Quand le lait devient fromages, vient l’emploi !
Sophie est conjointe d’exploitant depuis 2002. Jusque 2010, il s’agissait avant tout de participer à la traire et d’accueillir quelques classes dans le cadre du réseau des fermes ouvertes créé et animé par la FDSEA. Car Sophie, quoique salariée d’entreprise à Andelot, a toujours voulu faire partager sa passion pour le métier d’agriculteur, pour la vie à la ferme, pour le lait…
De cette passion, elle a voulu faire son métier après la naissance de son troisième enfant…Depuis un an, avec l’aide de son mari Raphaël, elle transforme 700 litres de lait par semaine pour la vente en direct à la ferme et sur le marché de Chaumont, mais aussi via quelques dépôts-ventes comme le magasin Brin de Campagne.
Aurélie Sence : Sophie, qu’est-ce qui a vous a décidé à quitter votre emploi pour travailler sur l’exploitation de votre mari et de son cousin ?
Sophie Prignot : J’étais en congé parental depuis la naissance de nos enfants. Ce congé terminé, j’aurai difficilement retrouvé mes anciennes fonctions, comme tout autre emploi sans devoir aussi réorganiser notre vie familiale.
Une des solutions était de créer mon emploi sur l’exploitation ce qui impliquait de dégager un revenu complémentaire et donc de créer de nouvelles activités.
Ayant 3 jeunes enfants, l’idée de recevoir des classes sur la ferme est tout naturellement venue, le projet de la ferme pédagogique était lancé.
A.S : Comment avez-vous mené à bien ce projet ?
S.P : En 2009, lorsque nous prenons la décision de lancer le projet de la ferme pédagogique et nous nous rapprochons des services de la Chambre d’agriculture. Nous savions qu’il existait en Haute-Marne un réseau de fermes pédagogiques géré par la Chambre d’agriculture et que nous pourrions facilement avoir des données précises sur l’activité (organisation, données économiques,…). Nous avons investi dans l’aménagement d’une salle d’accueil avec sanitaires et coin cuisine pour l’accueil de 25 à 30 enfants. Nous avons également aménagé une aire de détente sécurisée et effectué divers travaux pour améliorer les abords de la ferme.
Fin 2009, la commission d’agrément ferme pédagogique du réseau «Bienvenue à la ferme» nous donne l’autorisation de recevoir les premières classes.
A.S : Comment abordez-vous les visites de la ferme pédagogique, que voulez-vous transmettre aux élèves qui viennent visiter votre exploitation ?
S.P : Lorsque nous recevons des classes sur la ferme, notre premier objectif est de transmettre la passion du métier d’agriculteur et de faire découvrir aux enfants le monde animal, le monde végétal comme les bases de l’alimentation. L’exploitation agricole est toujours le support des thèmes abordés et, en tant que ferme pédagogique, nous devons répondre aux demandes des enseignants, prendre en considération l’âge des enfants et surtout les programmes scolaires.
Un autre objectif de nos visites est de montrer comment l’agriculture sait s’adapter aux évolutions de la société de son environnement économique et réglementaire.
AS : Aujourd’hui vous transformez une partie de votre lait, pourquoi cette activité, qui je crois, est venue après l’accueil pédagogique ?
S.P : Comme l’étude prévisionnelle, élaborée pour solliciter des aides auprès des conseils régional et général et auprès de l’Europe, le prévoyait le potentiel d’accueil de publics scolaires en Haute-Marne ne peut ni justifier, ni rémunérer un emploi à temps plein mais contribue à la notoriété de l’exploitation. Alors nous décidons d’aller plus loin dans la diversification de l’exploitation. L’idée de transformer les produits laitiers et de les vendre à la ferme trottait depuis longtemps dans la tête de Raphaël, nous nous rapprochons à nouveau des services de la Chambre d’agriculture. Nous nous appuyons aussi sur les données récoltées par le réseau des Chambres d’agriculture de Champagne-Ardenne concernant la commercialisation de produits fermiers dans la région
A.S : Certes vous aviez envie de faire de fromages et quelques références régionales mais était-ce suffisant pour vous lancer?
S.P : La Chambre d’agriculture de Haute-Marne nous a confirmé l’existence de divers débouchés locaux et d’organisations de producteurs que lesquelles nous appuyer comme Brin de Campagne et Richesses du Terroir. Elle nous a aussi renseigné, à moyen terme, des perspectives de partenariat avec des collectivités. Avec la Chambre nous élaborons une étude prévisionnelle et des dossiers de demande subventions régionales et européennes. Les travaux d’aménagement de la fromagerie dans l’ancien corps de ferme réhabilité débutent en 2010. Fin 2010, les services vétérinaires de la préfecture nous donnent l’autorisation de débuter la production et la commercialisation de nos produits, et nous commençons la production à ce moment là. Cela fait presque 1 an maintenant.
