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Calibrer ou jeter ?

Alors que la réunion extraordinaire des Ministres de l'Agriculture au Luxembourg a débouché mardi sur une première aide de 150 millions d'euros, la crise de confiance qui touche de plein fouet les légumiers a des répercussion très concrètes en Haute-Marne. Exemple chez Tartaglino à Montingy le Roi.

10 juin 2011 ESTELLE DAUPHIN Vu 855 fois

Fabien Tartaglino a repris l'entreprise familiale indépendante, spécialisée dans la culture du concombre, située à Montigny, il y a à peine deux mois. Avec 40 % de perte de vente depuis une semaine, en plein cœur de la saison de récolte, c'est pour lui un coup dur. Un expert est venu constater mardi l'ampleur des dégâts, aux frais du producteur. « On avait jamais jeté un seul concombre propre à la consommation » constate Fabien, dépité. Une situation d'autant plus rageante pour le jeune chef d'entreprise, qu'il subit la crise sans avoir aucun levier d'action.

Car si les accusations d'implication du concombre comme vecteur de la bactérie Eceh ont été démenties, l'impact, lui, est bien réel pour le producteur haut-marnais. Dès lundi, les conséquences se sont fait sentir sur une production qui, comme le lait, ne se stocke pas. Il faut pourtant procéder à la récolte et à la taille des feuilles, continuer à nourrir et à chauffer les plants la nuit.
En outre, l'entreprise compte sept salariés permanents et actuellement quinze saisonniers venus spécialement du Maroc pour assurer la récolte.
Fabien a pris le risque de faire fonctionner la chaîne d'emballage hautement automatisée au risque de gaspiller des heures de main-d’œuvre et du carton si la marchandise ne part pas dès le lendemain alors que l'espace de stockage rafraîchi à dix degrés est saturé. Un dilemme pour le jeune chef d'entreprise qui malgré tout garde l'espoir de voir la fin du tunnel.

Solidarité

Le maire de Montigny le Roi, Gérard Didier, qui a déjà essuyé la fermeture de plusieurs industries dans la commune est venu proposer son aide. Il peut par exemple contribuer à faire baisser la facture d'eau, une ressource stratégique pour les cinq hectares de serre irrigués au goutte à goutte.
Dans son malheur, Fabien s'est rendu compte de la fidélité de ses clients qui se fournissent auprès de lui en priorité en raison de la qualité reconnue de ses produits par les responsables des rayons frais commercialisés sous la marque « OSER ». En outre, les magasins font des animations sonores sur les points de vente afin de rassurer les consommateurs sur la provenance de la production. Il a ainsi réussi bon an mal an à écluser 60 % de sa production auprès de ses clients habituels, les centrales d'achat Intermarché, Leclerc et Rungis pour la marchandise de gros calibres.
L'aide européenne devrait s'élever à 14 cts/kg, soit un tiers de la valeur de la marchandise, mais Fabien redoute que cette aide aille en priorité aux coopératives de producteurs.

 
Un arrosage au goutte à goutte.

Un arrosage au goutte à goutte. - © Estelle DAUPHIN

Le concombre,
une culture hors sol

Fabien, qui a fait un cursus intégral en horticulture du BEP au BTS, pratique une agriculture raisonnée : pas de pesticides ni de fongicide. Les serres sont hygiénisées et maintenues à une température minimum de 18 dg constant pour éviter la prolifération de bactéries et de champignons. La serre est réalisée en vitrage, un matériau qui procure une ambiance plus saine que le plastique. Les pieds sont plantés dans une laine de roche utilisée pour sa porosité comme support de culture et suspendus sur 2,5 m de hauteur. Les vitamines et minéraux de la plante est apportée via le goutte à goutte.

 

 

 
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