % dans l'engagement- si les exploitants souhaitent réimplanter une céréale sur cette parcelle afin de récolter plus pour reconstituer du stock.

 


 
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