A.S : Quels ont été les freins ou les aides à la mise en place de votre fromagerie ?
S.P : Concernant la création de la ferme pédagogique, la réalisation a pu être rapide puisqu’il existait déjà un réseau et des données précises sur le département et que l’investissement restait limité. Nous avons surtout été rassuré sur les débouchés de produits laitiers fermiers par l’étude marché de la chambre d’agriculture . Mais si le faible nombre de producteurs haut-marnais est un atout commercial c’était aussi une difficulté. En effet de ce fait, et parce qu’il y a peu de formation courte en France, nous avons dû rechercher dans diverses régions certaines informations, notamment sur les procédés de fabrication. Dans les deux cas, nous avons pu nous appuyer sur les conseils de la Chambre d’agriculture de Haute-Marne, sur son appui administratif comme sur le Conseil Régional, le Conseil Général et le Pays nord haut-marnais qui nous ont aider pour financer ces projets.
A.S : Que retirez-vous aujourd’hui personnellement dans ce nouvel emploi au sein de l’exploitation ?
S.P : Grâce à la création de ces deux ateliers, j’ai pu créer mon emploi à temps plein sur l’exploitation et ainsi avoir une place à part entière avec un statut reconnu. Cet emploi me permet de concilier au mieux ma vie professionnelle et ma vie familiale et de conserver une vie sociale en accueillant le public sur la ferme et en rencontrant les consommateurs dans notre magasin.
A.S : Jeudi 20 octobre vous avez accueilli d’autres producteurs, fromagers et maraîchers, mais aussi des gestionnaires et cuisiniers de collèges et lycées, qu’avez-vous pensé de cette après-midi d’échanges ?
S.P : C’était instructif et intéressant. C’était aussi encourageant de rencontrer des cuisiniers, des gestionnaires préoccupés, comme nous, de valoriser l’agriculture départementale. Nous avons vu que nos faisselles et fromages blancs pouvaient être compétitifs et impactaient peu le prix global d’un repas en restauration collective. Nous sommes heureux d’avoir fait le choix de pasteuriser notre lait et d’avoir investi en ce sens car, grâce à cela, nous pourrons livrer la restauration scolaire qui ne veut pas se risquer à servir des produits au lait cru.
A.S : Avez-vous déjà quelques retombées ?
S.P : J’ai eu de bons contacts lors de l’après midi, mais après il y a eu les vacances de Toussaint», j’ai espoir de commandes d’autant que les actions « Croque ta Région » au « Au collège, Croque la Haute-Marne » se poursuivent jusque Noël et que nous sommes référencés dans le catalogue des producteurs haut-marnais fournisseurs de la restauration collective.
A.S : Avez-vous déjà des évolutions prévues dans votre activité ?
S.P : Forcément oui, si l’on veut qu’un projet perdure, il doit toujours être en constante évolution. Aujourd’hui, nous avons déjà des idées qui méritent encore réflexion ….
A.S : Une petite phrase de conclusion pour les personnes qui hésiteraient à se diversifier ?
S.P : Penser son projet, savoir le faire évoluer en écoutant les conseils et garder toujours à l’esprit son objectif premier permet de rester maître de son projet et savoir saisir les opportunité. Pour nous en effet, il y a encore peu d’offre de produits laitiers fermiers sur le département et cela a joué en notre faveur, nous avons très vite dépassé nos objectifs de croisière.
Article rédigé dans le cadre de la Mission-Innovation-Diversification des chambres d’agriculture de Champagne Ardenne qui accueille et renseigne les porteurs de projets gratuitement grâce à l’aide du conseil régional
renseignement : CA 52 : 03.25.35.00.60
Le réseau des fermes pédagogiques haut-marnaises en 2011
17 fermes agrées par l’Inspection Académique et le réseau Bienvenue à la Ferme.
195 classes en visite en 2011
141 Euros de rémunération moyenne par classe, financés par le Conseil Général de Haute-Marne.
La Ferme des Rieux
251 ha dont 113 ha de SFP
62 Vaches laitières
504 000 litres de quotas laiterie + 30 000 litres de quotas vente directe
4 UTH
Quelques rendements fromagers
-1 kg de fromage blanc à 1.7 Euro c’est 2.5 litres de lait valorisés 0.68 Euro/l
-8 yaourts à 0.25 Euro c’est 1 litre de lait valorisé 2 Euro
-1 fromage séché vendu 1.5 Euro
c’est 1 litre de lait valorisé 1.5 Euro
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